02 novembre 2009
A propos d'une légion d'honneur : lettre ouverte à Pierre Marcelle, de Libération
Monsieur,
je vous fais une lettre que vous lirez peut-être, si vous avez le temps.
Vous y verrez le vibrant éloge adressé par Darcos, ancien ministre de l’Education nationale, à Brighelli, lors de la remise à ce dernier de la légion d’honneur, le 16 juillet dernier. La date était effectivement bien choisie - tout le monde était en vacances - mais on peut découvrir l’intégralité du discours ministériel sur le blog de Luc Cédelle, spécialiste des questions éducatives au Monde.
Extraits :
« (...) Vous vous êtes donc naturellement engagé dans le combat syndical. Après de nombreuses années passées au SNES, vous avez rejoint le SNALC. Vous n’avez pour autant jamais été totalement compromis dans le syndicalisme puisque le sentiment bien compris de l’urgence à réformer vous a conduit à voter pour le candidat Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle de 2007.
C’est ce sens des responsabilités qui vous a conduit ensuite à travailler à la mise en œuvre des réformes de la politique éducative dont j’ai eu la charge lorsque j’étais ministre de l’Eduction nationale. En 2007-2008, vous avez participé à l’élaboration des nouveaux programmes du primaire, et vous auriez aimé vous occuper de celle du collège si cela avait été envisagé.
Cher Jean-Paul, votre brillant parcours dans l’Education nationale et votre engagement pour renforcer notre école justifient pleinement l’hommage qui vous est rendu ce soir (...) »
Un ministre félicitant un fonctionnaire pour avoir bien voté est une chose assez remarquable pour être notée, signe supplémentaire qu’entre Brighelli et l’autorité de tutelle, les relations ont souvent été incestueuses. De la même manière, se confirme ici le rôle joué par le "cher Jean-Paul" dans les nouveaux programmes du primaire, ce que l’on savait déjà. Les extravagants programmes du primaire, inspirés comme on l’a dit, par ceux de 1923, ont été décidés dans le plus grand secret, sans concertation : pendant que Darcos, d’un côté, avec le plus grand mépris, ignorait les enseignants du terrain, les pédagogues honnis, les mouvements éducatifs, dans le même temps il recevait quelques amis à sa table, parmi lesquels un prof de classes préparatoires aux grandes écoles, ignorant tout de l’école primaire et qui n’y avait manifestement pas mis les pieds depuis que lui-même l’avait quittée. La politique Darcos, ce fut d’abord ça : la prime à l’incompétence, pourvu que l’incompétent vous en soit reconnaissant. On en a vu les résultats : des enseignants, des parents, massivement démoralisés, humiliés, en colère devant le gâchis provoqué à l’école primaire par une clique réactionnaire, peu nombreuse mais forte en gueule, qui a cherché à faire de l’école primaire le champ d’expérimentation de ses fantasmes passéistes. Aujourd’hui, l’école primaire – inspirée et voulue par Brighelli – est dans un triste état. Cela mérite-t-il vraiment la légion d’honneur ? Il est vrai, comme l’affirmait Napoléon, que c’est avec des hochets qu’on mène les peuples, même les profs.
Si je me permets de vous interpeller sur ce point c’est pour vous remettre en mémoire la louangeuse tribune que vous-même, Pierre Marcelle, aviez publiée, il y a plus de trois ans dans Libé ( « Fabricants de crétins », 26/05/2006), en l’honneur de Brighelli : vous y vantiez son courage, sa lucidité, tout en dénonçant les pédagogues, responsables de tous les maux. Trois jours plus tard, dans une nouvelle chronique (« Explication de textes », 29/05/2006), je me voyais moi-même publiquement assimilé à l’extrême-droite tout simplement parce que j’avais le tort de penser, et de dire, que sur Brighelli et sur l’éducation, votre analyse ne tenait pas la route, en d’autres termes que vous écriviez n’importe quoi.
Je n’en doute pas, avec plus de trois ans de recul, vous avez sans doute pris la juste mesure du personnage qu’alors vous encensiez : y a trois ans, Brighelli était déjà un courtisan, surtout préoccupé de servir la soupe à Sarkozy. La légion d’honneur est la récompense pour ses bons et loyaux services rendus au sarkozysme. En matière éducative, la clairvoyance n’est sans doute pas une chose très répandue dans les médias et vous voudrez bien reconnaître, monsieur Marcelle, à quel point, comme beaucoup d’autres, vous fûtes aveugle.
