C’est toujours la même chose : avec 13 % des suffrages exprimés, FO serait « le grand vainqueur » (voir la presse) des élections professionnelles. Sauf qu’avec une abstention s’élevant, dans l’enseignement public,  à 58 %, 13 % ne font plus qu’environ 8 % du corps professoral. Une interprétation tendancieuse des résultats électoraux qui n’est pas sans rappeler la promotion médiatique des dernières élections européennes attribuant au  FN le titre de premier parti de France. Dans les deux cas - élections politiques, élections professionnelles – c’est bien le pourcentage d’abstention qui fait problème.

Qu’une partie des enseignants ait toujours partagé, sur leur métier et le système éducatif, les vues les plus réactionnaires n’est malheureusement pas une chose nouvelle. Point n’était besoin de l’appel du collectif Racine à voter Snalc et FO pour le comprendre : l’incapacité à concevoir l’enseignement autrement que sous la forme d’une transmission mécanique, qui tourne à vide, de prétendus savoirs disciplinaires, le refus de la pédagogie, la préférence pour le redoublement et sa conséquence l’orientation précoce, la crispation sur un statut obsolète, la nostalgie affichée pour l’autorité perdue et plus généralement pour l’école du passé, parée de toutes les vertus, tout cela se retrouve en commun à droite et à l’extrême-droite de l’échiquier politique ainsi que dans une certaine fraction du corps enseignant. Mais une fraction de quelle importance ?

Reste que, sur le fond, c’est bien la pusillanimité du gouvernement qui fait problème : arrivé à mi-mandat de la législature, il faut bien reconnaître qu’on n’est guère plus avancé qu’au début. Les timides velléités repérées ces dernières semaines sur l’évaluation, que va-t-il vraiment en rester lorsqu’il s’agira de prendre des décisions ? Et pourtant le temps presse : car si la gauche s’est toujours montrée floue et ambigüe en matière d’éducation – comme dans bien d’autres domaines – la droite, n’éprouve quant à elle aucun genre de scrupules en la matière. Et puisqu’il est manifeste que la politique éducative brutale de Sarkozy n’avait pas que des adversaires dans le milieu enseignant (cf la passivité, la complaisance, qui avaient accueilli la suppression du samedi matin en primaire), on se demande bien dans ces conditions, pourquoi le présent gouvernement refuse, lui, de mettre en œuvre une véritable rénovation (la « refondation », c’était pour amuser la galerie…) avec ceux des profs qui l’appellent de leurs vœux depuis tant d’années.

 

B. Girard