19 octobre 2011

Dessine-moi un canon...

A l’initiative de l’inspecteur d’académie du Var, les écoles primaires du département sont « invitées », selon la formule consacrée, à faire participer leurs élèves à l’opération lancée chaque année par Solidarité Défense, à destination des militaires français engagés à l’étranger dans ce qu’on appelle pudiquement les « opérations extérieures » (OPEX). Car comme on le sait, la France ne fait pas la guerre. Il s’agit pour l’association, émanation directe du ministère de la Défense et présidée par l’amiral Lanxade, de faire parvenir aux soldats un colis de Noël accompagné de dessins d’enfants. D’où la mobilisation des autorités académiques du Var enjoignant aux enseignants de « mettre en place le plus rapidement possible (…) des actions à caractère pédagogique » en liaison avec ladite association [courrier du 07/10/2011].

Dans le but de les éclairer sur les OPEX, l’inspecteur d’académie délivre aux enseignants une information à sens unique, provenant exclusivement des autorités militaires : « les militaires français (…) ont pour mission de construire ou de consolider la paix (…). Ils fournissent une aide médicale d’urgence, participent à la reconstruction d’infrastructures » ou encore « ils favorisent le renouveau d’une activité économique pérenne (…) ». Pas moins. Les enfants des écoles ne sont pas censés savoir que les guerres – il faut quand même bien les appeler par leur nom – auxquelles participe l’armée française ont souvent des odeurs de pétrole, comme au Moyen Orient ou des relents de colonialisme, comme en Afrique  ou encore fleurent bon les juteux contrats d’armement. Surtout, les enfants doivent être tenus dans la plus totale ignorance d’une vérité tellement criante qu’on préfère effectivement la taire : la guerre tue, massivement, à commencer par des innocents, comme ce fut le cas, par exemple le 6 avril 2010, lorsque quatre civils afghans furent victimes d’un tir de missile français.

Cette initiative de l’inspection académique du Var n’a rien de nouveau : elle s’inscrit dans une  tradition de collaboration déjà ancienne entre les ministères de l’Education et de la Défense, visant à développer « l’esprit de défense » dans la population scolaire. Depuis bientôt trente ans,  de protocoles en circulaires (le premier protocole Armée-Ecole remonte à 1982), la propagande militaire tient lieu de formation exclusive des citoyens sur la guerre et interdit de fait toute interrogation sur des questions comme la bombe atomique, les budgets militaires, le commerce des armes ou la légitimité de la violence pour résoudre les conflits. Sous la houlette des « trinômes académiques », extravagantes structures où l’inspection pédagogique cautionne sans sourciller le discours des autorités militaires, l’esprit de défense s’est incrusté dans les programmes officiels, les manuels scolaires et jusque dans les sujets d’examen comme c’est le cas, régulièrement, avec le Diplôme National du Brevet (DNB).

C’est ainsi tout un pan de l’éducation civique qui se trouve gangrené par l’idéologie guerrière, avec la complicité tacite massive, qui confine à l’aveuglement,  des enseignants, qui, à de rares exceptions près, n’ont jamais semblé prendre conscience des véritables enjeux du sujet. Car l’esprit de défense à la diffusion duquel l’école participe est à tous égards condamnable : en imposant une vision partisane de la guerre, jamais débattue, elle se fait morale officielle, morale d’état, elle ne respecte pas la liberté de conscience des élèves, des familles, des enseignants. La banalisation de la guerre véhiculée par l’esprit de défense – le mot « guerre » est d’ailleurs soigneusement gommé des programmes – contribue à faire accepter avec passivité et fatalisme, ce qui reste un fléau de notre époque, avec les dépenses militaires irrationnelles qui l’entretiennent (plus de 1500 milliards de dollars dans le monde pour la seule année 2010).

Les instigateurs de « l’éducation à la défense » n’ont jamais fait mystère de ce qu’un de leurs objectifs était également de « satisfaire aux besoins de recrutement des armées ». Pour ce faire, les portes des établissements scolaires leur sont grandes ouvertes. Convaincu par un discours enjôleur, qui lui fait miroiter l’engagement militaire comme rien d’autre qu’un banal plan de carrière, le jeune qui signe son contrat ne peut réellement avoir conscience que le métier des armes n’est pas un métier comme les autres, que l’on peut y tuer ou y mourir sur ordre. Les 75 soldats français morts pour rien en Afghanistan depuis dix ans, tous très jeunes et dont on peut penser que le premier contact avec l’armée remonte à l’époque de leur scolarité, sont aussi les victimes de l’éducation à la défense, de l’Education nationale.

