L’épreuve écrite d’histoire-géographie au DNB telle que l’ont passée les candidats jusqu’à cette année était-elle critiquable ? Assurément oui. Peut-on faire pire ? Sans aucun doute, si l’on en juge par les sujets zéro proposés en vue de la session 2013, consultables sur Eduscol.

Chaque candidat se voit remettre un volumineux dossier de 13 pages (à multiplier par le nombre de candidats, on se rend compte que les préoccupations de développement durable n’ont pas encore atteint les organisateurs de l’épreuve), comportant, outre les documents, des cadres à remplir et surtout à ne pas dépasser. Cette géniale innovation – le cadre – ayant pour fonction, précise-t-on, d’ « aider l’élève à évaluer l’ampleur de la réponse attendue ». Le souci de la pertinence de la réponse attendue ne semble pas digne d’intérêt. En histoire comme en géographie, ce qui est exigé de l’élève, c’est qu’il remplisse sa « page d’écriture (une vingtaine de lignes), volume jugé raisonnable pour un élève de 3e ». Cela ne s’invente pas : un des objectifs assignés à l’enseignement d’histoire et de géographie pendant les quatre années de collège, consiste à rendre un certain « volume » de travail, soigneusement délimité par un cadre. Dans le meilleur des cas (cf en géographie, le sujet sur l’organisation des réseaux de transports en France), il s’agira pour l’élève de restituer intégralement et sans réfléchir, le cours préalablement mémorisé.

Le plus gros du travail demandé aux candidats relève d’une sorte de catéchisme par questions/réponses, tel qu’on le pratiquait autrefois dans les écoles catholiques.

C’est particulièrement vrai pour l’éducation civique réduite à un véritable bourrage de crâne autour des valeurs supposées de la république, du genre :

- « Citez deux grandes valeurs républicaines promues par la Constitution française puis définissez-les ».

- « Le citoyen français vit dans un régime démocratique “. Justifiez cette affirmation au moyen de deux arguments ».

Une éducation civique littéralement gangrenée par l’éducation à la Défense dont les exigences font fi de la plus élémentaire des libertés de conscience. Sur la Défense globale (série générale), notion particulièrement arbitraire, fortement connotée, qui confond dans une même acceptation la lutte contre les incendies de forêts, le travail des infirmières … et la dissuasion nucléaire, seule une « définition » de deux lignes est attendue de l’élève, sans aucune possibilité de faire preuve d’esprit critique ou d’émettre une opinion personnelle. Dans la série professionnelle, les candidats doivent raconter « ce qu’est la journée défense et citoyenneté » (passée à 18 ans…), dont ils sont les seuls à ignorer que l’objectif prioritaire est de satisfaire les besoins de recrutement de l’armée. Certains d’entre eux le découvriront peut-être en Afghanistan un peu plus tard, un peu trop tard.

L’éducation civique en collège ? Des leçons de morale visant à former non pas des citoyens critiques  et doués de raison, capables d’un jugement personnel mais des sujets soumis et obéissants en toutes choses à l’état, toujours dans son bon droit.

Tout autant réductrices sont les questions d’histoire organisées autour de réponses à prélever dans un document mais aussi de ces fameux repères chronologiques, déconnectés de leur contexte et vides de sens :

- en série générale : « citez un événement de la Révolution française et datez-le ». Ou encore : « De quelles années datent les lois sur l’école de Jules Ferry ? », deux questions qui, soit dit en passant, relèvent du programme de 4e.

- le pire en la matière est atteint en série professionnelle : « Parmi ces personnages, lequel a vécu au Moyen Age ? Soulignez son nom : Jules Ferry – Jules César – Périclès – Louis XIV – Charlemagne » (sic).

Sujet zéro du DNB 2013, degré zéro de l’apprentissage de l’histoire en collège.

Au final, cette nouvelle mouture de l’épreuve d’histoire-géographie au DNB privilégie une vision traditionnelle et mécaniste de l’enseignement de ces deux disciplines – mémoriser des dates et des lieux, restituer – sans rapport avec que pourrait être une véritable culture scolaire, bien incapable d’apporter du sens au travail des élèves. Les préoccupations civiques qu’elle affiche relèvent davantage de la manipulation et de l’endoctrinement que de la formation des citoyens.

On se refuse à croire que cet examen d’un autre âge pourrait trouver sa place dans le cadre de la « rénovation » de l’école discutée au cours des prochains mois. Conserver l’épreuve d’histoire-géographie dans la version proposée pour 2013 serait le signe que, décidément, rien ne peut changer à l’Education nationale.

 

B. Girard