Un aveuglement quand même lourd de conséquences. Deux années de politique sectaire et dogmatique, à l’emporte-pièce, auront suffi à Darcos pour désorganiser, déstabiliser un système éducatif qui, jusque là, malgré ses défauts, ne méritait pas les tombereaux d’injures qu’on a déversés sur lui. Mais surtout, la politique Darcos aura été comme le prototype d’un mode de gouvernement mis en place par Sarkozy, qui se caractérise par le mépris, la morgue manifestés pour les enseignants, les intellectuels, les travailleurs sociaux, les syndicats (sauf le Snalc...), les corps intermédiaires, en un mot une certaine forme de brutalisation de la société civile. On a le pouvoir, on fait ce qu’on veut.
Votre chronique du 26 mai 2006 se concluait par un éloge du blog de Brighelli : « je crois bien que j’y retrournerai un jour », écriviez-vous alors. Si vous y êtes retourné, sans doute n’avez-vous pas manqué de tomber sur cette faune inquiétante, habituée des lieux, qui se soulage d’une haine inextinguible pour tout ce qui a moins de vingt ans, surtout lorsque ces moins de vingt ans ont la peau sombre ou les cheveux crépus. Sous le regard débonnaire du maître de maison. Tout ce petit monde était déjà là il y a trois ans. Vous ne vous en étiez pas rendu compte ? C’est bien dommage.
Les lecteurs qui en ont envie pourront se replonger dans les archives de Journal d’école aux dates des 26/05/2006 et 03/06/2006. Pour la légion d’honneur de Brighelli, à la date du 16/07/2009.
17 octobre 2009
Sarkozy toujours brouillé avec l'histoire
En présentant sa « réforme » des lycées – en réalité un enterrement de première classe – Sarkozy a cru bon saluer la naissance des lycées en 1802, « geste fondateur de notre éducation nationale (...) qui signifiait très concrètement la fin des privilèges de la naissance », ajoutant même qu’ à partir de cette date, « ce qui compte, en France pour réussir, ce n’est plus d’être bien né, c’est d’avoir travaillé dur et d’avoir fait la preuve par ses études de sa valeur ». Dans le contexte de l’affaire de la Défense, cette affirmation a reçu l’accueil ironique qu’elle méritait mais a montré également à quel point Sarkozy, ou celui qui écrit ses discours, était brouillé avec l’histoire. Il est vrai que dans ce domaine, le discours de Dakar avait ouvert la voie...
Contrairement à ce que cette assertion aussi péremptoire que peu étayée voudrait faire croire, le lycée d’aujourd’hui n’a pas grand chose à voir avec la création napoléonienne. La loi du 11 floréal an X (1er mai 1802) instituant les lycées n’était nullement motivée par un souci de démocratisation de l’enseignement secondaire – il faudra attendre pour cela la seconde moitié du 20e siècle – que par la volonté de Bonaparte de recruter des fonctionnaires civils et militaires tout dévoués au régime. A la fin de l’Empire, les effectifs des lycées atteignaient à peine 10 000 élèves – tous des garçons, les filles n’y ayant pas accès - pour la plupart recrutés dans les milieux aisés. Si quelques élèves boursiers, en tout petit nombre, étaient bien accueillis aux côtés des élèves payants, encore faut-il préciser que les bourses n’étaient pas attribuées en fonction du mérite de l’élève mais le plus souvent en récompense de bons et loyaux services rendus par la famille au gouvernement. Le lycée napoléonien reste avant tout une école de notables.
Le régime de l’internat était destiné à inculquer aux élèves des habitudes militaires et plus généralement d’obéissance et de soumission. Les exercices militaires alternaient également avec les exercices religieux, les lycées perdant très vite leur caractère laïque : une circulaire de mai 1803 institue la prière en commun matin et soir ainsi que la participation des lycéens aux offices le dimanche.
Le lycée napoléonien ? Quelque chose qui tient de la caserne et du couvent. En y voyant un « geste fondateur de notre éducation nationale », Sarkozy rêve-t-il à voix haute ?
