Journal d'école

Un regard distancié, très distancié, très très distancié sur l'école et sur le monde. L'école vient de loin, elle peut mener loin. A condition d'en sortir.

17 mai 2008

Et derrière l'homme à la blouse grise...

Récapitulons.

Un ministre sous influence décidant seul, sans concertation, à la sauvette, d’une réforme de l’école primaire. Une contestation quasi-générale dans les établissements, respectant les formes et les principes de la légalité : réunions d’information, discussions, lettres ouvertes, pétitions, tribunes dans la presse, appels à la négociation, préavis de grève et finalement grève. Bref, on se croirait en démocratie. Face à cela, un ministre de plus en plus brutal, arrogant, provocateur, hargneux même. Avec à l’arrivée, un projet de loi, dit « de service minimum » prévoyant des sanctions pour les enseignants et des recours devant les tribunaux contre les écoles ou les mairies récalcitrantes. On a eu tort de se croire en démocratie. On n’épiloguera pas sur la personne de Darcos, jugé un moment honnête et compétent, connaisseur de la chose scolaire, ouvert avec Gabriel Cohn-Bendit à une réflexion sur les collèges expérimentaux. Tout cela remonte à loin, avant les élections municipales. Depuis sa défaite à Périgueux, l’alternative est simple : Darcos doit choisir entre sa carrière politique ou le chômage. On pourrait lui faire observer qu’arrivé à 61 ans, il aurait pu également songer à préparer sa retraite mais l’idée ne semble pas l’avoir effleuré. Le problème est qu’un ministre UMP de l’Education doit offrir des gages à son parti et à son patron : à aucun moment au cours des dernières semaines et des derniers jours, notamment par son refus puéril et obstiné de remettre à plat le projet de programmes en primaire,  Darcos n’a donné l’image d’un ministre responsable, soucieux de l’intérêt général et plus spécialement de celui des élèves. Sa dialectique se ramène à une phrase standard, qui tient lieu de politique à tout le gouvernement : « on a le pouvoir, on fait ce qu’on veut ».

Finalement, en moins d’un an, Darcos aura réussi à la fois à donner satisfaction aux traditionalistes les plus extrêmes en matière éducative et dans le même temps, en judiciarisant, voire en criminalisant   l’exercice d’un droit fondamental – on peut faire confiance à l’imagination sans bornes des parlementaires lors de la discussion du projet de loi – à mutiler un peu plus les libertés publiques. Une politique éducative n’est jamais idéologiquement neutre, elle révèle toujours un projet de société. En un saisissant raccourci, Darcos montre qu’il a choisi son camp. Mais ce n’est pas vraiment une surprise.

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15 mai 2008

Fichage

Le directeur du service scientifique de Scotland Yard se dit favorable à la création d’un fichier ADN pour les enfants dès l’âge de 5 ans afin, affirme-t-il d’ « identifier les gens avant qu’ils commettent un délit ». Guillaume Pigeard de Gurbert, qui rapporte l’info sur son Libéblog, « 24 heures Philo », rappelle qu’au Royaume Uni, près d’1,5 million jeunes entre 10 et 18 ans sont déjà génétiquement fichés. En France, on y arrive : on se souvient de cet inénarrable rapport de l’Inserm préconisant la détection de la délinquance chez les enfants de 3 ans  et des déclarations de Sarkozy sur la prédisposition génétique à la pédophilie. Délires à mettre également en rapport avec la récente loi sur la rétention de sûreté permettant de jeter en prison tout individu suspecté de pouvoir commettre un crime.

Les enfants, les élèves, sont à l’évidence une cible de choix dans la croisade sécuritaire où le marquage, le traçage dès la naissance prennent le pas sur tout le reste. Dans un domaine voisin, on a beaucoup parlé ces derniers temps d’une enquête commanditée par l’Education nationale sur 35 000 collégiens, soumis, eux et leur famille, à un questionnaire véritablement inquisitorial avec intrusion dans la vie privée. Dans mon collège, comme dans beaucoup d’autres manifestement, la seule élève sélectionnée porte un nom à consonance étrangère. Mais ce n’est sans doute qu’un hasard.

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"Suranné", dit-il

« Suranné », c’est ainsi que Darcos a qualifié le principe de la grève. Venant de la part d’un ministre qui ne jure que par la récitation, le par cœur, les leçons de grammaire, les leçons de morale, les leçons de politesse, les grandes dates de l’histoire de France et j’en passe, le mot fait sourire. Voire franchement s’esclaffer.