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21 septembre 2011

Allégeance aux armes, allégeance au pire

La proposition de Copé et de l’UMP d’obliger tous les jeunes Français arrivés à l’âge de la majorité ainsi que les candidats à la nationalité française à prêter un « serment d’allégeance aux armes » n’a fait l’objet, jusqu’à présent, que de critiques singulièrement anodines, à la marge, eu égard à la perversité du sujet et à la malignité de ses instigateurs.

Reprocher à Copé un anachronisme qui nous ramène à la guerre des tranchées ou aux campagnes napoléoniennes, lorsque la puissance militaire d’un état était fonction du nombre de soldats mobilisés,  est la moindre des critiques. Alors que n’importe quelle opération militaire nécessite un déploiement hautement technologique, que la formation d’un soldat demande plusieurs années, que piloter un Rafale est quand même nettement plus délicat que faire la guerre à cheval – même si le cheval reste infiniment plus sûr que le Rafale - il se trouve encore des politiciens pour fantasmer sur le mythe de la nation en armes, prête à se lancer, baïonnette au canon, contre l’ennemi héréditaire.

On a relativement peu relevé que si le projet de serment est censé concerner tous les jeunes, il vise bien plus explicitement les immigrés, objets de toutes les méfiances de la droite. Car si, pour un Français de naissance, un Français par hasard, le refus de prêter serment ne devrait pas déboucher sur des inconvénients majeurs – à moins qu’on envisage de rétablir les lourdes de peine de prison qui visaient objecteurs et insoumis à l’époque de la conscription – il n’en irait évidemment pas de même pour un candidat à la nationalité, dont on imagine aisément que les réticences au serment auraient pour conséquence de lui en fermer l’accès. C’est un fait : d’un Français « de choix », on peut tout exiger, même le pire, jusqu’à sacrifier sa vie quand on le lui demanderait. Alors qu’on s’est indigné, dans certains milieux, des sifflets contre la Marseillaise, du déploiement de drapeaux étrangers dans les rues ou les mairies, le serment d’allégeance apparaît comme une réponse implacable et humiliante à l’adresse de l’étranger dont l’accession à la nationalité française serait conditionnée à l’acceptation de partir en guerre contre sa propre famille restée au pays. Si le racisme est toujours brutal, il est aussi mesquin.

« On croit mourir pour la patrie  et on meurt pour les industriels ». Cette formule d’Anatole France n’a rien perdu de son actualité. Derrière le mythe de la défense du territoire, ce sont bien plus souvent de sordides intérêts financiers qui sont en cause : au cours de ces dernières années, tous les militaires français tués en service commandé, l’ont été contre de prétendus adversaires à qui la France avait précédemment livré des armes. Second ou troisième exportateur mondial d’armements, la France est en réalité un fauteur de guerre et les liens étroits qui existent entre les partis politiques et le lobby militaro-industriel contribuent à donner son vrai visage à la dernière lubie de l’UMP : exiger de chacun un serment d’allégeance aux marchands de canons.

Curieusement, dans le flot de critiques ou de commentaires suscités à droite comme à gauche par la proposition Copé – dans un domaine où la gauche ne se distingue pas vraiment de la droite - on chercherait en vain une quelconque préoccupation du droit à l’objection de conscience : la concrétisation de ce projet surréaliste marquerait pour les libertés une régression de près d’un demi-siècle, nous ramenant à l’époque où le refus de porter les armes se traduisait par de lourdes et longues peines de prison. C’est en 1963 que Louis Lecoin, militant pacifiste et anarchiste, arrachait à de Gaulle, à la suite d’une grève de la faim qui avait mis sa vie en danger, un bien timide statut pour les objecteurs, renforcé ultérieurement par une législation qui, bien que restrictive, autorisait à se déclarer « opposé à l’usage personnel des armes ». La « suspension » du service militaire en 1997, rendant obsolète le statut si chèrement acquis, a créé un dangereux vide juridique car c’est bien une liberté fondamentale, la liberté de conscience, que le serment d’allégeance remettrait en cause.

Faire jurer à toute une population, en dépit des convictions morales, politiques, philosophiques ou religieuses de chacun de ses membres, qu’elle est disposée à tuer ou se faire tuer sur ordre de son chef, n’est quand même pas chose négligeable. S’en servir comme argument dans le cadre d’une campagne électorale est le signe d’une sérieuse dérive de la démocratie.


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20 septembre 2011

Vers un serment d'allégeance aux marchands de canons

Au fil des mois, la France de l’UMP, la France de Copé se dévoile. Un bien inquiétant visage. La dernière trouvaille de Copé : « dans le but de renforcer le lien entre l’armée et la nation », tous les jeunes Français ainsi que les demandeurs de la nationalité française (quelle idée aussi !), devraient prêter une « serment d’allégeance aux armes », autrement dit, arrivé à 18 ans, chacun devrait jurer d’aller se faire trouer la peau pour satisfaire les caprices de Copé (le Monde, 20/09/2011).

