Donc, tout au long de la journée, la presse n’a bruit que de cette terrifiante information : la moitié des enseignants auraient donc été agressés sur leur lieu de travail. Les barbares sont dans nos murs. C’est une enquête menée par Georges Fotinos – qu’on connaît surtout comme ancien inspecteur – qui l’affirmerait.

Pourtant, en creusant un peu, il apparaît que les renseignements en question proviennent des déclarations de 4 000 directeurs d’école qui déplorent surtout les critiques que leur adresseraient les parents dans certaines circonstances, notamment à l’occasion de la punition d’un élève. Comme il faut bien désigner la chose, on évoque alors le « harcèlement », notion à la mode et fourre-tout bien pratique pour y ranger n’importe quoi, vite assimilée par les médias – et par Fotinos ? – à une « agression ». La qualification de terrorisme, gageons qu’on y arrivera prochainement. L’auteur de l’enquête faisait d’ailleurs assez piteuse figure sur France 3, forcé de reconnaître qu’en réalité, sur tous les enseignants interrogés, aucun n’avait subi d’agression physique. Certes mais, vu sous cet angle, c’est plus difficile de faire les gros titres des JT…

Qu’apporte de nouveau cette enquête ? Pas grand-chose à vrai dire qu’on ne sache déjà, la question ayant déjà été amplement développée ces dernières années, en particulier par les travaux d’Eric Debarbieux. Avec une méthodologie aussi sommaire et un échantillon aussi peu représentatif – 4 000 enseignants sur un total de 400 000 enseignants du primaire - outre le quart d'heure de notoriété offert à son auteur, elle aura surtout donné aux médias l’occasion d’en rajouter une couche dans un domaine où ils excellent : la description apocalyptique de l’école en proie à la violence. Une matière qui est aussi la cible convenue de tous les populismes.

 

B. Girard

 

Un coup tordu ? Confirmation avec cet article.