16 avril 2008
La drôle d'histoire de Brighelli
Dans son dernier pamphlet – en fait un remake des précédents, tant les idées nouvelles y sont absentes – avec Brighelli comme prof d’histoire, la grenouille se fait aussi grosse que le bœuf. Une fois de plus, il est pris en flagrant délit d’ignorance, de contradiction et de mauvaise foi. Le chapitre consacré à l’enseignement de l’histoire débute immanquablement par les lamentations sur « l’inculture historique abyssale des élèves », inculture dont il trouve la preuve non pas dans les enquêtes menées régulièrement par l’Education nationale sur les compétences des élèves ou les résultats d’examen (bac et brevet) mais dans une citation de Sempé et Goscinny tirée de Joachim a des ennuis (1964) ou dans un texte humoristique de Ionesco sans rapport avec la question (1974). Avec de telles références[1], on sent que Brighelli a longuement travaillé son sujet. Bien sûr, s’empresse-t-il d’ajouter, les « malheureux élèves n’y sont pour rien », c’est la faute aux programmes. Ainsi, le lecteur est-il surpris d’apprendre que les programmes d’histoire font l’impasse sur l’histoire de Rome, sur le 17e siècle, la Révolution française, la révolution industrielle, le Second empire mais aussi d’ailleurs le Premier (ramené, paraît-il, à l’étude du Code civil), sur François Ier, la guerre de Cent Ans et même le Moyen Age. Il est vrai que Brighelli doit avoir du mal avec la périodisation de l’histoire lorsqu’il évoque les « six siècles (Xe-XVe siècles) qui constituent à proprement parler le Moyen Age » (sic) alors que n’importe quel élève de 5e, voire de CM2, sait que le Moyen Age débute avec la disparition de l’Empire romain au tournant des 5e-6e siècles. A la page suivante, également, Brighelli place la guerre d’Algérie (1954-1962) dans les événements des « trente dernières années »( !). Pour Brighelli, manifestement, les émeutes de Villiers-le-Bel sont un épisode de la guerre d’Algérie. Où l’on voit, donc, que « l’inculture historique abyssale » n’est pas seulement le fait des élèves.
Méconnaissance du sujet : Brighelli n'a pas travaillé son texte. Avec un minimum de sérieux et d'honnêteté, en consultant les programmes officiels de l’Education nationale, il aurait pu se rendre compte que l’histoire romaine, le Moyen Age, le 17e siècle, la Révolution française et bien d’autres choses font partie intégrante des questions étudiées entre l’école primaire et le lycée. Dans le même temps, alors qu’il déplore le vide des programmes, il juge inutile d’encombrer les élèves avec l’histoire de la décolonisation (au passage, Brighelli semble confondre l’Inde et l’Indochine...) qui « témoigne du sentiment de culpabilité de ceux qui ont conçu ces programmes ». Bien sûr, Brighelli aurait été beaucoup plus arrangeant sur l’Asie et l’Afrique si les programmes avaient pu inclure les « aspects positifs de la colonisation », comme certains de ses amis politiques le souhaitent. Pour lui, l’histoire de notre époque n’est rien d’autre qu’une perte de temps, qui « alimente les conflits stériles ». Rien ne doit salir la mémoire nationale. Brighelli reprend à son compte les conceptions éculées de l’historiographie du 19e siècle pour laquelle l’histoire a pour fonction de faire naître une conscience nationale, d’ « insérer les écoliers français dans l’histoire et la géographie de la France ». Dans cette optique, non seulement les esclaves, les Arabes, les Africains n’ont pas leur place, pas davantage, sans doute, les Cathares, les Vendéens, les Juifs probablement, les Protestants, mais encore les femmes, les enfants, les paysans, les prolétaires, tous ceux qui, à un moment ou à un autre ont remis en cause le récit imaginaire et trompeur de ce que Suzanne Citron appelle l’« histoire-célébration ».
