Vociférations, beuglements, c’est manifestement dans un état d’ébriété avancé, proche, pour quelques-uns (Copé, Dati), du coma éthylique, que la droite a commenté la déclaration de Peillon sur la dépénalisation du cannabis (Libé, 15/10/2012).

Le ministre n’a pourtant guère fait que reprendre les analyses largement répandues non seulement sur l’inefficacité de la prohibition mais sur sa nocivité, l’interdiction engendrant le trafic. Des analyses régulièrement partagées dans les instances internationales, comme l’UE, l’ONU ou encore les conférences de chefs d’état d’Amérique latine. Il est vrai que la légalisation du cannabis serait désastreuse pour deux professions : les dealers qui y perdraient leur raison d’être mais aussi les policiers qui n’auraient plus l’occasion d’arrondir leurs fins de mois en faisant du chiffre avec des interpellations faciles aux portes des lycées.

Un tabou français : la France, un des derniers pays d’Europe à pénaliser l’usage personnel du cannabis (OFDT, août 2012), serait ainsi le seul à se préoccuper de santé publique. Préoccupation qui se satisfait néanmoins des 40 000 morts annuels provoqués par l’alcool, drogue nationale par excellence, sans compter les drogues sur ordonnance médicale (Prozac etc) remboursées par la Sécu et dont les Français sont les premiers consommateurs européens.

La chose est suffisamment rare : on ne reprochera pas à un ministre de l’EN en exercice de faire preuve de lucidité, surtout au sein d’un gouvernement qui s’est aussitôt signalé par une pleutrerie et une hypocrisie qui lui deviennent coutumières.

Ces dernières années, sur bien des sujets de société, le Parti socialiste s’est enfermé dans une vision purement policière des choses, poussant la droite à se radicaliser au point de ne plus vraiment se différencier de l’extrême-droite. Les socialistes « décomplexés » en matière de sécurité (ou plutôt de quadrillage policier de la population) sont peut-être au pouvoir pour quelques années. Mais ensuite ?

 

B. Girard