A l’appel de qui, la « marée humaine » ? Peu importe le premier initiateur dans l’ordre chronologique : chez les politiques, on se bouscule avec une certaine indécence pour essayer de récupérer un mouvement social qui ne leur doit rien, qui leur échappe même. Il faut bien tenter de se refaire une santé après une calamiteuse année électorale. Il n’est pas sûr que le mouvement social en question ressorte indemne de cette confusion des genres. Depuis déjà quelques jours, dans les médias, les professionnels de la politique, les têtes connues ont pris le pas sur les autres. Il suffit par exemple de comptabiliser les occurrences de Melenchon dans l’actualité pour se rendre compte que le phagocytage est à l’œuvre. Blacklisté, se plaint le leader de la FI ? Mais on ne voit, on n’entend plus que lui. C’est à son appel que le « peuple », son peuple, se dresse contre l’oppresseur. Seul recours autoproclamé (avec Wauquiez et Le Pen, néanmoins) face à Macron.

L’imposture a pourtant été dénoncée : militant PS pendant 30 ans, ministre PS, parlementaire PS, cet apparatchik PS qui a goûté à quasiment toutes les fonctions officielles, qui n’a mené de vie active que sous les plafonds des palais officiels, prétend aujourd’hui faire la leçon à chacun et parler au nom du peuple. Après avoir, par son dogmatisme et son ego surdimensionné largement contribué à la défaite électorale de la gauche, il s’égare sur une ligne identitaire/autoritaire dans l’espoir, pense-t-il sans doute, de récupérer une partie de l’électorat d’extrême-droite. Que sait-il du peuple, de la société, d’une grève, d’une journée de travail perdue, des fins de mois difficiles, de l’humiliation des petites gens ? En quoi son omniprésence médiatique, sa communication frénétique pourraient-elles renforcer le mouvement social alors que ses objectifs sont ailleurs ? Par la seule magie de son verbe, au soir du 26 mai, il mettrait Macron sur le chemin de l’exil, ouvrant ainsi la porte de l’Elysée à Tartarin. Le couronnement de toute une vie…

Pourtant, dans un contexte institutionnel bloqué, renforcé par une opinion publique majoritairement amorphe ou consentante, la société civile n’a pas grand-chose à espérer de ce petit jeu politique - qui profite toujours aux mêmes – de ses illusionnistes, des mots d’ordre qui viennent du haut. De façon très significative, en plusieurs circonstances ces derniers mois, un pouvoir brutal et arrogant a pourtant été mis en difficulté, voire en échec, par des formes d’action qui court-circuitent les repères traditionnels : à NDDL, à Bure, aux côtés des migrants, des mouvements spontanés, autonomes, ont fait plier ou reculer l’appareil d’état et son arsenal répressif. Dans les établissements scolaires, étouffés par la morgue et le sentiment de toute puissance de Blanquer, des enseignants, des mouvements pédagogiques réfléchissent à leurs pratiques sans se laisser impressionner par la communication officielle.

En quelque sorte, s’autoriser à penser et à agir par soi-même sans attendre la caution de la hiérarchie ou celle des prestidigitateurs de tout poil.

 

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