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08 mai 2008

L'Education nationale recrute

Finalement, la mobilisation n’aura pas été vaine. Effrayé devant l’ampleur prise par les manifs, les pétitions, les grèves, Darcos recule et lance un plan de recrutement massif dans l’Education nationale : le Journal officiel du 4 mai nous apprend ainsi la nomination au poste d’inspecteur d’académie d’un certain Arnaud Teullé. Arnaud Teullé, candidat malheureux à la mairie de Neuilly est un ancien conseiller de Sarkozy à l’Elysée. Toutes nos félicitations à l’heureux promu et au promoteur.

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Stage de réflexion et d'action en langues

Plurilinguisme, oral, comprendre et se faire comprendre, comment aider, faire progresser, notamment à l’écrit etc. Ce sont quelques-uns des thèmes abordés par le Secteur Langues du GFEN au cours de son stage de rentrée du 26 au 28 août 2008. Parmi les communications, on peut relever également celle de Juan Torres à propos de la Guerre d’Espagne : « Transmettre, oui mais comment ? Un atelier sur l’idée de patrie, d’appartenance, de dépossession. Faire exister les acteurs oubliés de l’histoire ».

Invitation et renseignements pratiques à l’adresse suivante :

http://gfen.langues.free.fr/

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06 mai 2008

Darcos en retard d'une guerre

Les directeurs de l’Eton College et de la St Paul’s School ne veulent plus du classement annuel des établissements scolaires en Grande-Bretagne (The Guardian, 28/04/2008). Ils dénoncent « la tyrannie » de la procédure, la pression qui en résulte et qui défavorise encore plus les écoles en difficuté, leur laissant la « tête sous l’eau ». Pour ces deux chefs d’établissements qui appellent leurs collègues à rejoindre le boycott, ce genre de classement aboutit à négliger l’essentiel : l’épanouissement des enfants.

Cette info a dû échapper à Darcos qui ne jure que par l’évaluation chiffrée des performances prévue dans les écoles primaires à la rentrée prochaine. Avec sa réforme, Darcos a décidément une guerre de retard, voire deux.

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03 mai 2008

Encore un cher collègue persécuté par la justice

Cela se passe en juin 2007. Un prof demande à trois élèves de 5e de ranger la classe. Mécontent du résultat, il déclare alors à l’un d’eux : « ça, s’est du travail de bougnoule ». Pur hasard, il se trouve que l’élève est d’origine maghrébine. Le tribunal correctionnel de Valenciennes vient de condamner l’enseignant à trois mois de prison avec sursis (Libé, 02/05/2008). On attend la pétition que le Snes et le Snalc ne vont pas manquer de lancer pour soutenir le cher collègue persécuté par la justice.

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01 mai 2008

Violence à l'école : pourquoi donc s'en priver ?

Face au coup de folie d’un collégien à Meyzieu, toujours les mêmes réactions politico-médiatiques affligeantes. Un ado en pleine détresse, à la dérive, mais qui ne trouve personne à qui parler. Certes, il est légitime de poser la question : où sont les médecins scolaires, les psychologues scolaires, les infirmières scolaires, les assistantes sociales scolaires ? Et pourquoi des dizaines de milliers d’adultes ont-ils disparu des établissements ces dernières années ? Mais on ne peut s’empêcher non plus de dénoncer la perversité d’un discours, souvent entendu au sein de l’institution, qui se refuse à considérer un prof comme éducateur, le cantonant dans le rôle de distributeur de connaissances scolaires : on ne parle pas avec le prof, on écoute le prof et l’on se tait. Et devant tout dérapage, parce que les élèves sont des ados, on appelle la police. Avec les résultats que l’on sait. En 2002, un ministre délégué de l’Education nationale parlait de « lever le tabou de la violence scolaire. L’objectif est de faire baisser la violence de moitié en cinq ans ». Le ministre s’appelait...Darcos et les cinq ans sont passés. Il faut dire que nos ministres n’ont pas manqué d’imagination : partenariat renforcé avec la police, caméras de surveillance, règlements intérieurs drastiques. Ah, j’allais oublier la note de vie scolaire qui devait ramener le calme et la sérénité dans les établissements. La prochaine étape sera probablement la disparition de la justice des mineurs par trop laxiste. D’ailleurs, le collégien de Meyzieu vient d’être inculpé pour tentative d’assassinat et à ce titre il n’encourt que 20 ans de prison. Notoirement insuffisant, n’est-ce pas. Ne faudrait-il pas carrément envisager la rétention de sûreté pour tout comportement déviant ? Dati y songe...

