« Salopards (…) qu’il dégagent tous » etc. Avec, en prime, cette saillie de Mélenchon sur Moscovici, un homme « qui ne pense pas français » (Le Monde, 24/03/2013). Quelque chose de très proche de  la rhétorique traditionnelle de l’extrême-droite, qu’on trouvait par exemple presque à l’identique dans les années 50, lorsqu’un Poujade accusait Mendès-France de « ne pas avoir une goutte de sang gaulois dans les veines ».

Ceci pour dire qu’à plus d’un demi-siècle de distance, les discours politiques comme les représentations mentales ne semblent guère avoir évolué, viciés par une conviction aussi irrationnelle que pourtant chevillée au corps : la crise, c’est toujours la faute de l’étranger, de la finance mondialisée, de l’Europe apatride, de tous ceux qui ne pensent pas français ou ne se sentent pas français. Une affirmation qui souffre pourtant d’une cruelle faiblesse : le présent gouvernement, comme les précédents, ont été choisis par les électeurs et un récent sondage vient confirmer qu’une majorité de l’opinion publique ne verrait pas d’inconvénients à confier de  nouveau le pouvoir à un individu qu’elle a congédié il n’y a même pas un an, un individu pourtant pas spécialement recommandable, ni par ses compétences, ni par sa stature morale mais qui, en outre, voit sa popularité renforcée par sa mise en examen.

Si les institutions d’un pays font tellement problème, peut-être faudrait-il alors voir à en changer plutôt que de chercher à accaparer les places de pouvoir, but ultime de quasiment tous les partis politiques. Mais il est tellement plus facile de faire de l’étranger le bouc émissaire ou d’en appeler à la symbolique nationale plutôt que de se remettre soi-même en cause.

 

B. Girard

 


Actualisation - De toutes façons,dans ce pays,  le respect des institutions est à géométrie variable, ne s'imposant qu'au parti majoritaire. Ces derniers jours, on a vu la droite s'en prendre avec virulence à une décision judiciaire et, encore plus marrant, aujourd'hui, les leaders de la droite dénoncer scandalisés les brutalités policières "contre les enfants" au cours de la manif homophobe de Paris. De la part de politiciens qui ont fait inscrire dans le Code pénal le délit d'outrage à policiers et à magistrats, ça ne manque pas de sel.