Que reste-t-il, dans ces conditions de la chronologie, de ce « fil chronologique » que Brighelli prétend vouloir réhabiliter et qu’il serait d’ailleurs bien en peine de définir ? On croit comprendre que la chronologie c’est « ce qui alimente le récit » - mais de quel récit s’agit-il, puisqu’on exclut du champ de l’histoire tout ce qui permettrait, justement, de lui donner sens ? - , la chronologie, c’est aussi, bien sûr, « la mémoire », comprenez le par cœur : 1515, Marignan. Avec ce mélange de niaiserie et de fatuité qui lui est ordinaire, Brighelli s’autorise à faire la leçon à ses « collègues historiens qui ont parfois du mal à intéresser leurs élèves, voire à tenir leurs classes ». Il sombre ici dans la confusion la plus totale (on laissera au lecteur le soin de juger s’il en fait exprès ou non) : s’avisant que les enfants « adorent qu’on leur raconte des histoires », Brighelli imagine l’histoire à l’école un peu sous la forme de « ces belles histoires de l’oncle Paul, qui enchantaient jadis les lecteurs de Spirou ». En quelque sorte, l’histoire des trois petits cochons, c’est toujours de l’histoire au même titre que l’histoire du ghetto de Varsovie. On s’esclafferait si, derrière l’amalgame né de la polysémie du mot « histoire », il n’y avait un système de pensée et un projet éducatif diablement inquiétants. Pour Brighelli en effet, les élèves n’ont besoin que de « contes », que de « merveilleux », ils ne doivent surtout pas réfléchir : « à vouloir, à toute force, qu’ils réfléchissent, on se les aliène et on les dégoûte de ce qui, justement, pourrait les amener à réfléchir, un peu plus tard ». Avec cette conception ahurissante de l’enseignement de l’histoire, Brighelli montre non seulement son ignorance de ce qu’est un cours d’histoire mais aussi – ce n’est pas nouveau – le profond mépris dans lequel il tient les élèves. S’il condescendait à pénétrer dans une classe de 6e, il verrait des élèves, tout jeunes donc, questionner, par exemple, des mythes de l’Antiquité grecque, confronter mythologie et récit historique d’après un texte de Thucydide, mettre en parallèle les croyances religieuses des Hébreux et des Egyptiens, philosopher – à 12 ans, c’est interdit ? – sur la nature humaine ou divine du pharaon, examiner d’un regard critique le fonctionnement de la démocratie à Athènes et la question de l’esclavage. Pardon, j’oubliais que l’esclavage est un sujet tabou... Oui mais pour cela, il faut accepter l’idée que l’enfant sait réfléchir par lui-même, accueillir et encourager sa parole, même bégayante, toutes choses qui sont manifestement au-dessus des forces de Brighelli. Il est remarquable de constater à quel point les plus ardents défenseurs des « savoirs » et de la transmission des « connaissances », si prompts à dénoncer la baisse des « exigences », n’ont finalement rien d’autre à proposer que cette conception réductrice, minimaliste, caricaturale de l’enseignement de l’histoire. Pour les enfants du 21e siècle, les belles histoires de l’oncle Paul sont amplement suffisantes ; le reste, la connaissance justement, plutôt que les connaissances, le savoir, plutôt que les savoirs, viendront « plus tard », toujours plus tard. L’école rêvée par Brighelli, finalement, c’est une école où, à force de confondre bases et rudiments, on n’apprend rien, une fabrique de crétins en quelque sorte.
Comme s’il n’avait pas suffisamment chargé la barque, Brighelli nous gratifie in fine d’une élucubration supplémentaire dont on lui laisse évidemment la responsabilité : « L’autre illusion majeure des concepteurs de programmes, c’est la prétendue « objectivité » historique ». Pour nos petits élèves, les légendes sont bien suffisantes, « Napoléon se comprend très bien avec l’imagerie d’Epinal », écrit-il, avant de poursuivre avec cette remarque sibylline : « (...) faut-il rappeler que bien souvent l’histoire la plus positiviste n’existe que par le cumul des Mémoires, journaux et témoignages, dont la convergence finit par créer une objectivité – ou ce qu’il nous plaît d’appeler ainsi ? (...) Sans compter que ce qui est donné pour vrai un jour ne l’est plus forcément le lendemain ». C’est aussi ce que pensent certains historiens. Ainsi, si la Shoah est aujourd’hui considérée comme vérité historique – « ou ce qu’il nous plaît d’appeler ainsi » - est-on sûr qu’il en sera toujours de même ? Ces historiens qu’on désigne sous le nom de révisionnistes.