11 octobre 2009
Alertes grippales : comprendre et choisir
Six semaines après la rentrée des classes, il faut vraiment chercher pour trouver la trace d’une pandémie dans les écoles. On entend bien parler ici et là de quelques cas attribués sans conviction à la grippe A mais ce n’est toujours pas la Peste noire. Pourtant, on va se retrouver avec un stock de vaccins sur les bras, stock certes inutile mais qu’il va bien falloir écouler. Les élèves sont donc les premiers exposés, non pas tant à la grippe qu’à un vaccin préparé et mis sur le marché dans des conditions ahurissantes. Pour l’instant, au ministère de l’EN, c’est le silence radio, signe d’une gêne perceptible. Mais qu’en sera-t-il dans quelques semaines, quand les établissements scolaires devront ouvrir leurs portes à ces fameuses « brigades volantes » expédiées en service commandé par le ministère de la Santé et celui de l’Intérieur ?
Le docteur Marc Girard, médecin et consultant, spécialiste du médicament, répond au battage médiatico-politique mené depuis plusieurs mois sur la grippe A. Son livre, « Alertes grippales », paru aux éditions Dangles, argumenté et accessible, sera lu avec profit par les enseignants et les parents d’élèves lorsqu’il s’agira de faire son choix et de s’opposer à une campagne de vaccination que l’on peut redouter autoritaire.
Dr Marc GIRARD, Alertes grippales, comprendre et choisir, Editions DANGLES. Un livre vendu dans toutes les bonnes librairies (en ligne également) à partir du 12 octobre.
08 octobre 2009
Le principe de précaution sert à tout, à condition de savoir s'en servir
L’interdiction des portables à l’intérieur des établissements scolaires, lycées exceptés, votée par les sénateurs, ne se contente pas de sombrer dans le ridicule, elle va bien au-delà. Ridicule, parce qu’il faut être bien mal informé des réalités scolaires pour voir derrière chaque bambin de maternelle ou derrière chaque écolier un accro au portable et que, pour ce qui concerne les collèges, le règlement intérieur propre à chaque établissement en bannit l’utilisation dans la plupart des cas. Une loi pour rien, donc. On a du mal à prendre au sérieux l’argument du principe de précaution mis en avant pour justifier la mesure : outre que la dangerosité du portable reste un objet de controverse plus qu’une réalité attestée, la logique voudrait que le raisonnement s’applique à tous et pas seulement aux élèves et que, pourquoi pas, la vente en soit interdite à l’ensemble de la population. On imagine à l’avance la réaction des électeurs...et même si les sénateurs ne sont pas élus par les citoyens, il y a sans doute là de quoi faire réfléchir les plus farouches partisans du principe de précaution.
Ce vote du Sénat a donc son origine et sa motivation ailleurs. Il fait curieusement écho à un sondage paru, sans doute par pur hasard, la veille, sur l’utilisation du portable par les jeunes et dont toute une presse bien pensante a fait les gorges chaudes, bien que les chiffres fournis, comme toujours en la matière, soient sujets à caution : car si 7% des élèves interrogés affirment avoir déjà pris l’enseignant en photo pendant le cours, cela signifie que l’immense majorité d’entre eux respecte la règle de l’établissement et si l’on s’indigne un peu vite de ce que près de la moitié des élèves prétendent utiliser l’appareil en classe, on pourrait peut-être accorder le même crédit à l’auteur de ces lignes, prof en collège et pas spécialement naïf ni plus bête qu’un sénateur, qui ne se rappelle pas avoir déjà vu la moitié de ses élèves téléphoner ou échanger des SMS pendant ses cours.
En réalité, comme l’écrit justement François Jarraud dans son éditorial du Café pédagogique (8 octobre 2009), avec cette interdiction, « ce que réclament les sénateurs, c’est le huis clos scolaire. L'Ecole doit être un sanctuaire dédié au savoir et au face à face respectueux du maître et des élèves ». Sous couvert d’une approche médicale, les sénateurs défendent en réalité la conception d’une école refermée sur elle-même, une école où la clôture serait la condition nécessaire et suffisante aux apprentissages. De ce point de vue, l’interdiction du portable irait de pair avec le développement de la vidéosurveillance dans les établissements dont les mêmes parlementaires sont de chauds partisans. Mais pas davantage qu’un portique de détection, l’interdiction du portable n’est en mesure de créer un climat favorable au travail scolaire. Au fil des ans, l’Ecole ne cesse de se barder d’interdits dont la justification est rien moins qu’ évidente. Alors qu’une opinion publique majoritairement ignorante des réalités éducatives dénonce laxisme et laisser-aller, on peut se demander au contraire si l’autoritarisme qui prévaut aujourd’hui au sein des établissements, avec ses règles jamais discutées, rarement motivées, encore moins expliquées, n’est pas de nature à détourner les élèves, voire à les dégoûter, bien davantage qu’un portable, de leur travail.
