A l’approche de la grève du 5 décembre, Mediapart réenfile son gilet jaune (qu’il n’avait d’ailleurs jamais réellement quitté) et retrouve son pire visage, déjà montré l’an passé, celui d’un media qui trompe ouvertement ses lecteurs (payants…) pour se faire l’organe quasi officiel d’un mouvement – les gilets jaunes – auquel l’ensemble de ses abonnés serait censé adhérer. Aucune analyse de fond, aucune enquête (un comble pour un journal qui s’est construit sa réputation sur la qualité de ses investigations), pas de mise en perspective (car on ne peut décemment pas qualifier d’approche historique ce chapelet d’anachronismes dont se délecte Mediapart et qui font des gilets jaunes les héritiers de 1789 ou de la Commune de Paris), pas de recul, d’esprit critique. Une information à sens unique (les gilets jaunes vus par les gilets jaunes), partielle, malhonnête à force d’être partiale. Une sélection biaisée de notes de blog. Une mise en page (également sur le site internet, très proche de celle de RT France) lourdement propagandiste - multipliant les images et les titres caricaturaux, dans la plus pure veine populiste - qu’on dirait sortie d’une officine politique. Ce n’est pas l’engagement de Mediapart qui est en cause mais de s’être mis sans distanciation au service d’une cause, imposée au lecteur comme morale officielle.

Une cause sacralisée qui renvoie dans les rangs de la « macronie », toute interrogation pourtant légitime, sur un mouvement qui n’a jamais été un mouvement social ni même un mouvement populaire, le faible nombre de participants se trouvant noyé dans un brouillard de mots, une rhétorique invraisemblable allant par exemple jusqu’à faire des gilets jaunes les hérauts de la lutte pour le climat ! Dans le même registre, il est proprement ahurissant d’entendre aujourd’hui les gilets jaunes réclamer la paternité d’un mouvement social qui s’est développé sans eux, de valeurs contre lesquelles ils ont, du moins pour une majorité d’entre eux, montré un réel mépris. Aujourd’hui comme il y a un an, le mouvement social a tout à craindre de son infiltration par les gilets jaunes.

De fait, on n’a rien lu sur Mediapart, sur les origines des gilets jaunes, sur une mouvance née de la contestation des taxes, des syndicats, des fonctionnaires (et donc des services publics), une mouvance traversée de courants identitaires et dont la moitié des sympathisants se reconnaît des affinités avec l’extrême-droite, une mouvance soutenue à l’international par Trump, Bannon, Erdogan, Salvini et bien d’autres de la même famille.

On n’a rien lu sur Mediapart sur le mode opératoire d’un mouvement fondé sur la violence et l’intimidation, qui privilégie le défoulement de quelques gros bras à la manifestation, le cabotinage nombriliste au travail de fond. Défoulement gratuit chaque samedi de 14 h à 16 h, dans lequel les savants experts dûment sélectionnés par Mediapart voient l’annonce d’une révolution. Un peu comme d’autres lisent dans le marc de café. Rien lu sur la confusion, l’escroquerie fondamentale, entretenue avec le dogmatisme typique des faux rebelles (et une bonne dose de mauvaise foi) entre la rue et le peuple.

Rien lu sur l’impasse qui consiste à ne pas voir que, dans un pays où deux électeurs sur trois votent pour la droite ou l’extrême-droite, le peuple est nécessairement de droite ou d’extrême-droite et que si une révolution devait advenir, ce ne serait pas celle des lendemains qui chantent. Mais après Zeev Sternhell, il est bien connu qu’en France, à gauche de la gauche, on trouve l’extrême-droite.