Oublions pour un instant qu’au cours de ces dernières années, tous les militaires français tués en service commandé, l’ont été contre de prétendus adversaires à qui la France avait précédemment livré des armes : avec cette allégeance aux marchands de canons, Copé fait un sort à un demi-siècle d’objection de conscience. C’est en 1963, que suite à un long combat mené par les pacifistes, Louis Lecoin tout spécialement, qui n’hésita pas à mettre sa vie en danger par une grève de la faim, le statut d’objecteur de conscience fut accordé à tous ceux qui se déclaraient « opposés à l’usage personnel des armes ». Un statut qui repose sur la plus élémentaire des libertés de conscience.

Quand un politicien, pour remporter des suffrages, en arrive à exiger de toute une population le sacrifice de sa vie, il faut sérieusement s’inquiéter de sa santé mentale. A moins, plus simplement, que la conception qui la sous-tend – mourir pour la patrie - ne soit, elle aussi, complètement folle.

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19 juillet 2011

"Détrousseurs de cadavres et imposteurs"

« Vous vous êtes sacrifiés pour une grande cause (…) vous n’êtes pas morts pour rien »  (voir la presse, intarissable comme toujours sur le sujet). Les « détrousseurs de cadavres et imposteurs » ont encore frappé : pas un remords, pas un mot de regret, d’excuses, dans la bouche des gouvernants directement responsables de la mort de quelque 70 jeunes français en Afghanistan, sans parler, bien sûr, de la mort des civils. Plusieurs mois après la disparition de Ben Laden au Pakistan, personne ne sait pourquoi on persiste à faire la guerre en Afghanistan. Morts pour rien, sinon pour la satisfaction criminelle de politiciens récupérant sans vergogne une émotion populaire à bien courte vue : leur présence à la cérémonie mortuaire, leurs mâles résolutions, les mouvements du menton leur vaudront bien quelques points  dans les sondages.

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[Le Monde, 19/07/2011]

En signant leur contrat d’engagement, les jeunes n’avaient probablement pas conscience de ce qui les attendait, trompés par des méthodes de recrutement bien rodées dans lesquelles l’Education nationale joue un triste rôle. Depuis une trentaine d’années, « l’éducation à la défense » fait partie intégrante des programmes scolaires : fruit de protocoles signés avec le ministère de la Défense, elle affiche comme objectif de « satisfaire aux besoins de recrutement des armées ». Sous l’intitulé « la défense et la paix », le programme d’éducation civique de la classe de 3e n’évoque le rôle de l’armée qu’à travers de curieuses « missions de paix » (comme en Afghanistan…) d’où la guerre est totalement absente, comme le sont également des questionnements pourtant légitimes sur la bombe atomique, les budgets militaires où le commerce des armes.  Pour certains collégiens, inconscients du bourrage de crâne auquel massivement leurs enseignants ne trouvent rien à redire, c’est le début d’un engrenage qui pourra leur être fatal. Dans le cas de ces jeunes tués en Afghanistan à un âge où l’on n’aspire qu’à vivre, le premier contact avec l’armée remonte à leurs années collège.

Aujourd’hui, c’est vraiment l’occasion de redonner la parole à Dalton Trumbo :

« Vous entendrez toujours de gens qui sacrifient volontiers la vie des autres. Ils font beaucoup de tapage et ils n’arrêtent pas de parler. Vous en trouvez dans les églises et les écoles et les journaux et les corps législatifs et les congrès. C’est leur métier. Leurs paroles sonnent bien. La mort plutôt que le déshonneur. Le sol sanctifié par le sang. Ces hommes qui sont morts noblement. Ils ne sont pas morts en vain. Nos glorieux morts.

Hmmmm.

Personne n’est-il jamais revenu d’entre les morts un seul mort sur les millions qui se font tuer n’est-il jamais revenu pour vous dire mon dieu que je suis content d’être mort parce que la mort vaut toujours mieux que le déshonneur ? Ont-ils dit je suis content d’être mort pour sauver la démocratie dans le monde ? Ont-ils dit je préfère la mort à la perte de la liberté ? L’un d’ eux a-t-il jamais dit je songe avec joie que j’ai eu les entrailles arrachées pour l’honneur de mon pays ? L’un d’eux vous a-t-il jamais dit regardez moi je suis mort mais j’ai péri pour défendre la morale et cela vaut mieux que d’être vivant ? L’un d’eux vous a-t-il jamais dit me voici il y a deux ans que je pourris dans la tombe en pays étranger mais c’est magnifique de mourir pour sa patrie ? L’un d’eux vous a-t-il jamais dit hourra je suis mort pour l’honneur des femmes et j’en suis heureux voyez commme je chante bien que j’aie la bouche tout obstruée de vers ?

