Plus brutal que la droite mais il assume : non seulement Valls peut s’enorgueillir d’expulser davantage de Roms que son prédécesseur mais la justification qu’il met en avant va encore plus loin que tout ce qu’on avait entendu jusque là.  « (…) Les occupants des campements ne souhaitent pas s'intégrer dans notre pays pour des raisons culturelles ou parce qu'ils sont entre les mains de réseaux versés dans la mendicité ou la prostitution. » C’est un ministre PS qui reprend donc à son compte les plus grossières mystifications – l’étranger fatalement inassimilable - proférées traditionnellement à l’extrême-droite, si tant est que cette dénomination ait encore un sens quand personne – ou bien peu -  dans la classe politique, les médias ou l’opinion publique n’y trouve à redire.

Cette nouvelle sortie confirme – mais qui en est vraiment conscient ? – que le choix de Valls comme ministre de l’Intérieur est sans doute la plus lourde faute politique commise jusqu’ici par Hollande (avec la guerre au Mali). Que le haut niveau d’opinion favorable attribué par les sondages au ministre de l'Intérieur aille de pair avec le maigre crédit accordé à la gauche n’est qu’en apparence paradoxal : en légitimant un discours typiquement de droite, en matière d’immigration comme de maintien de l’ordre, qui privilégie en toutes choses l’approche policière au détriment des considérations sociales, Valls ne fait que renforcer les représentations de la droite là où elles sont pourtant les moins légitimes. Non seulement Valls ne permettra pas à la gauche de regagner l’opinion publique mais il travaille à conforter un ordre politique issu en droite ligne des années Sarkozy.

Pas suffisamment « intégrés », dit-il ? Un jugement pour le moins malvenu quand les autorités, spécialement des municipalités de gauche, refusent d’inscrire les enfants roms dans les écoles ou quand, une nouvelle fois, on repousse à toujours plus tard le droit de vote des immigrés, sous le prétexte, affirme Hollande, que l’opinion publique n’y serait pas majoritairement préparée. Une constatation affligeante de la part de politiciens qui s’emploient avec obstination à renforcer les préjugés et les peurs de leurs concitoyens. Dans le genre faux-cul, on fait difficilement pire.

Et pendant ce temps, dans le cadre du débat sur l’école à l’Assemblée nationale, Peillon continue de pontifier sur la morale laïque, recueillant même les applaudissements de la droite. Curieux, n’est-ce pas ? « Il faut enseigner le devoir, le respect, la notion de personne, la morale commune. Il faut assumer ce que nous avons en commun. L’école instruit mais elle construit aussi, autour des valeurs de la République, liberté, égalité, fraternité et laïcité !»  Mais pour qui donc la liberté, l’égalité et la fraternité et de quelle valeurs la république peut-elle s’enorgueillir quand elle respecte aussi peu certaines de ses obligations les plus élémentaires ?

S’exprimant le même jour sur des sujets qui, à bien y regarder, se rejoignent – une France libérée d’une prétendue menace étrangère, rassemblée autour de ses oripeaux patriotiques -  Valls et Peillon sont un peu comme la version « laïque » du sabre et du goupillon, l’éducation se voyant attribuer la mission d’endoctrinement et d'ordre moral qui était autrefois celle de l’Eglise, la police chargée d’attributions dépassant largement le simple maintien de l’ordre.

 

B. Girard

 

Actualisation : sur le site de la Ldh Toulon, une video à montrer dans les écoles, par exemple dans le cadre des cours d'éducation civique, morale et laïque...