Conforme à ce qu’on attendait du gouvernement, cette « consultation » officielle sur le SNU : puisqu’elle se déroule une fois les décisions prises, que les consultés sont triés sur le volet, soigneusement encadrés et que leur avis n’est sollicité que sur des détails d’organisation avec l’interdiction de remettre en cause l’architecture du dispositif élaborée autour d’un moins d’enfermement obligatoire.

Mais comme il faut bien donner l’illusion du débat et de la démocratie, la ministre des armées, F. Parly, en déplacement à Compiègne, a donc dû chercher ses contradicteurs non pas dans une salle remplie pour l’occasion de figurants mais … sur twitter. Twitter où le personnel du ministère, en service commandé, a pu glaner un certain nombre d’observations critiques, dont les miennes. La réfutation de la ministre, en ligne sur cette vidéo, mérite le détour.

Après une présentation dithyrambique du SNU, (« un projet de la jeunesse, par la jeunesse, pour la jeunesse »), F. Parly concentre toute son animosité sur ses contradicteurs sur la toile : « des grincheux qui ne savent pas de quoi il s’agit (…) qui s’abritent derrière l’anonymat » et passent leur temps à « insulter derrière leur écran. » Parmi les « grincheux », un certain B. Girard (le même sur twitter que sur son blog Mediapart, donc a priori pas un anonyme) – la ministre aimerait bien savoir « si c’est un garçon ou une fille » (au passage, lorsqu’un homme se permet ce genre de niaiserie, il se voit immanquablement taxer en retour de sexisme) – auteur d’un tweet dénonçant « l’enfermement obligatoire » d’un mois. « Une accusation grave, totalement fausse », pour la ministre qui s’empresse néanmoins d’ajouter : « oui, obligatoire pour un mois »… En quelque sorte, une affirmation totalement fausse mais entièrement exacte. Et F. Parly de se lancer ensuite dans une dialectique toute en subtilité sur la notion d’obligation : « … mais l’école, c’est aussi obligatoire, le permis pour conduire, c’est obligatoire. »

Outre le fait que l’école n’est pas en France obligatoire (c’est l’instruction qui l’est), pas davantage que le permis de conduire, on peine à faire le rapprochement avec le principe retenu pour le SNU : l’enfermement (que la communication officielle tend à désigner aujourd’hui sous le nom d’« hébergement collectif ») imposé d’autorité à toute une classe d’âge sous peine de sanctions. Un aspect du dispositif sur lesquels les responsables préfèrent d’ailleurs se montrer discrets : le rapport Ménaouine envisage expressément que les réfractaires se verront interdire l’inscription aux examens officiels (au baccalauréat en premier lieu) et au permis de conduire. Un projet de la jeunesse, par la jeunesse, pour la jeunesse ? Mais une jeunesse qui devra au préalable sacrifier un mois de sa vie à la simple satisfaction d’un caprice présidentiel.

Peu regardante sur la pertinence de l’argumentaire, F. Parly surenchérit dans l’amalgame : assimiler la détection de l’illettrisme « à la prison, c’est indécent ». Si le mot prison est effectivement fort, il est significatif que ce soit elle qui l’utilise. Le vocabulaire utilisé de mon côté est plus explicite et plus fiable : « enfermement », « internement » mais aussi « encasernement » et, de fait, n’en déplaise à la ministre, c’est bien la dimension coercitive et punitive qui fait problème, confirmée par sa présence personnelle (et l’omniprésence de sa secrétaire d’état, Geneviève Darrieussecq) à cette journée de consultation et par sa propre déclaration selon laquelle « les armées sont déterminées à prendre toute leur place [dans le SNU] ». Avec le renforcement de l’éducation à la défense, avec une histoire scolaire traversée d’injonctions patriotiques et militaires toujours plus pressantes, cette privation de liberté imposée pendant un mois disqualifie le discours officiel sur l’« engagement » des jeunes, tout en aggravant l’orientation militaire de leur formation.

L’intervention de la ministre des armées, ses allusions maladroites aux réseaux sociaux confirment le côté artificiel et malhonnête de la « consultation » lancée sur le SNU. Les critiques qui lui sont adressées ne sont pas le fait de « grincheux anonymes cachés derrière leur ordinateur », elles ne sont pas non plus des « insultes ». Elles sont autant d’arguments constitutifs d’un débat que, précisément, le gouvernement veut éviter.

 

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