Personne en dehors des morts ne sait si toutes ces idées dont parlent les gens valent la peine qu’on meure pour elles ou non. Mais les morts ne parlent pas. Aussi toutes les paroles sur la noblesse de la mort et le caractère sacré du sang versé et l’honneur sont-elles mises dans la bouche des morts par des détrousseurs de cadavres et des imposteurs qui n’ont pas le droit de parler au nom des morts. Si un homme dit plutôt la mort que le déshonneur c’est un sot ou un menteur car il ne sait pas ce qu’est la mort (...) S’il est assez sot pour croire que la mort vaut mieux que le déshonneur qu’il se mette sur les rangs et qu’il meure. Mais qu’on laisse donc les petits gars tranquilles quand ils sont trop occupés pour aller se battre. Et qu’on laisse également les gars tranquilles quand ils disent que préférer la mort au déshonneur c’est de la foutaise et que la vie est plus importante que la mort (...).

Et tous les gars qui sont morts tous les cinq millions ou les sept millions ou les dix millions qui sont allés au front et qui sont morts pour sauver la démocratie dans le monde pour rendre le monde propice à l’épanouissement de mots creux qu’ont-ils éprouvé au moment de mourir ? Qu’ont-ils ressenti quand leur sang s’est répandu dans la boue ? Qu’ont-ils ressenti quand ils ont été touchés par les gaz qui leur ont rongé entièrement les poumons ? Qu’ont-ils ressenti quand ils gisaient dans les hôpitaux en proie à la folie et qu’ils regardaient la mort droit en face et qu’ils la voyaient arriver et les emporter ? (...) Ils sont morts en pleurant en leur for intérieur comme des gamins. Ils ont oublié pourquoi ils se battaient pourquoi ils mouraient. Ils pensaient à des choses qui sont à la portée des hommes. Ils sont morts en souhaitant ardemment la présence d’un visage ami. Ils sont morts en réclamant dans leurs gémissements la voix d’une mère d’un père d’une femme d’un enfant. Ils se sont éteints la mort dans l’âme en aspirant à jeter un dernier coup d’œil à leur maison natale je vous en supplie mon Dieu rien qu’un coup d’œil. Ils sont morts en se lamentant et en soupirant après la vie. Ils savaient à quoi il fallait attacher de l’importance. Ils savaient que la vie c’est tout et ils sont morts dans les cris et les sanglots. Ils sont morts avec une seule idée en tête je veux vivre je veux vivre je veux vivre (...).

Il n’ y a rien de noble dans le fait de mourir. Même pas si vous mourez pour l’honneur (...). La chose qui a le plus d’importance c’est votre vie mes petits gars. Morts vous n’êtes bons à rien sinon à servir de sujet aux discours. Ne les laissez plus vous duper. Ne leur prêtez pas d’attention quand ils vous taperont sur l’épaule en disant venez nous allons nous battre pour la liberté ou quel que soit le mot qu’ils emploieront car il y a toujours un mot (...) Rien n’est supérieur à la vie. Il n’y a rien de noble dans la mort. Qu’y a-t-il de noble à être enseveli dans la terre et à se décomposer ? Qu’y a-t-il de noble à ne plus jamais revoir la lumière du soleil ? Qu’ y a-t-il de noble à avoir le bras et les jambes arrachées ? Qu’ y a-t-il de noble à être idiot ? Qu’y a-t-il de noble à être aveugle et sourd et muet ? Qu’y a-t-il de noble à être mort ? Quand on est mort monsieur tout est terminé. C’est la fin. On est moins qu’un chien moins qu’un rat moins qu’une abeille ou une fourmi moins qu’un vermisseau qui rampe sur un tas de fumier. On est mort monsieur et on est mort pour rien.

On est mort monsieur.

Mort. »

 

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02 juin 2011

ERS : une pétition

"Le stage qui s’est déroulé du 2 au 6 mai dans la caserne militaire de Montlhéry (Essonne) concernant dix collégiens de l’ERS de Nanterre a abouti à un véritable fiasco que la Défense et l’Education nationale ont évité d’ébruiter. Un collégien exclu, sept d’entre eux interdits de participer à la cérémonie du ravivage de la flamme sous l’arc de triomphe par crainte d’un incident, une semaine émaillée d’insultes, d’altercations entre les élèves, et entre eux et les gradés du régiment peu préparés à accueillir ce type de stage.


