Dans un entretien au Café pédagogique (06/10/2015), le président du CSP, Michel Lussault, apporte de curieuses précisions sur la nouvelle rédaction des programmes d’histoire-géographie mais en réalité s’enferre un peu plus.

« Dans le cycle 2 – explique-t-il  - on place des repères, dans le 3, on privilégie le proche en histoire, dans le 4, on ouvre des perspectives ». Passons sur le 4, où les perspectives restent passablement étriquées, sur le 2 où les repères se limitent à la vie quotidienne sans guère de rapport avec la discipline historique, avec néanmoins une exception de taille : l’apprentissage des symboles nationaux érigés au rang de « repères ». Mais la notion de « proche » pour le cycle 3 éclaire véritablement la philosophie des rédacteurs du programme : ce cycle étant exclusivement consacré à l’histoire de France, ce choix  équivaut à fabriquer une sorte de proximité artificielle et potentiellement dangereuse entre un passé francisé et aujourd’hui. Artificielle, car la succession des Mérovingiens, des Capétiens, des Valois, le récit héroïsé de quelques chefs, n’apporte rien à la compréhension du monde actuel. Mais également potentiellement dangereuse par la confusion entretenue entre « proximité » et voisinage : une sorte d’échelle de valeur, de solidarité se trouve ainsi instituée par la simple distance – combien de kilomètres, au juste ? - qui nous sépare des autres. A défaut de pouvoir définir la France ou les Français sur une base rationnelle, on met ainsi en action dans l’imaginaire de très jeunes élèves des représentations erronées peu favorables à l’accueil de ce qui vient de loin, de l’étranger. «Le proche en histoire », revendiqué par Michel Lussault, c’est en réalité un classique de la rhétorique lepéniste dont la méfiance de l’opinion publique pour les migrants est un banal avatar.

Cette conception frileuse et rabougrie d’un enseignement de l’histoire faisant la part belle aux considérations identitaires, le président du CSP la justifie dans le même entretien par une singulière contorsion qui sent son sophisme : « (…) si on considère que le programme d'histoire est trop national, observons que celui de lettres dit que l'élève doit découvrir la variété des cultures mondiales. » Ainsi, parce que les lettres, les langues vivantes, les disciplines artistiques et à vrai dire toutes les matières scolaires ouvrent de leur côté sur le monde, l’histoire se trouve, elle, écartée de ce qui est sa raison d’être première et réduite au rang de simple récitation d’un catéchisme national. Il y a là une régression majeure, non seulement par rapport à l’évolution de la discipline historique depuis plus d’un siècle mais même plus simplement par rapport à l’objectif fixé par le socle commun aux « représentations du monde et de l’activité humaine » (domaine 5) : « Ce domaine est consacré à la compréhension du monde que les êtres humains tout à la fois habitent et façonnent. Il s’agit de développer une conscience de l’espace géographique et du temps historique. Ce domaine conduit aussi à étudier les caractéristiques des organisations et des fonctionnements des sociétés (…) Il implique enfin une réflexion sur soi et sur les autres, une ouverture à l’altérité, et contribue à la construction de la citoyenneté, en permettant à l’élève d’aborder de façon éclairée de grands débats du monde contemporain. »

Toutes ces considérations n’empêchent évidemment pas Michel Lussault d’affirmer la main sur le cœur : « nous n’avons cédé sur rien »… ce dont nul ne doute.

 

B. Girard