Hollande reconnaissant son échec et annonçant sa renonciation en 2017 : en toute logique, c’était également le moins que devait faire Valls. Car l’échec majeur du président, la tache indélébile, restera la nomination d’un Premier ministre qui, non seulement n’a pas respecté le contrat tacite qui lie un pouvoir politique aux électeurs – pour ceux qui croient encore aux élections – mais par ses actes et ses paroles, il a fortement contribué à renforcer les représentations identitaires d’une opinion publique qui n’en avait vraiment pas besoin.

Que reste-t-il de Valls ? Bien incapable de réorienter l’économie vers la justice sociale et les équilibres environnementaux, il s’est rabattu sur un autre terrain, poussé par ses dispositions naturelles et ses préoccupations carriéristes, donnant ainsi l’image non pas d’un homme d’ordre et d’autorité mais de désordre et de brutalité. De Valls, resteront principalement :

- les violences policières, pas seulement ponctuelles lors des manifestations contre la loi Travail mais courantes, banales dans certains quartiers soumis aux contrôles d’identité au faciès, au racisme de la police ;

- l’état d’urgence, ses ratonnades institutionnalisées ainsi qu’une surveillance généralisée de la population – mais pas vraiment des terroristes – qui vaut à la France la réprobation des instances internationales (par exemple, dernièrement du Conseil de l’Europe) ;

- une aversion affichée pour les quelque 5 millions de musulmans vivant en France et plus généralement pour la population d’origine immigrée ;

- la fermeture des frontières et la mort de milliers de migrants dans la Méditerranée, une situation  dont il ne porte certes pas seul la responsabilité mais bien davantage que son homologue Merkel qui, en la matière a fait preuve d’un courage dont on n’a pas encore vu l’équivalent de ce côté-ci du Rhin.

De fait, pendant toutes ces années  - son action comme ministre de l’Intérieur avait ouvert la voie – Valls aura largement contribué à la banalisation, la légitimation d’un racisme décomplexé, au point de ne guère se différencier de l’extrême-droite. Dans les prochains débats présidentiels, qu’aura-t-il à répondre à Le Pen sur les migrants, sur les réfugiés, sur les frontières, sur l’Europe puisque sur tous ces points, il partage avec elle  des valeurs très voisines ? Certes, aujourd’hui, on ne s’affiche plus « raciste » : on est laïque, républicain, souverainiste, français, autant de qualificatifs portés en étendard par des représentants de courants pas si divers que cela puisque finalement se retrouvant  pour la plupart autour de préjugés communs sur l’étranger, les frontières, ou encore une très hypothétique spécificité nationale dont il faudrait être fier.

La fierté nationale ? Aussi surréaliste que la chose puisse paraître, des choix censés engager l’avenir devront d’abord en passer par un archaïsme qui a pris le pas sur tout le reste, aucun domaine n’étant laissé à l’écart – voir, par exemple, avec quelle facilité le patriotisme dénature l’Education nationale - la préférence nationale venant compenser le vide des programmes politiques. On peut toujours se laisser abuser, faire semblant d’y croire, promettre des lendemains qui chantent : en réalité, cette illusion commune  se retrouve pour l’essentiel à l’identique chez tous les candidats à l’élection présidentielle, y compris chez de prétendus « insoumis », dont le logiciel reste désespérément bloqué autour d’une collectivité qu’on se refuse à envisager autrement que délimitée par un pointillé sur une carte.

Ce petit jeu électoral dans lequel s’ébattent Valls et ses congénères, dont le flot de paroles, les tribunes enflammées, les bavardages sans fin, dissimulent mal une filiation idéologique commune, il faut le prendre pour ce qu’il est vraiment : une vulgaire arnaque.

 

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