Résultant d'une politique de partenariat entre l'Education Nationale et le ministère de la Défense qui se renforce depuis la suppression du service national en 1997, celle ci trouve un nouveau terrain d'application en 2010 dans le cadre du dispositif des ERS (nés des Etats Généraux de la sécurité à l'école) destiné à des jeunes en très grande difficulté.


Dans une totale dérèglementation ces établissements sont une soupape de sécurité pour une institution démissionnaire face à ce type de public. Lieux de relégation pour les élèves les plus difficiles, ces établissements alimentent par une logique méritocratique les "internats d'excellence" dans lesquels le ministère dilapide ses fonds pour entretenir une vitrine, aux dépens de l'éducation prioritaire.


Par cette inflation « méritocratique » couplée à une politique sécuritaire, l’Education nationale se fait complice de politiques discriminatoires qui ne produisent que la confusion. Ces dispositifs posent par ailleurs avec acuité la question de la responsabilité des agents de ce service public qui voient leur éthique professionnelle en contradiction avec ces politiques publiques qu’ils doivent appliquer.


Nous demandons l’abandon immédiat de cette politique, aussi dangereuse qu’inefficace, qui détourne l’école républicaine de ses valeurs et de ses missions, et fragmente davantage le territoire national.


Nous exigeons donc :
- l’arrêt du partenariat Education nationale/Défense
- la suppression des ERS."

La pétition, lancée par quelques enseignants d'histoire-géographie, attend les signataires.


Voir aussi Journal d'école du 08/05/2011.

 

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02 mai 2011

A Ben Laden, l'Occident reconnaissant

Ben Laden aurait donc été tué quelque part au Pakistan. Fort bien mais, dans ces conditions, pourquoi les Occidentaux mènent-ils depuis dix ans une guerre en Afghanistan, guerre qui, au passage, a fait davantage de victimes civiles que les attentats du 11 septembre ? Ne savent-ils pas lire correctement une carte de géo ?

La plupart des commentateurs s’accordent à dire qu’avec la mort de Ben Laden, il faut s’attendre à une recrudescence du terrorisme. Mais alors, pourquoi l’a-t-on tué ? Ben Laden restera dans l’histoire comme l’alibi légitimant la chape de plomb sécuritaire tombée sur les démocraties occidentales – ou ce qu’il en reste – ces dernières années. Après la disparition du communisme, l’Occident ne pouvait vivre sans ennemi héréditaire : c’est le rôle de l’Islam, avec sa déclinaison intérieure, le communautarisme et sa composante extérieure, le terrorisme. Ben Laden mort, il nous faut d’urgence un nouvel épouvantail. Mais lequel ? Avec l’invasion tunisienne, la menace Rom, la burqa et on en passe, la France a, pour sa part, déjà largement anticipé.

 

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19 mars 2011

Libye : une guerre providentielle

Si la guerre n’existait pas, il faudrait l’inventer. Toujours la bienvenue pour faire oublier tout le reste, jusqu’à la catastrophe du Japon dont on pourrait croire aujourd’hui qu’elle ne s’est jamais produite : séisme destructeur, tsunami d’épouvante, centrale nucléaire d’apocalypse, des victimes en nombre incalculable, tout cela doit s’effacer devant les gesticulations médiatiques de politiciens dont l’opportunisme tourne au sordide.

Sarkozy, par exemple, au plus bas dans les sondages, qui aura tout raté, se trouve comme par miracle propulsé sur le devant de la scène internationale, protecteur de la veuve et de l’orphelin, défenseur des droits de l’homme, lui, qui, c’est un comble, n’en finit pas de s’essuyer les pieds dessus. Avec la guerre, les déclarations racistes de son ministre de l’Intérieur comme la nouvelle loi sur l’immigration, pour ne rien dire du mouvement de protestation dans l’Education nationale, tout cela disparaît du champ visuel des médias. Il faut dire qu’au côté des journalistes qui ont retrouvé là leurs réflexes de courtisan, se réjouissant à l’avance de ces viriles images qui ne vont pas manquer d’inonder nos écrans – avec aussi, sans doute, les corps déchiquetés indispensables aux bonnes audiences – les hommes politiques de tous bords adhèrent sans réserve à l’idée de guerre, quand même ils ne surenchérissent pas. De ce point de vue, le Parti socialiste, comme à son habitude tétanisé à l’idée que son patriotisme - pourtant désuet - soit mis en doute, gangrené par son militarisme, qui lui interdit de remettre en question le commerce des armes et les conflits qui en découlent, ne se rend pas compte que la guerre en Libye est la première étape  dans la reconquête de l’opinion publique par Sarkozy. Avec la guerre, un politicien sans scrupules entre en campagne électorale. Une guerre providentielle, donc.

