« Restaurer l’autorité est plus important que la transmission des savoirs », « trop d’élèves handicapés ou allophones » dans les classes : la convention UMP qui vient de se tenir n’a pas fait mystère de ses intentions sur l’école pour le cas où la droite reviendrait au pouvoir en 2017. Une détermination qui tranche singulièrement avec les atermoiements désespérants de la gauche sur le même sujet.

Le programme de la droite est rudimentaire et brutal : partant d’une analyse simpliste de la situation actuelle, son projet éducatif aboutirait dans un délai très rapproché à la disparition du service public d’éducation. La suppression de la carte scolaire – déjà mise en œuvre sous Sarkozy – et son corollaire, la concurrence sauvage entre établissements dont le financement serait assuré par un chèque éducation distribué aux familles, loin d’accorder la liberté de choix à ces dernières, équivaudrait au contraire à donner le choix de ses élèves au seul chef d’établissement, ce dernier se voyant également attribuer le recrutement et la notation des enseignants, c’est-à-dire les pleins pouvoirs dans le déroulement de leur carrière. A droite, on appelle cela « libérer l’école »…

Les élèves, de leur côté, se verraient soumis à des tests et évaluations répétés, notamment à l’entrée en sixième, sanctionnés par le redoublement. Bête noire des conservateurs, le collège unique serait de facto supprimé par la création de groupes de niveau. Logique ultime de la manœuvre : le retour à l’apprentissage à 14 ans, pudiquement dissimulé sous l’appellation de « classes métiers-études ». Dans le cadre d’une scolarité réduite, les contenus de l’enseignement sont également revus à la baisse, recentrés sur l’apprentissage du français et des mathématiques qui, pourtant, occupent déjà une place exorbitante dans le cursus éducatif actuel. On n’oubliera pas, cependant de s’assurer d’ « une maîtrise correcte de l’histoire de notre pays », finalité suprême attribuée à l’enseignement de l’histoire.

Le programme UMP, loin d’innover, nous ramène en réalité très loin en arrière, à une époque où la ségrégation scolaire était assumée sans honte : le primaire, pour les enfants des milieux modestes cantonnés non pas aux bases mais aux rudiments, avec, pour perspective, l’entrée précoce dans la vie active ; le secondaire, réservé aux milieux aisés. A-t-on remarqué que ce projet ne fait quasiment pas référence au lycée, comme s’il était convenu qu’à l’âge de 15 ans, les choix cruciaux pour l’avenir des élèves étaient déjà faits et que les années précédentes de scolarité n’avaient finalement d’autre objectif que la sélection des élites ?

S’appuyant sur une constatation – contestée par personne - que le système éducatif actuel ne permet pas la réussite de tous, l’UMP en tire les conclusions pour aboutir à une école basée sur une lourde discrimination sociale : à partir d’une analyse sommaire, voire inexistante, qui exclut toute dimension sociale à l’échec scolaire – si un élève ne réussit pas à l’école, ce ne peut être que de sa faute – l’UMP tire un trait sur plus d’un demi-siècle de politiques éducatives conduites par des gouvernements de gauche mais aussi de droite (l’allongement de la scolarité à 16 ans remonte à de Gaulle, le collège unique à Giscard d’Estaing) tendant à assurer dans les faits par l’éducation l’égalité toute théorique promise par la République. Avec des élèves soigneusement sélectionnés dès l’âge de 14 ans, l’échec scolaire sera évidemment moins ostensible. A vrai dire, ce  ne sont pas les inégalités qui font problème à l’UMP mais le fait qu’elles se voient.

On ne peut s’empêcher de mettre en parallèle la logique schématique et précipitée mais clairement assumée de ce programme de droite – d’ailleurs directement hérité des analyses de la droite dure et du FN -  avec les tergiversations, les manœuvres dilatoires de Vincent  Peillon qui ont fait s’embourber sa loi d’orientation que plus personne n’ose désormais qualifier de « refondation ». Hasard du calendrier, au moment où l’UMP tenait sa convention sur l’école, le ministre de l’Education nationale s’exprimait devant la Commission des affaires culturelles de l’Assemblée nationale. Questionné sur la rénovation des programmes scolaires, il a répondu que ce travail serait étalé « au minimum sur trois ans ». Traduit autrement, cela signifie que sur ce point crucial des contenus de l’enseignement, rien de nouveau n’interviendrait avant la rentrée 2016 au plus tôt ou encore - si l’on veut bien considérer que l’application de nouveaux programmes ne se fait pas sur l’ensemble des classes au même moment mais année après année - que les classes de Troisième et le DNB qui va avec ne seraient concernés qu’à partir de la rentrée 2019-2020, soit deux ans après les élections de 2017 et une éventuelle alternance politique, qui, de toutes façons, rendrait caduque une loi d’orientation jamais appliquée, l’UMP ayant averti qu’elle légifèrerait par ordonnances, c’est-à dire sans débat…

Pour justifier ces délais, le ministre se réfugie derrière l’argument de la concertation des partenaires éducatifs, pourtant écartés des décisions unilatérales prises sur la laïcité, procédure certes contraignante et de longue haleine, qui contraste effectivement avec la démarche faite d’autoritarisme et de mépris de l’expertise adoptée par l’UMP, qui, de son côté, n’a pas craint de confier l’élaboration de son programme éducatif à Hervé Mariton (!) dont les références en la matière étaient jusqu’à  ce jour inconnues. Il n’empêche que la temporisation érigée en système ou encore le silence obstiné entretenu par le ministre à propos de l’enseignement secondaire, comme s’il craignait de le remettre en cause, tout cela conduit à se poser des questions sur la volonté réformatrice du ministre. A la longue, la concertation va finir par passer pour une reculade, avec le risque d’ouvrir un boulevard à la droite.

 

B. Girard

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