En matière militaire, comme en toutes choses, pourquoi voter pour la droite, quand la gauche fait aussi bien ? Après Montebourg, après Mélenchon, qui préconisent le rétablissement du service militaire, c’est Peillon, eurodéputé à ses moments perdus, qui réclame une augmentation des dépenses militaires. Comme ministre de l’Education nationale, Peillon avait déjà eu l’occasion de faire apprécier toute la force de ses convictions civiques en appelant à un « redressement intellectuel et moral (…) à un réarmement moral » - l’expression est de lui - de la jeunesse. Avant d’ajouter un peu plus tard : « Nous devons aimer notre patrie (…) apprendre notre hymne national me semble une chose évidente. » Après ce vibrant appel au patriotisme, il avait alors fait le choix de démissionner de son ministère plutôt que d’assurer le service après-vente de la loi d’orientation sur l’école, préférant le siège confortable et bien rémunéré du Parlement européen, où, comme un certain nombre d’autres candidats à la présidentielle (Le Pen, Mélenchon…) il ne met jamais les pieds. Le civisme, c’est juste bon pour faire la morale aux jeunes.

« Nous allons être obligés d'augmenter nos dépenses de sécurité en particulier nos dépenses militaires » - se lamente-t-il à la suite du chef d’état major des armées. Car bien sûr, pour lui comme pour beaucoup d’autres, la « sécurité » passe d’abord par les « dépenses militaires ». Il faut, poursuit-il « un fonds européen pour la sécurité » et, si nécessaire, retirer les dites dépenses du pacte de stabilité. Autrement dit, dépenser sans compter pour des chars, des bombardiers, des porte-avions, des sous-marins, des bombes atomiques, des missiles, etc, et autres instruments indispensables à la « sécurité » des populations. Car face à cette subversion générale qui menace nos civilisations, la France est désarmée, l’Europe est désarmée.

On ne demanderait qu’à croire sur paroles mais les faits sont têtus et surtout les chiffres des budgets militaires qui, régulièrement, année après année, démentent ce qu’on ne peut même pas appeler une analyse car d’analyse, il n’y en a pas.

Petit rappel : l’Union européenne, avec des dépenses militaires avoisinant les 300 milliards de dollars, est le deuxième ensemble militaire du monde après les USA, bien avant la Chine (216 milliards). La France, brave petit pays pacifiste et désarmé, se contente à elle toute seule de dépenser chaque année plus de 60 milliards de dollars pour satisfaire la voracité de son armée, un chiffre qui fait d’elle le pays le plus dépensier en Europe, Russie exceptée. Pour sa défense, un Français dépense chaque année 946 dollars, contre 575 pour un Allemand ou 158 pour un Chinois. Elle dépasse allègrement les 2,5 % du PIB, contre 2,1 pour la Chine ou encore 1,2 pour l’Allemagne. Avec des dépenses militaires aussi ridicules, la France, déplore Peillon, ne peut être qu’ « impuissante ».

Si impuissance il y a, il faut alors se poser la question de savoir pourquoi des sommes aussi colossales engagées pour la guerre ne permettent pas de protéger les populations d’une poignée de terroristes. Pourquoi les centaines de milliards dépensés, les centaines de milliers d’hommes engagés s’avèrent d’une inefficacité évidente pour assurer la sécurité de simples passants à Paris, à Berlin ou à Nice. Dépenses militaires = sécurité ? En réalité, une grossière arnaque entretenue par une complicité jamais démentie entre politiciens, militaires, industriels de l’armement, faiseurs d’opinion… qui s’entendent à merveille pour que, finalement, l’opinion publique ne se pose jamais de questions. En France tout spécialement, il faut dire que le conditionnement commence tôt, avec l’éducation à la défense obligatoire à l’école, dont l’objectif affiché est de « faire comprendre [aux élèves] que les militaires servent la Nation […]. Pour remplir pleinement ces missions, les militaires ont besoin du soutien de l’ensemble de la Nation. »

En 2014, les dépenses militaires mondiales se sont élevées à 1800 milliards de dollars, soit 5 milliards par jour ou encore 200 millions par heure. 1800 milliards de dollars dépensés pour faire la  guerre, alors que tant d’autres besoins élémentaires ne sont pas assurés, notamment pour l’éducation, la santé, l’environnement. Un détournement des priorités qui n’aurait donc rien à voir avec la violence ou le terrorisme ? Il est vrai qu’en France, les candidats à la présidentielle ont d’autres priorités.

 

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