Que Kadhafi soit un criminel, un dangereux malade mental, c’est possible mais alors comment qualifier nos respectables dirigeants, propres sur eux, qui, toutes tendances confondues, depuis toujours, sauf à de rares moments, lui ont apporté un soutien indéfectible, légitimant ainsi l’oppression de tout un peuple qu’on prétend aujourd’hui défendre par des bombardements.  Et c’est donc avec un criminel, un malade mental, qu’en 2007, Sarkozy signait un accord de coopération militaire, prévoyant la livraison de missiles, de véhicules  militaires, de bateaux de guerre ; on a également parlé de centrales nucléaires. Et si l’armée libyenne n’est pas aujourd’hui équipée de Rafales, ce n’est pas faute d’avoir essayé de lui en refourguer – personne n’en veut – le refus libyen nous privant aujourd’hui de superbes duels aériens entre Rafales libyens et Rafales français. Avec Saddam Hussein, avec Kadhafi, la liste est longue de tous ces dictateurs armés et soutenus par la France, soutenus, parce que, précisément, acceptant de rentrer dans le commerce des armes dont la France est le deuxième ou troisième exportateur mondial. Une liste qui n’est malheureusement pas près de se clore, les Français faisant preuve très majoritairement en la matière d’amnésie, mais aussi aveuglés par leur croyance en l’honneur national.

Mais quel honneur au juste ? L’honneur de faire la guerre plutôt que de promouvoir les conditions de la paix ? L’honneur de faire la guerre pour sauver sa carrière politique personnelle ? La guerre ou le déshonneur, entend-t-on de toutes parts, alors qu’il n’y a pire déshonneur que la guerre. A près d’un siècle de distance, l’appel de Romain Rolland contre la guerre qui vient d’éclater sonne toujours juste :

« On entend une fois de plus le refrain séculaire : « Fatalité de la guerre, plus forte que toute volonté », - le vieux refrain des troupeaux, qui font de leur faiblesse un dieu et qui l’adorent. Les hommes ont inventé le destin, afin de lui attribuer les désordres de l’univers, qu’ils ont pour devoir de gouverner. Point de fatalité ! La fatalité, c’est ce que nous voulons. Et c’est aussi, plus souvent, ce que nous ne voulons pas assez. Qu’en ce moment, chacun de nous fasse son mea culpa ! Cette élite intellectuelle, ces Eglises, ces partis ouvriers, n’ont pas voulu la guerre... Soit... Qu’ont-ils fait pour l’empêcher ? Que font-ils pour l’atténuer ? Ils attisent l’incendie. Chacun y porte son fagot (...) » (Au-dessus de la mêlée, 15 septembre 1914).

 

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13 février 2011

Violence à l'école : des lycéens tirent à balles réelles

Un forum des métiers comme il s’en tient un peu partout dans cette période de l’année (Ouest France, 13/02/2011). Au milieu des stands, l’inévitable centre de recrutement militaire attire les lycéens avec sa quincaillerie meurtrière. Un sergent recruteur manifestement très fier de lui : « ils peuvent tirer à balles réelles. Et là, on n’est plus dans le jeu, on est dans le vrai ».

Le vrai ? A condition d’oublier que « dans le vrai », il y a toujours quelqu’un en face du canon, un enfant, une femme, un homme, une famille entière, des êtres humains qu’il est trop facile de qualifier d’ « ennemi » pour ne pas avoir à s’avouer son crime. Le vrai, c’est aussi négliger le fait que si ces lycéens se laissent berner par les mensonges du sergent recruteur, ils risquent de comprendre un peu tard qu’apprendre à tuer ou à se faire tuer sur ordre n’est pas un métier.

Combien faudra-t-il de jeunes tués en Afghanistan – une cinquantaine ces dernières années, morts pour rien – pour ouvrir les yeux de ces enseignants inconscients qui acceptent de considérer l’éducation à la défense comme partie intégrante des programmes scolaires ?


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20 décembre 2010

Education à la défense : les élèves en première ligne

Par une convention signée il y a quelques jours entre le rectorat de Reims et le ministère de la Défense, les lycées de Champagne-Ardenne, l’Université de Reims et l’IUT de Troyes sont désormais associés avec l’armée, l’objectif affiché étant de favoriser une meilleure insertion professionnelle (L'Union, 18/12/2010).  Une collaboration qui remonte loin dans le temps mais que les  enseignants et les syndicats semblent seulement découvrir depuis quelques jours avec ce simulacre de formation militaire imposée, début décembre, aux enseignants stagiaires de Bordeaux et dont la presse s’est fait l’écho. L’indignation qui s’en est suivie semble pourtant bien tardive et singulièrement restrictive dans ses manifestations. Car cela fait maintenant près de trente ans, que, dans une indifférence quasi générale, sous l’appellation sévèrement contrôlée d’ « éducation à la défense », l’armée a ses entrées dans les établissements scolaires, avec les élèves en première ligne.