Résumons. Le dernier Brighelli : un petit bouquin (pas donné d’ailleurs, la « refondation » de l’école est aussi une affaire de gros sous) qui navigue en permanence entre l’insignifiant et l’ignoble, où l’ignorance crasse et les contrevérités sont étayées par un projet éducatif et politique dont on espère qu’il ne verra jamais le jour. L’ennui est que ce petit bouquin est aujourd’hui le livre de chevet du ministre de l’Education nationale qui s’en inspire largement.
[1] Au passage, mais c’est récurrent dans ce type de publication bâclée, on relève l’absence totale d’appareil critique, notes de bas de page, bibliographie. Le lecteur est censé croire sur paroles.
14 avril 2008
"Un ordre est un ordre"
Les pédiatres, les pédopsys vieillissent mal, du moins pour certains d’entre eux. A l’occasion de la sortie de son énième bouquin, Naouri, omniprésent dans les médias, se lance dans des interviews fracassantes (20 minutes.fr, 21/03/2008, mais aussi Elle, le Figaro etc) censées expliquer aux parents, nécessairement « démissionnaires », comment éduquer leurs enfants. Et ce sont les enfants qui en sortent fracassés. Par exemple, « le doudou, à 2 ans et demi, c’est fini. Comme la tétine (...) on les prend, on les jette » et surtout, précise-t-il, « on ne dit rien à l’enfant ». L’enfant n’est pas une personne, rien qu’un petit animal qu’on doit dresser. Sur quelles analyses, quelles observations scientifiques, Naouri étaye-t-il ses propos ? Aucune, justement. Ce n’est pas la première fois qu’on observe, qu’arrivés à un certain âge, à une certaine notoriété (« vu à la télé »), des prétendus spécialistes jugent inutile de motiver leurs jugements, d’argumenter. Puisque c’est un savant, puisque c’est un grand clerc, il faut croire sur parole, même les pires âneries, comme c’est souvent le cas, d’ailleurs, pour les questions éducatives. Et si, devant un enfant qui suce son pouce, Naouri estime qu’il faut couper le pouce, il a sans doute raison, ce bon vieillard aux cheveux blancs même s’il s’agit plutôt d’une forme grave de sénilité. La complaisance envers ce qu’ Alice Miller appelle la « pédagogie noire », avec la brutalité affichée envers les enfants, est aujourd’hui un créneau porteur. Et qui peut rapporter gros. Aujourd’hui, pour faire les têtes de gondole chez Leclerc, il vaut mieux s’appeler Naouri qu’Alice Miller, Brighelli que Philippe Meirieu, Bentolila que Roland Goigoux. Mais derrière l’invariable dénonciation de l’enfant-roi ou de l’élève au centre, on devine non seulement une grande paresse intellectuelle mais un inquiétant projet de société. Pour Naouri, « un ordre est un ordre. On ne l’explique pas ». L’obéissance qu’on exige sans avoir à la justifier, l’éducation conçue comme un dressage, tout cela était très à la mode il y a encore un siècle. C’est avec des principes de ce genre qu’on a rempli les tranchées à Verdun ou que de braves conducteurs des transports parisiens convoyaient les Juifs au Vel’d’hiv’. Ils n’avaient fait qu’obéir aux ordres, prétendirent-ils plus tard. Le pire, c’est que c’est vrai : il n'avaient fait qu'obéir.
11 avril 2008
Ecole du bon vieux temps : suite
Après les programmes Darcos-Brighelli en primaire, les traditionalistes poursuivent leur chemin. Ils ont fait adopter par le Sénat – en urgence ! – une disposition permettant « l’organisation d’enseignements par regroupements des élèves en fonction de leur sexe ». Autrement dit, rien d’autre qu’une remise en cause de la mixité. Texte chaudement défendu un peu plus tard à l’Assemblée par la très droitière Nadine Morano, secrétaire d’Etat à la famille. (Lbération, 11/04/2008). L’ordre moral est en marche : et derrière les programmes scolaires de 1923, c’est au retour à la société de 1923 que l’on travaille. Les établissements devraient très bientôt recevoir une circulaire officielle punissant la masturbation.
