Brighelli appelant à voter Le Pen, ce n’est une surprise pour personne :  sur l’école comme sur la société, son système de pensée est celui de l’extrême-droite. Aussi bien d’ailleurs, sur le fond que sur la forme, la violence des propos, les outrances, la vulgarité tenant lieu d’analyse. Dénonciation morbide de la pédagogie, du collège unique, sélection précoce des élèves aboutissant à réserver les études secondaires aux élèves issus des milieux aisés, cantonnant les autres aux rudiments, nostalgie d’un ordre scolaire fantasmé : le programme éducatif du FN n’est que la transcription électorale des thèses défendues par toute une mouvance réacpublicaine - dont Brighelli est un des représentants les plus connus – et popularisées par quantité de pamphlets violents et caricaturaux trop souvent mis en avant dans le débat éducatif, en dépit d’un argumentaire plus que succinct.

Chez Brighelli, l’appel à voter Le Pen n’est le résultat ni d’une dérive, ni d’une conversion mais l’aboutissement logique d’un cheminement commun, la concrétisation électorale d’une communauté de valeurs : une conception de la discipline réduite à de simples exigences d’obéissance, une incapacité maladive à imaginer une forme d’intégration au groupe, de vie en société, qui s’épanouisse en dehors du cadre national, la morale ramenée à des leçons de morale, une conception intolérante de la laïcité, la nostalgie d’un prétendu âge d’or scolaire qui n’a en fait jamais existé, le refus de prendre en considération la composante sociale de l’échec ou de la réussite scolaire, avec, en filigrane, une phobie même pas refoulée de l’immigration et, plus globalement, du monde d’aujourd’hui.

Si, donc, Brighelli est bien comme chez lui à l’extrême-droite, c’est aussi peut-être le moment de rappeler les faveurs dont il a joui, la complaisance qui l’a constamment accompagnée pendant des années dans tous les médias comme dans la classe politique, lui assurant une notoriété, une visibilité, une légitimité que ses seules compétences étaient pourtant loin de lui garantir : tenant une tribune régulière à Marianne et au Point, il faisait également l’objet sur Libération d’un éloge flatteur dont on voudrait savoir s’il est aujourd’hui toujours partagé par son auteur (1). Sans oublier, bien sûr, ce jour de gloire du 16 juillet 2009 où il fut fait chevalier de la légion d’honneur par son ministre de tutelle en personne, Xavier Darcos qui, dans une vibrante apologie, tenait ainsi à le remercier pour avoir en 2007... appelé à voter Sarkozy.

Dix ans plus tard, de quoi finalement, Brighelli est-il le symptôme, sinon de la banalisation de l’extrême-droite, de la complaisance massivement partagée pour un ordre politique et social brutal. 

« Reste alors la question de savoir comment un projet à la fois aussi brutal et surréaliste – tellement son application est potentiellement explosive – peut en 2017 rentrer dans le champ du possible et paraître crédible aux yeux de millions d’électeurs. Car si le discours d’extrême-droite ne vient pas de nulle part, on ne peut nier que sa légitimité ait été ces dernières années grandement renforcée par le climat malsain entretenu autour de l’école et de l’éducation par des apprentis sorciers venus d’horizons très divers, de droite comme de gauche. On pourra citer par exemple la visibilité accordée  aux théories catastrophistes et extravagantes des déclinologues de tout poil qui polluent le débat sur l’éducation (par exemple la mouvance « réacpublicaine ») ; la puissance des représentations identitaires remises au menu scolaire par une EN (enseignement de l’histoire, promotion des symboles nationaux, du patriotisme) qui s’enferre dans un jeu dangereux ; la mise en cause de l’école dans les désordres sociétaux ou dans le terrorisme, auxquels on répond par un bourrage de crâne pseudo-civique ou une surveillance accrue des élèves ; ou encore l’incapacité (ou le refus) de l’EN de faire de la justice sociale sa priorité, autrement que dans des discours de façade. » (ma note de blog du 16/01/2017)

 

Voir aussi sur Mediapart

 

(1) – Pierre Marcelle – puisque c’est de lui qu’il s’agit – avait d’ailleurs cru bon de me prendre à partie personnellement dans sa chronique du lendemain. En matière éducative, l’anti-pédagogie n’a jamais fait dans la nuance ni dans la lucidité. Sur cet épisode, on peut toujours se reporter aux notes du 26/05/2006 et 03/06/2006 sur Journal d’école.

Dans un même ordre d’idées : « Quand l’école de la république fait le lit de l’extrême-droite », c’était le titre d’une note de blog (10/09/2005). Excessif, ridicule, inconcevable, m’avait-on répondu : 12 ans plus tard, qu’en est-il vraiment ? Pour des tas de raisons, ce blog n’est quasiment plus visité ; heureusement, les écrits restent. Avec pour leur auteur, une certaine amertume…