Ce n’est pas nouveau mais il n’empêche : c’est une escroquerie, cette idée selon laquelle la victoire du Brexit serait celle du « peuple », de la « souveraineté », de la révolte des exploités – les bons, les Blancs, les natifs – contre les exploiteurs, l’Europe, les indigènes. En matière d’exploitation de l’homme par l’homme, ce pays traîne derrière lui une longue tradition qui remonte à beaucoup plus loin que son adhésion à l’UE : les enfants mourant dans les mines de charbon, ce n’était pas la faute de l’Europe, la moitié du monde ployant sous la domination brutale de l’armée britannique non plus. Que le nationalisme aveugle n’est pas non plus une découverte, c’est même sa principale fonction.

En cause : cette croyance magique, religieuse, qui voudrait que la vie en communauté ne soit possible et légitime que dans le cadre d'une nation artificielle, délimitée par un pointillé sur une carte ; que les difficultés du moment seraient nécessairement la faute de l'autre ; que l'étranger serait toujours un danger.

Face à la peste nationaliste (que d'aucuns appellent "souverainisme" - on rigole), la seule solution réside dans la disparition des frontières, avec une Europe fédérale elle-même largement ouverte au monde. Bien sûr, cela ne se fera pas avec les actuels dirigeants, tous crispés sur l'orgueil national, en France tout spécialement, leurs petits pouvoirs.

En Grande-Bretagne, la campagne référendaire fut massivement raciste et xénophobe et l’assassinat de Jo Cox n’est pas un accident : il est dans la logique d’une pensée politique – car c’en est une – fondée sur la haine et la peur de l’autre.

« Ne soyons plus Anglais ni Français ni Allemands. Soyons Européens. Ne soyons plus Européens, soyons hommes. Soyons l’humanité. Il nous reste à abdiquer un dernier égoïsme : la patrie » (Choses vues, 1846)

 

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