09 avril 2008
"Le jeu est le travail des enfants"
« Pour les petits, il ne saurait être question de lecture, parce qu’il n’est pas admissible qu’on enseigne à lire à un enfant qui ne sait pas parler. Ce fait invraisemblable existe cependant, il existe partout. Je sais que les directrices des écoles maternelles ont fort à faire pour contenter à la fois les personnes ayant qualité pour leur donner une direction pédagogique, et les parents de leurs petits élèves qui, manquant de notions justes sur l’hygiène intellectuelle, se figurent que leurs enfants n’apprennent rien et perdent leur temps s’ils n’apprennent pas à lire (...)
Le résultat est, d’ailleurs, tout opposé à l’impatience des parents quant à la lecture (...) Depuis six ans, je note avec soin le nombre d’enfants de six à sept ans sachant lire dans les écoles maternelles et je puis affirmer que je n’en ai pas encore rencontré cinq sur cent lisant couramment et avec intelligence (...) et que je n’en ai pas noté dix sur cent – toujours de six à sept ans – lisant matériellement.
D’où je conclus que les enfants des écoles maternelles perdent une moyenne de trois ans sur leurs tableaux et leurs livres ; et malheureusement ce temps perdu pour la lecture n’est gagné ni au point de vue physique, ni au point de vue intellectuel, ni au point de vue moral.
On ne pèche pas impunément contre la logique ; or il est absolument contraire à la logique de forcer l’intelligence à accepter une nourriture qu’elle ne peut s’assimiler ; il est absolument contraire à la logique d’apprendre à lire à des enfants qui ne savent pas parler. L’école maternelle n’est pas une école : c’est un établissement d’éducation et non d’instruction. Qu’est-ce qui élèvera à la dignité d’éducatrices, de mamans, des directrices qui s’obstinent à rester maîtresses d’école ? Je ne vois qu’une force capable d’opérer cette transformation. Cette force, c’est l’amour. L’amour pour l’enfant, l’amour intelligent, actif, expansif, dévoué, l’amour enthousiaste, mêlé de respect pour cet être à la fois si frêle et si exquis : c’est là le fondement de la pédagogie à l’école maternelle, le fondement, le corps de l’édifice et la charpente. »
Pauline KERGOMARD, L’éducation maternelle dans l’école, tome 1, Paris, Hachette, 1886.
1886 : si ce n’était la date, nul doute que Pauline Kergomard passerait aux yeux de certains pour une dangereuse soixante-huitarde. Inspectrice générale des écoles maternelles à la fin du 19e siècle, elle considérait comme primordiale la liberté des enfants, leur activité. « Le jeu – disait-elle – est le travail des enfants » et reprenait à son compte le mot de Félix Pécaut : « l’enfant, avant six ans, n’est pas matière scolaire ». C’était en 1886, donc. On voit à quelle époque nous ramènent les leçons de mots et autres fantasmes de Bentolila à qui je dédie ce message. Si, bien sûr, il vient me rendre visite pour de vrai...
05 avril 2008
Brighelli l'imposteur
De temps en temps, parce qu’il le faut bien, Brighelli laisse au vestiaire ses habitudes de grossièreté, de vulgarité qui sont sa marque de fabrique, met une sourdine aux anathèmes et aux imprécations contre ceux qui ne pensent pas comme lui – ce qui ne l’empêche pas d’ouvrir son blog à des formules du genre « tuez les tous ! ». Dans Metro ( 02/04/2008), Brighelli joue les vierges effarouchées, se donne des airs de respectabilité. Il faut dire qu’il a un nouveau bouquin à vendre - en réalite, sous un titre différent, car on aurait du mal à y trouver des idées nouvelles, une réédition des pamphlets plus anciens – ce qui implique un certain souci des convenances : il ne faut pas effrayer l’acheteur. Brighelli, c’est aussi un représentant de commerce, les convictions ne doivent pas porter préjudice au compte en banque. Donc, dans Metro, la main sur le cœur, Brighelli annonce qu’il n’est « ni de droite ni de gauche (...) je ne fais pas de politique ». On rappellera quand même à ses fidèles, qu’il y a moins d’un an, il soutenait avec chaleur le candidat Sarkozy et qu’il bénéficie d’un fort capital de sympathie à l’UMP, comme d’ailleurs, à l’extrême-droite. Ni de droite ni de gauche, ce qui ne l’empêche pas d’entretenir d’ « excellents rapports » avec le conseiller Education de Matignon. Quant à ses relations avec Darcos : « nous nous connaissons (...), mon livre est un recueil des idées auxquelles le ministre pense peut-être en se rasant le matin (...) S’il ne les met pas en œuvre, il le fera tôt ou tard (...) ». Faux-cul, donc, Brighelli, feignant d’ignorer que Darcos s’est inspiré exclusivement des thèses des chapelles réactionnaires pour rédiger ses programmes, manifestant un incommensurable mépris pour les acteurs de l’éducation. Des gens à tuer, il est vrai.
