Le résultat des élections régionales, une surprise, vraiment ? Ces dernières semaines ont vu en France, un gouvernement déclarer l’état d’urgence, rétablir les contrôles aux frontières, interdire les manifestations politiques, arrêter des militants, court-circuiter la justice en donnant tous les pouvoirs à la police, afficher paraît-il, un visage de « fermeté », s’interdire toute analyse sur les causes des attentats pour éviter un procès en laxisme et se démarquer de ce que le Premier ministre appelle « la culture de l’excuse » ;  exalter le sentiment national, agiter des petits drapeaux, brailler des Marseillaise, sans oublier, bien sûr, de hurler à la guerre et à l’écrasement de l’ennemi. Bref, conforter cette idée que la menace venait de l’étranger et qu’il suffirait de s’enfermer chez soi pour s’en protéger. Bref, légitimer les représentations les plus traditionnelles du FN. Mais le vote FN n’était-il pas en germe à travers toutes les mâles déclarations entendues ces derniers jours dans les palais gouvernementaux, au parlement, quasi-unanime ou dans la plupart des médias ?

Etait-il vraiment impossible que des responsables politiques tiennent un autre discours que celui qui génère des haines, des frustrations et des peurs ? De faire comprendre à l’opinion que les centaines de milliers de réfugiés qui se pressent aux portes de l’Europe ne sont pas des terroristes mais d’abord des victimes ? Que l’orgueil national et des préoccupations bassement mercantiles qui sous-tendent depuis trop d’années une politique étrangère et militaire inconséquente sont sans doute pour beaucoup dans la situation actuelle ? Que l’Europe n’est pas le problème mais qu’elle pourrait être la solution si l’on voulait bien la doter d’un véritable contenu social et politique ? Que dérouler des barbelés aux frontières n’a jamais été une solution ? Que les dépenses militaires colossales (250 milliards d’euros pour la seule UE) non seulement ne conduisent pas à la paix mais attisent les tensions ? Que les droits de l’homme ne sont pas discutables ? Qu’on ne voit pas pourquoi la moitié des électeurs qui, toutes ces années, s’abstiennent de voter, devraient prendre au sérieux des politiciens pusillanimes davantage préoccupés par leur petite carrière personnelle que par l’intérêt général ? Sans oublier ceux à qui un candidat à la présidence de la république avait promis le droit de vote et qui l’attendent toujours.

Contrairement à l’opinion complaisamment relayée quoique peu étayée, il n’est nullement évident que le vote FN soit prioritairement un vote de déclassés, de chômeurs, de petites gens « qui n’en peuvent plus ». Outre que l’extrême-droite n’a jamais  été absente de l’échiquier politique français, sous des appellations variées, c’est d’abord la peur de l’étranger, de l’immigré, une tenace nostalgie identitaire qui font voter FN. De ce point de vue, Le Pen aura bénéficié ces dernières années de deux soutiens providentiels : Sarkozy et son discours de Grenoble (2010) qui a largement contribué à libérer la parole raciste ; Valls et toute son action présente qui vient conforter les clichés mortifères de beaucoup d’électeurs. Répéter à qui veut bien l’entendre qu’il ne faut pas laisser à l’extrême-droite le monopole de la nation a finalement surtout pour effet de gangréner toujours plus le débat politique. Mais là encore, ce n’est pas une surprise.

 

B. Girard

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