Suite à la parution de ce fameux sondage, le ministre de l’Education nationale Luc Chatel, tout en se disant favorable à l’interdiction du portable, affirmait vouloir s’en remettre aux équipes éducatives sur le terrain pour résoudre un problème qui n’est certes pas au-dessus de leur force. En légiférant d’autorité, sans qu’on lui ait rien demandé, le Sénat montre, avec un réel mépris pour les enseignants, comme une volonté de les infantiliser. Il n’est pas sûr que ces derniers en sortent grandis aux yeux des élèves ou que leur autorité en soit renforcée.
Avec l’interdiction du portable, c’est, comme souvent en matière éducative, l’effet d’annonce qui prévaut et le politique se dissimule derrière une préoccupation affichée de santé publique. A l’école, la prochaine manifestation de ce détournement de valeur verra à n’en pas douter, des brigades de vaccinateurs plus ou moins réquisitionnés par les préfets, débarquer dans les locaux scolaires, au nom, bien sûr, du principe de précaution, même si, cette fois-ci, c’est le vaccin contre la grippe qui fait courir un risque aux élèves.
07 octobre 2009
Un sénateur, c'est du sérieux
Si le ridicule tuait, il y a longtemps que les sénateurs seraient tous morts. Avec l’interdiction des portables, non seulement en collège mais ausssi en primaire et en maternelle, ils viennent d'atteindre un sommet difficilement surpassable car il n’y a guère qu’un sénateur pour voir derrière chaque enfant de maternelle ou de primaire un accro du portable. Certes en collège le problème peut se poser mais la haute assemblée ne sait sans doute pas que leur utilisation est déjà interdite dans le règlement intérieur de la plupart des établissements, sans que cela change grand chose. Un peu de pédagogie pour expliquer les dangers potentiels d’une utilisation prolongée ne serait pas idiot non plus. Mais là, comme souvent en la matière, on se donne un air, une posture.
Une interdiction qui tombe à plat, une de plus.
27 septembre 2009
Violences à l'école : une urgence éducative ou un marché juteux ?
On le savait : la violence à l’école est d’abord un thème éminemment politique, agité de préférence à chaque échéance électorale. Mais c’est aussi un marché, comme on a pu s’en rendre compte au 14e salon Alarmes Protection Sécurité qui s’est tenu la semaine écoulée à Paris et dont l’un des thèmes était la sécurité dans les établissements scolaires ou du moins une certaine vision de la sécurité, celle qui se décline à travers le fichage et la vidéosurveillance. Les professionnels ne s’en cachent même pas : « pour nous, la surveillance des établissements scolaires est un gros marché », ne craint pas d’affirmer un directeur commercial. « Il suffit que 500 à 1000 établissements s’ équipent, à 15 000 euros en moyenne par établissement et cela deviendra intéressant » surenchérit un autre, avec une bonne dose d’inconscience, à moins qu’il ne s’agisse de provocation. 15 000 euros en quincaillerie de surveillance à mettre en regard avec les économies drastiques en personnel d’encadrement ou avec les difficultés financières toujours plus pesantes lorsqu’il s’agit de mettre en œuvre dans les établissements le moindre projet pédagogique. Alors qu’un vendeur de caméras assure « on se battra », laissant ainsi soupçonner un intense lobbying en direction des politiques chargés de l’éducation, on sent quand même dans ce petit monde comme une certaine inquiétude : on s’indigne de « la présence forte des organisations syndicales et des parents d’élèves qui veulent une protection des libertés ». C’est vrai : l’école sans profs ni parents ni élèves, ce serait tellement plus facile...