Avec son « ni droite ni gauche », Brighelli fait sienne la vieille rengaine des conservateurs – mais il existe en la matière des conservateurs de gauche, comme le dit Lofi – selon laquelle l’école ne ferait pas partie du champ de la politique, qu’elle serait à l’écart des débats de société, idéologiquement neutre. Le mythe de l’école-sanctuaire, à l’abri du monde, dans laquelle on entrerait comme en religion. Mais les programmes Darcos-Brighelli reflètent une idéologie forte. Derrière la revendication affichée d’un retour aux « fondamentaux », aux « bases », se cache, bien mal d’ailleurs, un véritable projet de société. Car en fait de bases ou de fondamentaux, ce ne sont qu’à des rudiments grossiers que seront astreints les élèves. Occupés à temps plein et souvent en pure perte sur des mécanismes essentiellement répétitifs, les élèves seront dorénavant privés de littérature, d’histoire, de géographie, de sciences, d’ouverture au monde. Dressés à rabâcher, ils arriveront en fin de primaire incapables de s’exprimer, de penser par eux-mêmes, de comprendre le monde dans lequel ils vivent. N’est-ce d’ailleurs pas là l’objectif de programmes visant à former des sujets obéissants et non des citoyens éclairés ? Mais on sait également que tous les élèves ne partent pas à égalité et que ceux qui bénéficient d’un milieu familial favorisé, et seulement ceux-là, seront en mesure d’échapper à cet appauvrissement sans précédent des missions de l’école. Quant aux autres, les enfants qui ne partent pas en vacances, qui n’ont pas internet à la maison, pas de livres, pas de revues, ceux qui ne bénéficient d’aucun éveil culturel, ceux-là sont condamnés à rester dans leur ignorance. Avec une école incapable de leur apporter sur temps scolaire la formation à laquelle ils ont droit, ils se verront astreints à retourner à l’école pendant les vacances, essayer de sécher leurs larmes sur des exercices de grammaire qui ne feront qu’aggraver leur échec. Avec cette stigmatisation des élèves les plus faibles, des élèves les plus pauvres, le système éducatif non seulement revient un siècle en arrière, quand les études et la culture secondaires étaient réservés aux enfants des milieux favorisés, mais aussi beaucoup plus loin dans le temps, à l’époque, où, dans les écoles, on séparait élèves « payants » et élèves « gratuits », les riches d’un côté, les pauvres de l’autre. L’école Darcos-Brighelli, c’est d'abord cela : une école de classe, une école d’apartheid. Mais, bien sûr, Brighelli n’est pas un homme de droite. De même que n’est pas de droite une politique qui sabre brutalement dans les dépenses d’éducation, de santé, de logement, une politique qui privilégie avant toutes choses l’intérêt des plus riches. Et puis, en ce moment, Brighelli a un bouquin à vendre...
Brighelli ou l’imposture médiatique.
04 avril 2008
Un élève giflé : contre-pétition
« Nous, citoyens de convictions et de professions diverses, souhaitons par la présente :
(...)
- Affirmer que dans notre pays, la maltraitance et plus généralement la violence sur enfant n'est pas acceptable quelque forme qu'elle prenne et quelle qu'en soit la raison, et surtout pas des actes de violence injustifiée de la part d'un éducateur professionnel envers un enfant de 11 ans.
(...)
