La droite est ignoble, le gouvernement, paraît-il, désemparé. Alors, pourquoi ne pas poser le débat autrement, avec quelques questions toutes simples, et d’ailleurs pas nouvelles, même si ce qu’on appelle abusivement l’opinion publique persiste à les ignorer ? En vrac :

 

- Pourquoi le gouvernement, même si l’on sait bien depuis longtemps qu’il n’est pas de gauche, persiste-t-il, en matière de terrorisme, à considérer la droite, extrême ou non, comme seul interlocuteur valable ? N’y a-t-il vraiment pas d’autres références ?

- Pourquoi le gouvernement, après huit mois d’urgence et l’état de droit mis en veilleuse, s’obstine-t-il dans une politique sécuritaire dont l’échec est manifeste mais dont on sait bien qu’elle sera à nouveau brutalement activée l’automne prochain à Notre-Dame-des-Landes et dans le cadre des conflits sociaux ?

- Pourquoi ce tabou sur la politique militaire – multiplications des opérations extérieures, ventes d’armes inconsidérées – dont l’absurdité saute aux yeux ? Il y a quelques mois, comme on était fier à l’annonce des contrats du Rafale et de l’envoi du Charles-de-Gaulle dans le golfe Persique…

- Pourquoi, alors que l’incitation à la haine raciale est un délit puni par le code pénal, les pouvoirs publics ferment-ils les yeux sur la vague de haine qui déferle sur les réseaux sociaux, en toute impunité et même légitimée au nom de la « colère », de l’ « émotion » ? Hurler à mort contre les Arabes, est-ce de l’émotion, de la compassion pour les victimes ou l’expression d’un racisme bête et méchant ?

- Pourquoi, dans le cadre des cérémonies dites « d’hommage » un peu partout en France, les autorités ont-elles cru nécessaire de faire entonner la Marseillaise ? Le sang impur qui abreuve les sillons pour honorer les morts ou pour les instrumentaliser ?

- Pourquoi, alors que le terrorisme est, pour une bonne part, l’expression d’un fanatisme identitaire, ne trouve-t-on rien d’autre à lui opposer qu’une crispation tout autant identitaire, une sorte de griserie nationale porteuse de toutes les phobies, de toutes les haines, qui conforte un peu plus en retour ceux qui préparent les attentats ?  

- Pourquoi devrait-on nécessairement répondre aux attentats en tant que Français plutôt qu’en être humain, en citoyen du monde ? Pour confondre l’aveuglement des terroristes, n’est-il pas urgent de changer d’échelle, de modèle de référence, plutôt que de se noyer dans l'escroquerie de l'unité nationale ?

Ces questions, et d’autres encore, bien sûr, on ne les a guère posées jusqu’à présent ou quand elles l’ont été, on les a ignorées. S’aveugler est sans doute plus facile, surtout pour des politiciens qui ne voient pas plus loin que les prochaines échéances électorales. Même si cet égarement mène à l’impasse.

 

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