Le protocole signé en 1982 par les ministères de l’EN et de la Défense déclare dans son préambule : « La notion de sécurité est indissociable en France de l’existence d’une communauté nationale façonnée par l’histoire, animée d’un véritable esprit de défense. [...] La mission de l’Education Nationale est d’assurer une éducation globale visant à former les futurs citoyens responsables ». Ce protocole inaugure une politique d’étroite collaboration entre les deux ministères, jamais démentie quelle que soit la couleur politique du gouvernement, ponctuée par des textes règlementaires toujours plus contraignants.

Ainsi la circulaire du 13 septembre 2007 (BOEN no 32, 13/09/2007) affirme d’emblée qu’« au collège et au lycée, l’ensemble des disciplines doit concourir à l’éducation de la défense ». Tout doit être mis en œuvre pour concourir à ce que les responsables appellent une « culture de défense ». Depuis la formation des enseignants, confiée à des « trinômes académiques »  théoriquement placés sous la tutelle du recteur, mais en fait chapeautés par l’autorité militaire territoriale et l’Institut des hautes études de la défense nationale (IHEDN), jusqu’aux programmes scolaires, en passant par les enseignants-chercheurs des universités et les conseils de la vie lycéenne (CVL), l’option découverte professionnelle en classe de troisième, les travaux personnels encadrés (TPE), l’armée s’incruste dans l’ensemble des structures éducatives : « les formations de défense – est-il précisé – doivent trouver leur plein rôle dans la construction de la réflexion et de la culture des futurs responsables que forment les établissements d’enseignement supérieur ». Les échanges avec les unités militaires, les visites de sites et d’installations militaires sont vivement encouragés. Il est même envisagé la « création d’un identifiant graphique », sans plus de précision ; s’agit-il d’un fichage militaire de l’ensemble des élèves ?

De nouveaux programmes devront être définis par des « groupes spécialisés de réflexion » (sic) qui prendront en compte cette dimension militaire de l’enseignement. Les programmes actuels relatifs à la Défense sont inclus depuis 1998 dans les programmes d’éducation civique de la classe de 3e.  A ce titre, ils ont fait fréquemment l’objet de l’épreuve écrite obligatoire du Diplôme national de brevet (DNB), détournée de sa finalité civique au profit d’un vulgaire bourrage de crâne. Car – et c’est là où le bât blesse – la sensibilisation des collégiens aux problèmes de défense est assurée exclusivement par les militaires.

Le mobile de l’éducation à la défense est clairement identifié par un protocole entre les ministères de l’Education et de la défense du 31/01/2007 (BOEN n° 7, 15/02/2007) qui se fixe pour objet de « répondre aux besoins de recrutement de l’armée « . Dans cette optique, on délègue aux seuls militaires la sensibilisation des élèves sur ce sujet.  Pas une seule fois, au cours de leur éducation citoyenne, les élèves ne doivent prendre conscience que la fonction de l’armée consiste à faire la guerre et que ceux d’entre eux qui se seront laissés séduire par les sergents recruteurs risquent fort de se trouver un jour confrontés à l’alternative d’avoir à tuer ou de se laisser tuer sur ordre. Curieusement, dans les programmes scolaires comme dans ces longs protocoles armée-école, le mot « guerre » n’est jamais employé, supplanté par celui de « défense » et plus hypocritement encore par le concept de « défense globale », amalgamant dans une communication brouillée les missions de médecins sans frontières ou de pilotes de Rafale.

L’école aurait donc pour mission de développer les capacités de jugement, d’esprit critique, de construction d’une opinion personnelle mais dans le même temps on exclut du jugement, de l’esprit critique et de l’opinion personnelle tout ce qui touche à la guerre et à la paix. Ainsi, arriveront à l’âge adulte de jeunes citoyens à qui l’on aura interdit toute interrogation sur des questions comme les extravagantes dépenses militaires, les exportations d’armement, la bombe atomique, la légitimité de la guerre comme mode de résolution des conflits ou la non-violence comme alternative aux conflits. Ces questions s’arrêtent à la porte de l’école.

Ces dernières années, une cinquantaine de militaires français ont été tués en Afghanistan. Morts pour rien. Compte tenu de leur extrême jeunesse, il est probable que leur premier contact avec l’armée s’est fait au collège ou au lycée avec les cours d’éducation à la défense, prélude à un  engagement fatal dans lequel l’école, par complaisance ou par pusillanimité, en colportant sans réticence majeure une culture de guerre, porte une part de responsabilité.

