A l’issue du conseil de guerre autour des violences à l’école, à côté des dispositifs punitifs déjà existants (détention provisoire, prisons pour mineurs etc) le ministre de l’Education et du service national a annoncé la création « pour les 13-18 ans, de structures dédiées solides, qui peuvent venir de différents corps de métier, aussi bien de l'Éducation nationale que de l'armée ou de la police. » A défaut de mémoire, le ministre en question a des idées fixes : le dispositif envisagé a tout d’une copie des établissements scolaires de réinsertion (ERS) voulus en 2010 par Sarkozy et dont le grand organisateur fut le directeur général de l’enseignement scolaire (DGESCO) de l’époque, un certain Jean-Michel Blanquer.

Mis en place par une simple circulaire, ces établissements devaient recevoir en internat des élèves qualifiés de « particulièrement perturbateurs » mais dont il était bien précisé qu’ils ne relèvent pas « d’un placement dans le cadre pénal ». S’il ne s’agissait pas de délinquants, ils étaient cependant considérés comme tels ; en cas de refus de la famille, « une saisine du procureur peut être engagée par l’inspecteur d’académie (…), afin que puisse être étudiée l’opportunité de prononcer un placement. », un placement qui « durera aussi longtemps que nécessaire ». Autrement dit, le principe retenu pour les ERS était celui d’un enfermement privatif de liberté, sur simple décision administrative, pour des élèves âgés de 13 à 16 ans. Un arbitraire qui ne se donnait même pas la peine de respecter l’apparence du droit. L’encadrement devrait être assuré par des enseignants « sur la base du volontariat », sans aucune formation particulière mais aussi avec des « partenaires locaux », parmi lesquels … le ministère de la Défense, dont Blanquer a toujours apprécié les compétences hautement éducatives. L’emploi du temps regroupait les activités purement scolaires sur la seule matinée, le reste étant consacré à diverses occupations, des « ateliers citoyens » (sic), menées en collaboration avec des partenaires choisis notamment dans les ministères de la Justice, de l’Intérieur et bien sûr, de la Défense.  Ce que Blanquer appelait, dans cette même circulaire, une « organisation du temps innovante ».

Ouverts dans l’urgence, à grand renfort de publicité, ces établissements ont rapidement tourné au fiasco.

Deux exemples : dès septembre 2010, la petite ville de Craon, dans le bocage mayennais, avait été choisie pour recevoir les fortes têtes du 93. Les premiers mois furent épiques : bagarres entre pensionnaires, conflits avec les élèves du collège voisin, hostilité des parents. Bref, la régénération tant attendue par la nature n’eut pas lieu.

En milieu urbain, avec l’implantation d’un ERS à Nanterre, ce fut même pire, notamment lors d’un stage d’une semaine organisé dans une caserne du voisinage. Le Parisien (06/05/2011) relate les déboires de l’encadrement militaire : « Cette semaine placée sous le signe de l’autorité s’est finalement révélée très tendue. Au point que la hiérarchie militaire a décidé de ne pas la médiatiser plus que cela. Peu désireuse que cette opération soit considérée comme un fiasco, la Grande Muette s’est montrée peu loquace. Selon nos informations, le stage a été marqué par des altercations à répétition et une hostilité ouverte à l’égard des encadrants militaires. Quant à « la Marseillaise », il n’y a pas que sur les terrains de foot qu’elle a été bafouée. « Certains la chantaient en rap en modifiant les paroles comme on peut l’imaginer, soupire un gradé. On a beau avoir essayé de les séparer, d’isoler ceux qui apparaissaient comme des meneurs, c’était très difficilement gérable (…) » Et le militaire de conclure : « L’Education nationale a sans doute compté sur nous pour les mater… »

Un échec avéré que le ministre de l’époque (Chatel) tentait pourtant de noyer sous des chiffres pourtant peu glorieux. En 2011, sur 152 élèves, 92 avaient intégré un collège, 3 un lycée. Les autres, me direz-vous ? Quelques-uns s’étaient retrouvés en apprentissage, d’autres tout simplement virés. 57 élèves, un gros tiers de l’effectif, n’avaient donc pas retrouvé un cursus normal. Avec un encadrement d’un adulte par élève, un coût par élève de 15 350 euros, soit le double d’un collégien ordinaire, un effectif de 122 présents pour 17 établissements (soit 7 élèves par établissement…), il n’avait pas fallu longtemps pour que les ERS apparaissent pour ce qu’ils étaient vraiment : un outil de communication, un message qui se voulait fort adressé à une partie de l’opinion publique demandeuse de solutions simplistes et de manière forte. En réalité, un bide.

« Les ERS, c’est un peu mon bébé », disait Sarkozy, en réalité une pitrerie que huit ans plus tard, l’autre géniteur, Blanquer, remet sur le marché avec des illusions identiques (le dressage comme condition de l’éducation) et des préoccupations finalement très proches, qui révèlent son incapacité à traiter les problèmes – ici, celui des désordres scolaires – autrement que par des gesticulations désordonnées mais toujours médiatiques, un souci, non pas de résoudre une difficulté mais de peaufiner aux yeux du public son image d’homme d’ordre et d’efficacité, alors qu’il n’est que désordre et brutalité.

 

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