Cette crainte des industriels n’est d’ailleurs peut-être pas sans fondement, puisqu’au même moment le ministre de l’Education nationale, Luc Chatel, faisait connaître plusieurs mesures relatives à la sécurisation des établissements scolaires, mesures qui sembleraient à première vue s’écarter des fantasmes de son prédécesseur Darcos : des « brigades mobiles de sécurité » sont bien envisagées mais les dispositions les plus controversées présentées avec éclat au printemps dernier, comme la fouille des élèves, la vidéosurveillance ou les portails de détection ne sont pas privilégiées. Il n’y a guère que le conseil général des Alpes-Maritimes pour avoir cru malin d’acquérir quatre portiques mobiles de détection de métaux, à 2000 euros l’unité – les Alpes-Maritimes sont un département riche – quatre portiques qui, au demeurant, ne servent à rien, attendu que leur installation ne peut se faire sans l’accord du conseil d’administration de chaque établissement. Toujours ces gêneurs...
Puisque, face à la violence, le tout sécuritaire mène à une impasse, à l’école comme ailleurs, il n’est peut-être pas interdit de se tourner vers une approche résolument éducative, comme celle à laquelle travaille, depuis des années la Coordination française pour la décennie internationale de la promotion d’une culture de la non-violence et de la paix. Dans le cadre d’une quinzaine dédiée à ces valeurs (21 septembre – 2 octobre) , « la Coordination française demande que l'éducation à la non-violence et à la paix soit intégrée d'urgence dans les programmes scolaires et qu'une formation spécifique soit dispensée aux enseignants. Dans une société du spectaculaire où la violence est perpétuellement mise en avant, les valeurs telles que l'écoute, la coopération, la médiation, la solidarité doivent être enseignées afin de montrer qu'une autre voie est possible. » Parmi les initiatives, un courrier que chacun peut adresser aux députés, leur demandant de soutenir une loi pour l’éducation à la non-violence et à la paix à l’école. Bien sûr, pour des parlementaires qui, face aux violences à l’école, n’ont jamais refusé leur vote à toutes les dispositions policières qu’on leur a présentées ces dernières années, une semblable démarche ressemble un peu à une révolution culturelle. Mais on peut toujours rêver.
Pour le modèle de lettre au député, cliquer ici.
12 septembre 2009
A l'Education nationale, la rumeur se propage plus vite que l'épidémie
Avec la grippe A, il faut bien reconnaître que, plus on en parle, plus on s’y perd. Alors que, depuis la rentrée scolaire, il ne se passe pas un jour sans l’annonce très médiatisée de la fermeture d’une classe ou d’un établissement, les autorités seraient bien en peine de donner le nombre, même approximatif, d’élèves touchés par le virus. Afin de mesurer le phénomène, elles viennent d’ailleurs d’inventer un nouveau concept, pas vraiment scientifique, de « cas groupés avec suspicion ». Autrement dit, il suffit d’un « groupe » de deux élèves pour que l’on « suspecte » la grippe et que, toutes affaires cessantes, on décide de fermer la classe ou l’établissement tout entier, même si, après vérification, il apparaît que le virus H1N1 n’est pas en cause.
Ainsi, à la Celle-Saint-Cloud (Yvelines), un cas groupé de trois malades dont un seul cas avéré est suffisant pour faire fermer une classe de terminale. A Chartres (Eure-et-Loir), une maternelle est fermée pour la durée d’une semaine avec six cas de suspicion de grippe H1N1 avant même que des analyses soient pratiquées, le préfet croyant nécessaire de préciser que « dans l’hypothèse où ces analyses s’avèreraient négatives, la classe rouvrirait bien entendu avant le terme de ce délai ». La préfecture de l’Hérault, quant à elle, a fait très fort en décidant la fermeture d’un collège de 850 élèves à Castries...un collège où deux élèves ont été diagnostiqués avec le virus grippal. A Thiais (Val-de-Marne), des symptômes grippaux font fermer deux classes de maternelle sans qu’aucun prélèvement soit effectué. La préfecture, sans doute un peu gênée, est bien forcée de reconnaître que de nombreux cas d’angine, de rhino-pharyngite et autres pathologies sont courants en cette période de rentrée. Au passage, personne ne semble s’étonner que la grippe A, que nos savants responsables de la santé publique annonçaient comme un virus hivernal, se manifeste au cours d’une rentrée scolaire caniculaire avec des températures avoisinant ou dépassant les 30 degrés. Le virus ferait-il preuve de mauvais esprit ou bien les élèves seraient-ils touchés par toutes sortes de maladies courantes dans les écoles ? Le plus curieux reste encore le cas de ces deux collèges du Nord fermés pour cause de « cas avérés ou suspects » alors qu’ils avaient déjà connu une première fermeture quelques jours auparavant. On peut effectivement se demander qui, du virus ou des autorités se moque du monde : alors que 13 millions d’élèves sont rentrés sans encombre, quelques cas isolés suffisent à décréter l’état de pandémie.
