C’est à ce genre d’initiatives qu’on voit le sérieux de certains parlementaires dès qu’il s’agit d’éducation. Plusieurs députés UMP – Lionnel Luca, Patrick Balkany  et d’autres tout aussi dignes de confiance – viennent de déposer une proposition de loi visant à imposer la méthode syllabique pour l’apprentissage de la lecture à l’école.

L’exposé des motifs mérite la visite : si les enquêtes internationales sont invoquées, c’est surtout pour leur faire dire ce qu’elles ne disent pas. Ainsi, alors que l’enquête PIRLS 2012 évalue quatre performances  des élèves de dix ans – « prélever », « inférer », « interpréter », « apprécier » - et les ramène à un indice – 520 points pour la France, 500 pour la moyenne internationale, 534 pour l’Europe – les députés avancent sans hésitation que « 40 % de nos élèves sortent du primaire en ne sachant ni lire ni écrire correctement ». Affirmation hasardeuse dont on ne trouve nulle trace dans l’enquête en question, la note d’information de la DEPP qui en rend compte évoquant plus modestement le chiffre « d’un élève sur cinq en difficulté face à l’écrit en début de sixième ». Un élève sur cinq soit 20 % des élèves : nos pieds nickelés du tableau noir ont également des difficultés avec le calcul.

La compétence « prélever » des parlementaires laisse donc à désirer mais « interpréter » leur pose encore davantage de problème : les méthodes d’apprentissage de la lecture ne sont pas du ressort de l’enquête en question, ce qui n’empêche pas les députés en question d’asséner sans scrupules : «  il convient d’inscrire dans la loi le choix de la méthode syllabique d’apprentissage de la lecture qui se révèle bien plus efficace que la méthode mixte et qui a largement fait ses preuves. » Avec cette plongée nostalgique en arrière, les parlementaires font sans doute allusion à l’époque – pour eux, de référence – où seul un élève sur dix accédait aux études secondaires, les enfants des milieux modestes étant massivement dirigés vers la vie active, avec un niveau scolaire que seules la méconnaissance du sujet ou la mauvaise foi permettent d'enjoliver.

Un dernier détail leur a d’ailleurs échappé : le nombre d’élèves en difficulté face à l’écrit – précise la note de la DEPP - a augmenté au cours des dix dernières années. Qui était ministre de l’Education nationale, déjà, pendant cette décennie ?

 

B. Girard