« Ce calendrier est le fruit d’un travail interministériel approfondi associant les ministères chargés de l’intérieur, des transports, du tourisme et de l’agriculture. » En présentant le calendrier scolaire des trois prochaines années, Najat Vallaud-Belkacem ne s’en est même pas cachée : entre l’intérêt des élèves et les préoccupations lourdement insistantes des professionnels du tourisme, le choix est vite fait : l’école « bienveillante », attentive aux rythmes et aux besoins des élèves, attendra.

Depuis de nombreuses années, les professionnels du tourisme en montagne se livrent à un lobbying forcené auprès de l’Education nationale, souvent par parlementaires interposés. Objet de la manœuvre : concentrer le plus possible les vacances scolaires sur la période d’enneigement. Ce sont les élus des régions de montagne, de droite comme de gauche, qui jouent les intermédiaires à travers les questions écrites dont ils submergent le ministère. Dans le collimateur, les vacances de printemps qui se voient reprocher d’être fixées … au printemps, c’est-à-dire après la fermeture des installations de ski. Les choses étant ce qu’elles sont et le réchauffement du climat inéluctable, on pourrait considérer comme raisonnable de s’y préparer en adaptant à cette nouvelle donne les infrastructures touristiques : plus simple, la solution choisie qui consiste à décaler les vacances de 13 millions d’élèves et à les plier à un calendrier incohérent évite d’avoir à se remettre soi-même en cause.

Pourtant, avec l’institution des congés d’hiver et leur étalement sur trois zones, le tourisme de montagne avait obtenu au cours des dernières décennies un privilège considéré aujourd’hui comme une rente de situation qu’on s’interdit de remettre en cause malgré les dommages évidents sur l’ensemble des rythmes scolaires. Il suffit pour s'en convaincre de regarder un calendrier : Noël et le Jour de l’an étant par définition inamovibles, vouloir à toutes forces fixer non seulement les congés d’hiver mais aussi, dorénavant, ceux de printemps sur une très courte période, aboutit à une inextricable dénaturation de l'année scolaire à partir de janvier, très éloignée de l’alternance de sept semaines de travail / deux semaines de congé recommandée par la plupart des spécialistes.

Et si, de fait, le calendrier présenté aujourd’hui, répond à tous les vœux obstinément soutenus par l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (UMIH), qui ne manque d’ailleurs pas de s’en réjouir bruyamment,  pour les élèves, les perspectives sont nettement moins réjouissantes. Illustration :

- l’an prochain (2015-2016), au retour des vacances de Noël, les élèves de la zone B pourront travailler pendant un petit mois (du lundi 4 janvier au vendredi 5 février) avant les vacances d’hiver. Par contre, la dernière période de travail couvrira 11 semaines et demi (18 avril – 5 juillet).
- en 2016 – 2017, c’et la zone C qui s’y colle, avec un retour en classe le surlendemain du Jour de l’an (3 janvier) pour, là encore, un tout petit mois de travail avant les vacances d’hiver et une très longue période de classe de 12 semaines courant du 18 avril au 8 juillet.
- en 2017 – 2018, dans la zone B, ce découpage aboutira à faire rentrer les élèves des vacances de printemps le lundi 7 mai, soit la veille du 8 mai et deux jours avant le jeudi de l’Ascension tous deux fériés. Après quoi, les établissements auront peut-être un peu de temps avant les décisions d’orientation prises généralement fin mai…

Et c’est le plus sérieusement du monde que la ministre de l’Education nationale qualifie ce calendrier de « pragmatique », ajoutant qu’il respecte « au mieux sur l’année l’alternance entre périodes de travail et périodes de repos pour les élèves afin de garantir leurs conditions de réussite. » En réalité, par son choix, Najat Vallaud-Belkacem, à l’instar de ses prédécesseurs, fait passer l’intérêt des élèves bien après les profits d’un petit nombre de professionnels, manifestant une vision singulièrement réductrice de l’économie et une conviction politique guère en rapport avec les bassinantes « valeurs de la république »  dont elle émaille chacune de ses interventions. Quand on sait que seulement 8 % des Français prennent des vacances d’hiver, principalement issus des milieux aisés, on peine à prendre au sérieux la volonté de « lutter contre les déterminismes sociaux (…) de combattre les inégalités et [de] favoriser la mixité sociale » manifestée par l’Education nationale à la suite des attentats de janvier dernier.

Il est vrai que les hôteliers, les restaurateurs, les agents de voyage votent, ce qui n’est pas le cas des élèves.

 

B. Girard

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