Pour Eric Debarbieux, président de l’Observatoire international de la violence à l’école, les solutions sont connues : « A problème complexe, il y a une solution simple et c'est la mauvaise. Penser que l'augmentation de la répression, du lien avec la police, va traiter ce type de problème est un leurre total. Cela ne peut se faire que par une véritable révolution de la formation des personnels d'abord. On sait que climat scolaire et violence à l'école sont très fortement corrélés. On sait qu'un enseignant formé à la gestion du stress, à la gestion du groupe est un enseignant qui a deux fois moins de risques qu'un autre de se faire agresser ou que ses élèves s'agressent entre eux. »

Certes, mais former les enseignants à la gestion des conflits est politiquement moins payant qu’envoyer la police et ouvrir des prisons. Et l’on ne voit pas pourquoi les politiciens se priveraient – en faisant réellement baisser la violence à l’école – d’un thème qui leur apporte tant de voix aux élections. La violence à l’école a encore de beaux jours devant elle.

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30 avril 2008

Glaciation

Sauf concessions à la marge, Darcos a donc entériné les programmes du primaire, ouvrant ainsi la porte à la plus formidable régression éducative qu’on ait vue depuis bien longtemps. Si cette décision trouve assez naturellement sa place dans la ligne politique du gouvernement actuel, on est frappé une nouvelle fois par la brutalité et l’arrogance du ministre, ses mensonges perpétuels, la manipulation des faits, et surtout cette  volonté obscène de faire passer pour des démolisseurs d’école tous ceux qui ne pensent pas comme lui. Se félicitant d’une « consultation ouverte et transparente », alors que la concertation n’a été que de pure forme, les décisions prises dans le plus grand secret depuis plusieurs mois, les manuels scolaires déjà édités, il se lance en attaques grossières contre les « comités d’experts auto-proclamés », autrement dit les enseignants qui ont simplement l’audace de penser que les programmes de 1923 ne sont peut-être plus adaptés au contexte du 21e siècle. Les « experts » de Darcos, on les connaît : ce sont ces groupuscules ultra-réactionnaires, qui ont leurs entrées au ministère – alors, au passage, que Darcos n’a jamais ouvert sa porte aux mouvements pédagogiques – et dont il a repris in extenso toute l’idéologie. Des groupuscules dont l’objectif avoué consiste, avec les méthodes d’autrefois, à rétablir une école de classe. La remise en cause du collège unique est l’étape suivante. La posture de Darcos est ici exclusivement dogmatique, idéologique : il ne s’agit évidemment pas de faire réussir les élèves mais de donner satisfaction à un mouvement de pensée très minoritaire mais dont les conceptions rétrogrades ont été popularisées par les médias tout ignorants des questions éducatives ou par quelques plumitifs à la mode à la recherche d’une notoriété et de gains faciles. S’essuyant les pieds sur la loi d’orientation votée en 2005 par le Parlement, Darcos prétend sans rire que c’est à la « nation » de définir la politique éducative d’un pays, alors que c’est dans le secret de son cabinet, sans débat, à la sauvette, qu’un quarteron d’intégristes à la triste figure s’est vu reconnaître un pouvoir d’influence et de décision digne d’une république bananière. La réforme Darcos, par ses allures de putsch, c’est aussi un nouveau coup porté à la démocratie. Ou à ce qu’il en reste.

Pour conclure, je renvoie le lecteur à la très dense analyse d’André Ouzoulias, qui démonte les mensonges de Darcos et de ses inspirateurs. A lire intégralement sur le site du Café pédagogique.

"Le ministre semble s’obstiner à faire passer, à coups d’arguments catastrophistes, le projet de programme qu’un cabinet occulte a griffonné en compilant les brochures des groupuscules « antipédagogistes » (GRIP, SLECC, Sauver les lettres, etc.), à contre-courant de l’évolution pédagogique internationale. Si ce projet est maintenu, l’opinion et la représentation nationale doivent savoir qu’il n’en résultera pas seulement une multitude de conflits stériles, des maîtres démoralisés, une baisse de l’efficacité de notre école et un long hiver pédagogique. Ce sera aussi la fin du « Socle » lui-même — pourtant voulu par l’actuel Premier ministre — à peine né, aussitôt mort et enterré. L’occasion historique qui était offerte à M. Darcos de redonner un élan à l’école de la République aura été pitoyablement gaspillée. Pour longtemps."

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21 avril 2008

Contre-pétition : 600 signatures

La contre-pétition lancée par Samuel vient de dépasser les 600 signatures. Bien plus que ce qu’on pouvait attendre au départ. Comme d’habitude, il y a deux façons de considérer ce chiffre : se dire  que faire régresser la maltraitance des enfants est un combat de longue haleine et pas gagné d’avance. Mais aussi, d’une certaine façon, considérer qu’une initiative exclusivement individuelle, sans relais dans l’opinion, peut aider à faire bouger les choses, même timidement. Au passage, on salue l’initiative de Camille Stromboni, journaliste à Libé, qui a consacré un billet sympa du Contre journal à la pétition en question. Un clic contre les claques. Le jeu de mots est certes facile mais il faut continuer à signer.

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