Comme il était prévisible, cette grippe providentielle a fait faire le silence sur tout le reste, permettant ainsi au ministre de l’Education nationale de passer sans encombres le cap d’une rentrée qui, en d’autres temps, se serait avérée difficile. Pas chiens, les syndicats d’enseignants n’ont pas eu l’indécence de protester contre la quatrième année consécutive de suppression de postes, alors que les conditions de travail des profs comme celles des élèves, continuent de se dégrader. L’opinion publique n’a rien su, ou presque, du scandale de ces 2000 enfants handicapés privés de rentrée, parce que les AVS (auxiliaires de vie scolaire) et EVS (emplois de vie scolaire) qui, jusque là les accompagnaient, n’ont pas vu leurs contrats renouvelés. Entre la compassion pour les enfants handicapés à qui le droit élémentaire à l’instruction est refusé et la compassion pour l’industrie pharmaceutique, généreusement subventionnée par la commande de 94 millions de doses de vaccins, le gouvernement a fait son choix. L’honnêteté voudrait qu’il le reconnaisse.
Les fermetures d’ établissements scolaires vont probablement se poursuivre plusieurs semaines encore, non pour faire face à une menace réelle mais plus sûrement, afin de rendre évidente et indispensable aux yeux d'une opinion publique affolée, une campagne de vaccination massive centrée sur les scolaires. Pour quelques-uns des meilleurs spécialistes de la question, cette vaccination est non seulement inutile mais potentiellement risquée eu égard aux effets secondaires qu’elle ne manquera pas de déclencher. Ce coup de bluff médiatique auquel on assiste depuis la rentrée scolaire est peut-être annonciateur d’un nouveau scandale de santé publique dont les élèves seront les victimes.
06 septembre 2009
Enseignants du primaire
Les enseignants du primaire en résistance ont une nouvelle adresse. En haut de page, cette citation d’André Gide : « le monde ne sera sauvé, s’il peut l’être, que par des insoumis ».
01 septembre 2009
L'"excellence" scolaire selon Sarkozy
En cette veille de rentrée, la presse ne bruit que de cela. Un « internat d’excellence » conforme aux vœux de Sarkozy vient donc d’ouvrir ses portes à Sourdun (Seine-et-Marne) pour accueillir 128 élèves, exclusivement recrutés parmi les élèves « méritants » des milieux « défavorisés ». Ils sont tous curieusement issus de l’académie de Créteil, la seule, sans doute en France, à scolariser des élèves méritants issus de milieux défavorisés.
Devant les nombreux journalistes convoqués pour la circonstance, le recteur d’académie, émerveillé, ne tarit pas d’éloge : il s’agirait-là, affirme-t-il de la concrétisation d’une « utopie éducative ». En quoi s’agit-il d’un établissement d’excellence ? On ne sait, au juste, puisque les programmes et l’enseignement seront ceux de l’Education nationale. Une certitude, néanmoins : les bonnes fées se sont penchées sur son berceau, généreusement doté par son ministère de tutelle. On apprend en effet que 40 adultes parmi lesquels 16 professeurs sont présents pour encadrer les 128 élèves ce qui donne un taux d’encadrement d’un adulte pour 3 internes ou encore d’un professeur pour 8 élèves. Un encadrement qui fera sans doute rêver les quelque 800 000 autres enseignants confrontés à une troisième année consécutive de suppression de postes, et par corollaire à des classes de plus en plus chargées. Une première tranche de crédit d’1,5 million d’euros a été débloquée, en attendant la suite. Il faut dire que, pour financer les activités des élèves, on n’a pas lésiné sur les moyens : une classe ira à Pondichéry, une autre à Londres, une troisième travaillera avec l’Opéra de Paris. Le soir, les élèves vaqueront à de plus modestes occupations , comme l’équitation ou l’horticulture. Les chefs d’établissement, les profs et les parents qui, partout ailleurs doivent racler les fonds de tiroir pour financer leurs projets éducatifs apprécieront à leur juste valeur les faveurs accordées à l’internat de Sourdun par le seul fait du prince.
