Rien de nouveau : comme lors des attentats de janvier ou de novembre 2015, comme dans le cas de Mohamed Merah, le meurtrier de deux policiers en région parisienne était déjà connu des services de police. Qui se sont avérés incapables d’empêcher le passage à l’acte. Et pourtant, ce n’est pas faute de moyens…

Depuis Charlie Hebdo, dans la lutte contre le terrorisme, des politiciens incompétents ont massivement, toutes tendances confondues, privilégié la démagogie. Etat d’urgence, surveillance généralisée de la population (sauf des terroristes), libertés fondamentales mises à mal, fermetures des frontières et rejet des migrants, opérations militaires inconsidérées etc, c’est toute la société qui se trouve prise dans une entreprise de brutalisation qui tourne à vide. Les pleins pouvoirs à la police : mais pour quoi faire ? Ce n’est pas faire preuve de mauvais esprit que de rappeler l’utilisation massive, ces dernières semaines, de la police dans la répression d’un mouvement politique et social ; les garde-à-vue abusives, les interdictions de manifester non pas des terroristes mais de manifestants pacifiques, des syndicalistes inquiétés, les peines de prison ferme prononcées par les tribunaux. Hier, c’est à pas moins de 130 manifestants que les policiers rendaient visite pour leur signifier l’interdiction de descendre dans la rue… pendant qu’un terroriste préparait tranquillement son coup contre deux de leurs collègues. Le meurtre d’un policier, ce n’est pas un simple accident : c’est le résultat de l’aveuglement des pouvoirs publics qui ont fait le choix de détourner l’action policière de la protection des populations, légitime, vers un autre objectif qui l’est beaucoup moins : la défense d’un ordre politique et social contestable.

Ce n’est probablement pas fini : puisqu’on s’obstine à considérer qu’ « expliquer, c’est excuser », on ne voit pas pourquoi, les mêmes causes produisant les mêmes effets, les attentats devraient miraculeusement s’arrêter. Les réactions des politiques, quasi unanimes, sont à l’image de la situation qu’ils ont contribué à entretenir : consternantes. Les appels à l’unité nationale, au rassemblement de la population derrière ses chefs, au renforcement de l’état d’exception, les amalgames éhontés rapprochant le meurtre d’un policier des critiques qui ces dernières semaines ont pu légitimement être adressées à la gestion policière d’une crise sociale, autant de postures qui sont le signe d’un régime politique dépassé par les événements mais qui, sans doute, cherche à en tirer profit : pour nombre de politiciens qui n’en finissent pas de montrer leur sinistre figure devant micros et caméras, on ne sent guère d’émotion vraie devant la mort d’un policier mais bien plutôt comme une sorte de jouissance à peine contenue, de satisfaction intérieure, devant le développement d’une situation dont ils escomptent les plus grands profits électoraux. Une classe politique très majoritairement brutale, cynique et incompétente : il ne reste plus guère de temps à l’opinion publique pour faire connaître ses préférences.

 

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