Bon, je sais bien que la liberté d’expression est un droit fondamental mais il y a des choses qui passent mal, comme c’est le cas lorsqu’un média alternatif ouvre inconsidérément  ses colonnes à ce qui se fait de pire. Dans le cas présent, il s’agit d’un pamphlet d’une rare violence sur les élèves, commis sur Rue89 par une enseignante parisienne qui n’a même pas le courage de signer de son nom. Un texte de Café du commerce, pourtant presque unanimement salué par des commentateurs hargneux. Cette phobie des élèves, très présente dans et autour des établissements scolaires n’est malheureusement pas une chose nouvelle. Qu’elle puisse s’exprimer aussi crûment, laisse dubitatif sur les possibilités de rénovation du système éducatif français.

Ma réponse postée rapidement en commentaire sur le site :

« Pourquoi les profs n’ont-ils plus d’autorité intellectuelle ni morale ? Pourquoi les élèves sont-ils de plus en plus arrogants et ignares ? » Etc etc. Dans un premier temps, on croit  – et on espère – qu’il s’agit du second degré ; puis à  la lecture du pamphlet, on se rend compte que non. Et c’est affligeant.

« L’enfant roi …, les punitions disparaissent … » Comment des profs qui connaissent un peu leur métier peuvent-ils se laisser aller à de telles contrevérités, alors que le système scolaire français est réputé pour être l’un des plus punitifs qui soient. Regardez simplement la mine effarée des jeunes Européens qui débarquent dans nos classes à l’occasion d’un échange scolaire : d’un aveu unanime, aucun d’entre eux ne souhaiterait étudier dans un pays où l’arrogance, le mépris, la brutalité des adultes envers les élèves tiennent lieu de compétence pédagogique.  Une étude menée sur l’année 2011 sur la Seine-Saint-Denis (je n’ai pas la référence sous le coude,  je pourrai la retrouver) montre qu’à la fin de l’année, seuls 4% des élèves n’avaient pas été punis ! En France, la punition est la règle, la norme. Lorsqu’un enseignant donne une punition « injuste » - cela peut arriver, personne n’est parfait – peut-être pourrait-il s’en excuser, au lieu de s’en faire un titre de gloire.

Un climat d’établissement dégradé, c’est presque toujours le résultat de l’absence de considération des adultes pour leurs élèves, liée, très souvent à une incompétence pédagogique notoire. Depuis plusieurs décennies, contrairement à ce qui est proclamé un peu partout, la discipline scolaire se fait toujours plus punitive, les règlements scolaires s’allongent au point d’en être ridicules, « l’outrage à enseignant » est devenu un délit pénal passible de prison, sous les applaudissements des syndicats les plus réactionnaires, les plus obtus (le Snalc, le Snes, pour ne pas les nommer).  La droite, l’extrême-droite et une partie de la gauche renchérissent sur le thème de « l’autorité perdue » des maîtres, une dialectique qui cache mal leur regret d’une époque perdue, quand les études étaient réservées aux élèves des milieux favorisés… les seuls que les profs pouvaient comprendre.

Le discours punitif, c’est aussi un discours de classe. Il vaudrait mieux avoir le courage de le reconnaître.

 

B. Girard