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12 juillet 2010

Face aux déficits publics, le tabou des dépenses militaires

En pleine période d’austérité et de sacrifices demandés, paraît-il, à tous, le tir d’un missile samedi dernier en baie d’Audierne est là pour rappeler qu’en matière budgétaire, l’armée jouit en France d’une place privilégiée, dont on peut, par ailleurs, questionner la légitimité.

La crise grecque a permis de faire timidement émerger dans l’opinion le poids des dépenses militaires dans l’endettement public ; le salutaire coup de gueule de Daniel Cohn-Bendit au Parlement européen sur le budget militaire de la Grèce et les contrats d’armement passés avec la France n’a toutefois pas suffisamment mis en lumière cette spécificité française : la part exorbitante, bien supérieure à la moyenne européenne, prise par les dépenses militaires en France. Contrairement à une opinion largement répandue, fruit d’une très grande méconnaissance du sujet, la France est en matière d’armement le pays le plus dépensier d’Europe : en 2008, avec des dépenses militaires qui s’élèvent à 65,7 milliards de dollars, la France dépasse le Royaume Uni (65,3 milliards de dollars) et, de très loin, des pays comme l’Allemagne (46,8 milliards de dollars), l’Italie (40,6 milliards de dollars) ou encore l’Espagne (19,2 milliards). Rapportées au PIB, les dépenses militaires de la France sont presque deux fois plus élevées que celles de l’Allemagne (2,30 % contre 1,28%), de même que les dépenses militaires par habitant : 568 dollars pour chaque Allemand, contre 1059 dollars de ce côté-ci du Rhin. Comment s’explique cette différence, sinon par le poids, en France, d’un puissant lobby militaro-industriel prompt à capter de juteuses commandes publiques dont la justification nous échappe : la loi de programmation militaire a prévu pour la seule période 2009-2014, de consacrer pas moins de 185 milliards d’euros à l’armement. Années de crise, mais pas pour tout le monde.

Au niveau mondial, la France monte sur le podium – on a les succès qu’on peut… - au troisième rang derrière les intouchables Etats Unis (607 milliards de dollars) et la Chine (85 milliards de dollars). Si l’on ajoute à cela que la France est le deuxième ou troisième exportateur mondial d’armement, on est quand même bien loin du tableau apocalyptique d’un petit pays désarmé, s’offrant comme une victime expiatoire à toutes les menaces, préférant le confort facile de ses habitants à sa sécurité. La vérité est toute autre : par ses dépenses militaires exorbitantes, prises sur les besoins des populations civiles, la France entretient les tensions génératrices de guerre. Avec la fin de la guerre froide, contrairement, là encore, à une idée reçue, les dépenses mondiales et françaises d’armement n’ont jamais sérieusement baissé : après un léger tassement, elles sont reparties de plus belle : le dernier rapport du SIPRI montre, pour le monde une augmentation de 5,9% des dépenses par rapport à 2008 et de 49% par rapport à 2000. Dans le cas de la France, l’augmentation est de 6,9%.

Face au poids de la dette publique, d’éminents spécialistes, de savants économistes se répandent dans les médias, expliquant doctement qu’il n’y a pas d’autres solutions que de trancher dans les dépenses d’éducation, de santé, d’environnement, de construction. Les 1531 milliards de dollars consacrés en 2009 au secteur militaire ne semblent pas les interpeller outre mesure. Mais alors qu’Allemands et Britanniques se livrent à des coupes drastiques dans leurs dépenses militaires, on constate qu’au contraire, les choix du gouvernement français épargnent les armées, très marginalement affectées par la nécessité de réduire les déficits publics (Les Echos.fr¸02/07/2010). Les économies réalisées par l’Allemagne dans ce domaine vont d’ailleurs de pair avec un effort accru en matière de formation, politique à mettre en rapport avec le choix inverse de la France, qui consiste à tailler toujours plus dans les dépenses éducatives.

Les dépenses militaires, en France et dans le monde, parce qu’elles grèvent lourdement les investissements civils qui répondent aux besoins les plus élémentaires des habitants, mais aussi parce qu’elles sont un facteur de guerre, apparaissent comme un frein au développement. Dans le cas de la France et tout spécialement de ses responsables politiques, il s’agit là d’un tabou dont on ne semble pas près de sortir.

Les chiffres fournis ci-dessus proviennent essentiellement du SIPRI qui édite chaque année son SIPRI Yearbook qui fait autorité, ainsi que du Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité (GRIP).

[L’auteur n’est aucunement responsable de la pub imposée ci-dessous au lecteur par Canalblog]

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