- Nous élever contre une certaine conception de l'éducation (témoigné par les français en de nombreux endroits) et contre un certain corporatisme (exposé par les pétitions du SNES et du SNALC) qui consiste à blanchir un homme violent, lui attribuant le statut de victime, et à conspuer un enfant victime de violences (...) »
Il y a les pétitions institutionnelles, les pétitions politiques, d’autres émanant de collectifs solidement constitués, et puis il y aussi les pétitions individuelles, soutenues par la volonté et le courage de simples citoyens révoltés par l’injustice et la bêtise. Samuel, qui intervient régulièrement sur « Journal d’école », lance une pétition – dont sont extraites les lignes ci-dessus - pour dénoncer la violence de cet enseignant du collège de Berlaimont, les soutiens qui lui ont été témoignés par des collègues et une hiérarchie mal inspirés et en même temps soutenir l’enfant victime. Cette pétition ne sera évidemment pas relayée par les appareils syndicaux, on n’en parlera probablement pas à la télé. Elle a juste l’immense mérite d’exister. Dans un contexte éducatif délétère, qui marche sur la tête, où n’importe quel plumitif besogneux – moustachu ou non - peut se voir propulsé conseiller du ministre, la révolte individuelle est plus que jamais salutaire, indispensable. Il faut signer la contre-pétition contre la violence et en faveur de l’élève frappé au collège Gilles-de-Chin.
02 avril 2008
Nouveaux programmes : une affaire rentable
On l’apprend ce matin : alors que la « concertation » sur les programmes de primaire tourne à la (mauvaise) farce, les éditeurs scolaires ont déjà publié les manuels « conformes aux nouveaux programmes 2008 ». Comble de l’escroquerie : chez Nathan, le directeur de collection s’appelle...Bentolila, le chantre des « leçons de mots », l’éminence grise de Darcos, l’inspirateur et l’instigateur d’une politique qui s’affiche résolument réactionnaire. Jusque là, on savait Darcos motivé par des considérations principalement politiciennes, démagogiques, cherchant l’approbation d’un électorat âgé et peu au courant de la chose scolaire – cela ne lui a d’ailleurs pas spécialement réussi à Périgueux. Il apparaît aujourd’hui que la précipitation ministérielle, la volonté de faire passer en force les programmes du primaire cachent des motivations bassement mercantiles : quand on connaît les juteux bénéfices générés par l’édition scolaire, on peut prédire sans risque d’erreur qu’avec le nouveau manuel de CE2, le directeur de collection de chez Nathan va voir son compte en banque s’étoffer de façon conséquente. L’ennui, c’est que le directeur de collection en question est également le plus proche conseiller du ministre. Dans l’ombre, dans le secret du cabinet, sous couvert d’œuvrer à l’éducation, à l’avenir du pays, en réalité, c’est à sa fortune personnelle que travaille Bentolila. On ne sait pas si le ministre touchera des agios. Lofi rappelle à juste titre que, dans le droit des affaires, cela s’appelle un délit d’initié et – ajouterai-je - pour, Darcos, complicité de délit d’initié.
Face au profond mépris, à la morgue ainsi manifestée par l’autorité de tutelle, une autorité qui fait passer son intérêt personnel avant l’intérêt collectif, il est indispensable de faire entendre sa voix. La pétition lancée il ya quelques jours contre les programmes Darcos a déjà recueilli près de 9000 signatures. On peut également suggérer une campagne de mails de protestation chez Nathan et le boycott du manuel Bentolila.
31 mars 2008
Pétition contre les programmes Darcos
Enseignants, éducateurs, mouvements pédagogiques, parents, syndicalistes, ils lancent un appel à Darcos pour qu’il retire son projet de programme pour le primaire. Une pétition que chacun peut signer en ligne, toutes affaires cessantes.
« Monsieur le Ministre,
Nous voulons une école plus juste, dont les finalités et les contenus soient compris et partagés par tous. Nous sommes persuadés que l’école peut et doit faire réussir tous les élèves, et que pour cela, elle doit se transformer.
Votre projet de programmes est marqué par l’inadaptation des contenus, par un affaiblissement de leur dimension culturelle et par une conception mécaniste des apprentissages.
Loin d’être « plus ambitieux », comme vous l’annonciez, il marque un appauvrissement sans précédent des apprentissages et des objectifs, à commencer par la lecture et l’écriture. Face à un tel renoncement sur l’essentiel, l’introduction de nouveaux contenus dans d’autres matières apparaît comme un affichage qui accroît l’incohérence de l’ensemble.
