Plus d’une fois, le PS l’a juré, la main sur le cœur : la jeunesse est une priorité. Entendons bien : au PS, on aime les jeunes mais surveillés, enfermés, encasernés. Après nombre de ses petits camarades, Montebourg s’est lancé dans la campagne présidentielle avec une idée choc pour la jeunesse : rétablir le service national. Rien sur l’échec scolaire et la ségrégation sociale, rien sur le chômage massif des jeunes, rien sur la pauvreté de plus de deux millions d’enfants, en France, dénoncée dans des rapports de l’INSEE ou de l’UNICEF, rien sur les centaines d’enfants venus mourir ces derniers mois sur les rivages de la Méditerranée. Pensez donc, Montebourg a d’autres priorités : pour attirer l’électeur, rien de mieux qu’un service civil ou militaire obligatoire de six mois pour tous les jeunes.

Cette proposition socialiste n’a à vrai dire rien d’original, tant ce parti s’est démené sur ce thème ces derniers mois, avec de multiples initiatives lancées dans la foulée des attentats de janvier 2015, attentats dont il a été dit et répété qu’ils trouvaient leur source, comme ceux qui ont suivi, dans un système éducatif défaillant. Pour un socialiste, tout jeune est un terroriste en puissance. Quelques jours après l’attentat contre Charlie, le groupe PS de l’Assemblée nationale, convaincu que « le service civique est le chaînon manquant de la citoyenneté », mettait en chantier le  projet d’un service qui concernerait tous les jeunes de 16 à 25 ans, ceci dans le but de favoriser un « brassage culturel et social ». Tous les jeunes… sauf les plus aisés, ceux qui auraient la possibilité de payer l’amende de 15 000 euros envisagée pour les réfractaires. La république a toujours su se montrer sélective dans ses exigences.

Dans une même veine, la tête de liste PS pour les régionales en PACA, Castaner, réclamait un « électrochoc républicain » sous forme d’un service obligatoire visant les jeunes à leur sortie du lycée, avec cet argument partagé par ses (si peu) adversaires de la région, Estrosi et Maréchal-Le Pen : « la république n’est pas une option et l’appartenance à la communauté nationale n’est pas un choix ».  Pour le PS aussi, la France, tu l’aimes ou tu la quittes… Toujours dans le cadre des élections régionales, son collègue et président de l’Assemblée nationale, Bartolone, lançait l’idée d’un « service civique régional […] véritable fabrique de citoyenneté ». Une fabrique par laquelle n’est manifestement pas passé le richissime et cachottier président en question. C'est un fait attesté : quoique toujours prompts à exiger le service gratuit des autres, nos politiciens de carrière savent se servir.

Plus récemment, creusant un filon décidément inépuisable, le PS reprenait la mirifique idée d’une garde nationale destinée à « retisser les liens entre les jeunes et la nation », dans un premier temps volontaire, puis obligatoire, « une sorte de grand réservoir naturel mobilisable en cas d’urgence » (sic).  Si l’on ajoute à cette liste de propositions (non exhaustive) le projet PS – LR de service militaire pour les enfants de 12 ans, ou les multiples déclarations de Hollande sur la nécessité d’un service civique généralisé, on se rend compte que le grand réservoir naturel de bêtises du PS est un puits sans fond.

De fait, à travers ce que François Chérèque appelait « le concours Lépine de la recette miracle pour une jeunesse citoyenne et républicaine », le PS ne se différencie guère d’une classe politique où domine un sentiment forcené de méfiance à l’égard de toute une classe d’âge, celle qui n’a pas connu le service militaire qui, pour ces nostalgiques de la caserne, vous forgeait des générations de bons français (et de vrais hommes…) Pour ce petit monde, peu importe que la conscription, qui exigeait de chacun le sacrifice de sa vie, ait été la plus totalitaire et la plus criminelle des institutions républicaines ; peu importe que les attentats terroristes n’aient aucun rapport avec l’éducation - cette accusation vraiment sordide permettant aux responsables politiques de se dédouaner de leur propre incompétence et d’éviter d’autres remises en cause ; peu importe que le nécessaire apprentissage de la vie en commun se fasse, et très correctement, à l’école qui n’a en la matière pas de leçon à recevoir de la caserne. Cette obsession des politiques pour un service civil et/ou militaire obligatoire en dit long sur une certaine conception de la citoyenneté, très en vogue aujourd’hui, qui fait de la coercition la  base de la vie en société, une société confondue abusivement avec la nation. Alors que la république, que la nation se montrent toujours plus brutales à mesure que leurs limites et leur obsolescence paraissent toujours plus évidentes, faut-il croire qu’aucune vie sociale ne serait possible hors de la république, hors de la nation ?

Et bien sûr, chez Montebourg comme chez ses collègues politiciens à vie, comment ne pas trouver insupportable cette indéracinable propension à se défausser de leurs propres défauts, à sans cesse dissimuler leurs fautes et leurs tares derrière des leçons de morale visant une classe d’âge, qui, précisément à cause de son âge, est loin d’avoir fait en mal tout ce que ses aînés ont pu faire, avec la meilleure bonne conscience du monde. Eduquons les enfants avant de nous éduquer nous-mêmes…

 

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