Avec un retard de quelques semaines sur la date initialement prévue, la consultation en ligne sur le SNU est ouverte. Elle fait suite à une première phase d’auditions, largement factices, au cours desquelles un membre du gouvernement est censé apporter des réponses à des questions soigneusement sélectionnées – puisque ne portant que sur les modalités du SNU et non sur son principe – posées par un public lui-même soigneusement sélectionné.

L’organisation de l’enquête en ligne, annoncée par le ministère de l’EN, confiée à OpinionWay, confirme que les économies faites sur le budget de l’éducation ne sont pas perdues pour tout le monde. Mais ce n’est qu’un début, le coût annuel du SNU étant estimé à 2 ou 3 milliards d’euros, sans compter les dépassements.

Avec l’aplomb qui est sa marque de fabrique, le ministre de l’EN a beau annoncer que « depuis juillet, les jeunes Français sont largement consultés pour participer la conception du SNU » en réalité, cette seconde phase s’annonce tout autant trompeuse que la première : censé s’adresser exclusivement aux jeunes concernés, le sondage en ligne peut en réalité être renseigné par tous, l’entrée dans le questionnaire ne demandant aucune authentification préalable. L’année de naissance ou la nature de l’établissement ne sont alors requises que pour la forme. Cette duperie, renforcée par le fait que chacun peut répondre autant de fois qu’il le souhaite, forme assez grossière d’un bourrage des urnes, confirme – avec l’amateurisme du procédé – le côté totalement artificiel de l’entreprise. Mais que pouvait-on attendre d’autre d’un gouvernement - et d’un ministre tout spécialement - qui ont eu l’occasion de montrer en toutes circonstances le peu de cas qu’ils faisaient du débat, du dialogue, de la confrontation d’idées. Ici, la consultation suit la décision.

Puisque le principe du SNU – tout spécialement le mois d’internement obligatoire - est exclu de l’enquête, les questions posées aux jeunes), sont d’une banalité convenue, teintée d’un comique involontaire certain :

- « Pour toi (tutoiement de rigueur…), le SNU devrait te permettre avant tout de : renforcer tes connaissances concernant les questions liées à la défense nationale ? Faciliter ton engagement auprès d’une association ? Savoir réagir en cas de crise ? Etc. « 

- « Qu’aimerais-tu vivre ou faire concrètement pendant ta période d’hébergement collectif (l’expression désignant dorénavant la période d’enfermement obligatoire) ? T’initier au code de la route ? Rencontrer un militaire ? Faire du sport ? Etc »

- « Parmi les mots suivants, lesquels correspondent le mieux à ton état d’esprit vis-à-vis de ce projet de SNU : peur/enthousiasme/curiosité/corvée etc ? »

- « Ce que tu sais du SNU te donne-t-il envie de le faire ? »

- « Parmi les activités suivantes, lesquelles te donneraient le plus envie de faire le SNU : des activités liées à la défense et à la sécurité ? Des activités liées à l’environnement ? D’aide à la personne ? etc »

Cette consultation tronquée, malhonnête dans son principe comme dans ses modalités d’organisation, se poursuit jusqu’au 19 octobre. Quels qu’en soient les résultats, qui ne seront publiés que pour renforcer l’illusion (et Blanquer est un maître en la matière), face à un gouvernement qui ne connaît que le rapport de force, l’avenir du SNU dépendra d’abord de la capacité de mobilisation des premiers concernés, les jeunes, autour d’un projet autoritaire et infantilisant, destiné à satisfaire les nostalgiques de la conscription mais dont ils n’ont rien à attendre en termes de formation personnelle.

 

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