« Avec ces moyens sans commune mesure avec un collège lambda, on peut réaliser énormément de projets », explique ingénuement une enseignante . On n’aura pas l’insolence de demander comment il se fait que dans la France républicaine, un établissement se voit ainsi royalement privilégié au détriment de tous les autres ni sur quelle légitimité se fonde cette étonnante distinction entre élèves « méritants » et tous les autres qui, nécessairement, auraient démérité.
Si l’on se réjouit pour les heureux élus, on voit bien que l’ouverture de cet internat s’inscrit avant tout dans une campagne de communication médiatique typiquement sarkozyenne. Dans un contexte de paupérisation de l’école, ces largesses distribuées à une structure dont la pertinence n’est pas démontrée, ne peuvent masquer l’abandon d’un véritable projet éducatif pour le plus grand nombre.
28 août 2009
Vaccination à l'école : une ministre "altruiste"
Malgré les doutes sérieux sur l’efficacité du vaccin contre la grippe A et ses effets secondaires, le gouvernement s’apprête-t-il à faire vacciner autoritairement tous les élèves ? La brochure éditée par le ministère de l’Education nationale évoque « une campagne de vaccination à partir de cet automne », précisant aux parents qu’ils seront informés « le moment venu ». Même si, hier, en présentant son plan de vaccination, la ministre de la Santé a récusé l’idée de vaccination obligatoire, laquelle serait, d’ailleurs, probablement illégale, il y a tout lieu de s’interroger sur la nature de ces « équipes mobiles » chargées de vacciner directement à l’intérieur des établissements scolaires. Avec dix ans de recul, le gouvernement n’a manifestement tiré aucune leçon de la désastreuse campagne de vaccination contre l’hépatite B lancée sans précaution et de la multiplication des cas de sclérose en plaques chez l’enfant qui s’en est suivie.
Alors que, jusqu’à plus ample informé, malgré le battage médiatico-politique sans précédent entretenu autour de la grippe A, le virus n’aurait à ce jour provoqué la mort que d’une seule personne en France métropolitaine, on s’apprêterait à faire courir à toute la population scolaire, par le biais d’un vaccin produit à la sauvette, quasiment pas testé, un risque sanitaire bien plus grave que le mal qu’il est censé combattre.
En présentant la campagne de vaccination, Roselyne Bachelot s’est livrée à un désagréable dérapage sur sa nécessité, affirmant « qu’il y a un intérêt altruiste [à se faire vacciner] et qu’une personne qui n’a pas de facteur de risque a donc intérêt à se faire vacciner pour protéger son entourage ». Pour la ministre, si la vaccination est donc motivée par l’altruisme, le souci de son prochain, refuser la vaccination serait le signe d’un condamnable égoïsme. Avec ce type d’arguments, on en vient à se demander si le refus de vaccination ne sera pas bientôt considéré comme un délit : en matière d’autoritarisme, le sarkozysme n'a pas encore tout dit ni tout montré.
Ces considérations, aux relents d’ordre moral, paraissent particulièrement indécentes en regard de la situation sanitaire désastreuse de centaines de millions d’enfants un peu partout dans le monde, des enfants qui seraient en droit d’espérer un peu plus d’ « altruisme » de la part d’une ministre de la Santé. Aujourd’hui dans le monde, comme tous les jours, 26 000 enfants sont morts de maladies courantes, de dénutrition. Le manque d’eau potable tue un enfant toutes les 20 secondes. Le paludisme continue de faire plus d’un million de victimes par an parmi lesquelles très majoritairement des enfants. L’UNICEF, dans son rapport annuel 2008, estime qu’il serait possible de sauver la vie de plus de 5 millions d’enfants et de 200 000 mères par an, pour un coût supplémentaire de 10 dollars par habitant et par an. 10 dollars à mettre en rapport avec le milliard d’euros complaisamment offert à l’industrie pharmaceutique pour produire un vaccin inutile contre la grippe. Mais un gouvernement qui se livre à une telle dilapidation des fonds publics et qui, en outre, vient de baisser l’aide publique au développement à un niveau scandaleusement ridicule (0,39% du revenu national brut) est-il vraiment autorisé à invoquer l’ « altruisme » des citoyens ? Par ce qu’il révèle des choix et des priorités des autorités, le traitement de la grippe A s’inscrit dans une logique éminemment politique.