Loin de contribuer à la réussite de tous les élèves, il pénalisera de fait ceux qui ont le plus besoin d’école. Il ne favorisera pas la maîtrise de l'ensemble des connaissances et des compétences que l'école se doit de faire acquérir à tous les élèves. Il tourne le dos à l’ambition des programmes de 2002 qui était de doter tous les élèves des outils nécessaires pour réussir au collège.
Nous réaffirmons avec force que les apprentissages fondamentaux que vise l’école primaire s’appuient sur un travail de l’élève dans lequel la recherche, la découverte et l’expérimentation s’allient nécessairement à la rigueur, à la structuration des connaissances et à la mémorisation.
Nous vous demandons, Monsieur le ministre, de suspendre votre projet et de tenir compte de l'avis des personnels et des partenaires de l'Education afin d’en revoir profondément la conception et la rédaction. »
30 mars 2008
La planète ? Connais pas
L’histoire réduite à quelques dates apprises par cœur, la géographie à mémoriser les noms des cinq fleuves français (et encore, on n’est pas sûr que le Rhin fasse partie de la liste, c’est un fleuve européen...), c’est à former des citoyens sourds et aveugles – et muets bien sûr – que travaille Darcos avec ses programmes de primaire. Micheline Roumégous et Pascal Clerc, géographes, dénoncent à leur tour « la formidable régression pédagogique, disciplinaire et didactique », à l’œuvre avec les nouveaux programmes d’histoire-géographie voulus par le ministre. A lire intégralement sur le site du Café pédagogique.
Extraits :
« (...) Car on le sait bien : « les petits enfants de France » ne reçoivent à Noël aucun jouet fabriqué en Chine, n’utilisent jamais d’ordinateur qui en vienne ; ils n’ont dans leur classe aucun camarade issu d’une immigration risquée et que l’enseignant intègre de son mieux ; leurs parents n’ont pas à subir les effets des délocalisations d’entreprises en Bulgarie ou en Pologne, les fraises de ces jours-ci ne viennent pas de Huelva, cueillies par des Maghrébins et des Polonaises. La mondialisation et l’Europe, ces réorganisations économiques et sociales, culturelles, politiques, qui obligent à interroger toutes les frontières, le fonctionnement de tous les espaces, à en reconstruire le sens, ce n’est pas pour les enfants. De tout cela ils sont protégés, ils n’en voient rien, ils n’en vivent rien dans leur cadre local, régional et national. Or, contrairement à la vulgate en cours, il est possible d’aider les élèves à décoder, même simplement, leur environnement mondial. Prenons une classe de cycle 3, demandons à chaque élève de lire l’étiquette de son tee-shirt, repérons sur la carte du monde la localisation des lieux de fabrication et l’on pourra déjà tirer quelques enseignements simples d’un fonctionnement d’échelle mondiale dans laquelle les vêtements que nous portons en France sont fabriqués en d’autres lieux (...) »
25 mars 2008
Au-dessous de la ceinture
Même pas honte. Le prof cogneur de Berlaimont refusant la procédure du plaider-coupable, réclame un procès public car « il est important, affirme-t-il, de défendre la corporation des enseignants ». Son avocat place l’affaire « dans le cadre de l’exercice de l’autorité d’enseignant » (Libération, 25/03/2008). Lorsque, donc, un quinquagénaire mesurant 1,90 m, renverse le bureau d’un petit 6e, le colle brutalement au mur avant de le gifler violemment, il s’agit là de « l’exercice de l’autorité d’enseignant ». L’autorité des brutes est toujours légitime, on saura sans doute s’en souvenir sur les cours de récré. Au cours du procès, remis à une date ultérieure (sine die ?), le prof en question bénéficiera du soutien des gros bras du Snes et du Snalc qui lui vouent un attachement indéfectible. Le Snes, justement, parlons-en, qui vient de lancer une semaine d’action et de revendications, amalgamant à la défense des postes, celle du prof de Berlaimont. Alors qu’on ne trouve pas un mot de solidarité avec les enseignants du primaire, pas une critique sur les programmes Darcos, le Snes veut faire du 27 mars, une « journée d’expression de la solidarité au collègue de Berlaimont ». On n’en attendait à vrai dire pas moins d’une organisation dont on connait les faveurs pour l’école de la trique et de la blouse grise.
Pour le reste, j’attends toujours de la défenseure des enfants qu’elle veuille bien répondre à la lettre ouverte que je lui ai fait parvenir le 6 février.
