Journal d'école

Le journal de Lubin sur l'école et sur le monde. L'école vient de loin, elle peut mener loin. A condition d'en sortir.

14 juillet 2009

Et il faudrait en être fier ?

185 milliards d’euros de crédits militaires pour la période 2009-2014 (loi de programmation militaire). Les économies, c’est bon pour l’éducation, la santé, l’emploi, l’environnement, en un mot, pour les civils mais pour l’armée, rien n’est jamais trop cher. Les chiffres donnent le tournis : Sarkozy a encore rappelé ce matin que le gouvernement consacrerait 377 milliards d’euros sur les 12 prochaines années rien que pour la modernisation des équipements militaires. « Les Français doivent savoir qu’ils sont en sécurité parce que nous avons une des meilleurs armées du monde », a-t-il cru bon d’ajouter. On disait déjà la même chose en 40...

Dans la monstrueuse parade de la mort sur les Champs Elysées, emblématique de la fête nationale, une place de choix était réservée à l’Inde, un pays qui refuse obstinément de ratifier les traités de non-prolifération des armes nucléaires et préfère consacrer une bonne partie de sa richesse à la guerre plutôt qu’à réduire la pauvreté d’une toujours large proportion de sa population.

L’an passé, le monde a dépensé 1500 milliards de dollars en armements, la France est le troisième pays le plus dépensier. Dans le même temps, sur la planète, un habitant sur sept souffre de de la faim. C’est ça aussi, la fête nationale : une ode à la bêtise, une insulte à la dignité humaine.

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13 octobre 2008

Les canons avant l'éducation

3000 suppressions de poste dans les Rased (aide aux élèves en difficulté, voir la pétition), les associations complémentaires de l’école, comme la Ligue de l’enseignement touchées de plein fouet dans leurs activités (accompagnement scolaire, éducatif, classes vertes etc), des dizaines de milliers d’emplois d’enseignants supprimés, c’est l’éducation qui fait les frais de l’austérité budgétaire. Mais une austérité très sélective : alors que le budget militaire est en augmentation de 5,4%, le renseignement militaire voit son budget d’équipement doubler (le Monde, 13/10/2008): satellites, radars, drones, systèmes d’écoute et d’imagerie, rien n’est trop beau, trop cher, lorsque la patrie est en danger. 700 emplois supplémentaires seront créés dans les « services », 140 nouveaux emplois pour la seule DGSE, doublement des crédits pour les satellites millitaires, on voit quelles sont les priorités, pas seulement celles du gouvernement mais de l’ensemble de la classe politique qu’on n’a pas entendu émettre une seule critique sur le bien-fondé de ces ruineuses dépenses. Face à une crise financière qui menace durablement des milliards d’individus , il faut faire preuve d’un bien mauvais esprit pour mettre en doute l’efficacité  des satellites, des drones et des autres merveilles technologiques pour assurer la sécurité de la planète.

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22 août 2008

Afghanistan : dix anciens élèves tués

Hommage national, larmes officielles à propos des dix soldats français tués en Afghanistan. Les « détrousseurs de cadavres et imposteurs » (Dalton Trumbo) s’en donnent à cœur joie dans le registre du sacrifice, du sens du devoir, de l’abnégation, de la guerre de la civilisation contre le terrorisme et surtout du respect dû aux morts. Mais à ces morts-là seulement. Lorsqu’il y a quelques semaines, une cinquantaine de personnes, parmi lesquelles de nombreux enfants, réunis pour une fête de mariage, sont morts sous les bombes de la coalition, ce n’était qu’une regrettable erreur, un dommage collatéral et ces morts ont été vite oubliés, même pas pleurés. A la guerre, un soldat mort a donc infiniment plus de valeur qu’un enfant mort. Dans l’apologie d’une morale criminelle, Sarkozy s’est évidemment surpassé : « si c’était à refaire, je le referais... » Le jour où les politiciens cesseront d’être courageux avec la peau des autres, les guerres disparaîtront.

Il ne devrait pas échapper aux enseignants que ces tout jeunes hommes morts pour rien sont, après tout, leurs anciens élèves. Ils traînaient leurs basques en collège il n’y a pas très longtemps et c’est sans doute là qu’ils ont découvert, avec l’enseignement à la défense, leur vocation militaire. De l’école primaire au lycée, « l’ensemble des disciplines doit concourir à l’éducation de la défense », précise le protocole du 31 janvier 2007 signé entre l’EN et le ministère de la Défense. Tout au long de ce cursus scolaire – dont, au passage, on ne connaît pas d’équivalent chez nos voisins - l’armée y est présentée à travers ses interventions camouflées en missions humanitaires, en « missions de la paix » . L’armée ne fait jamais la guerre, pas plus que de morts d’ailleurs. L’éducation à la défense, véritable bourrage de crâne qui se poursuit jusqu’à la JAPD, ne dissimule pas ses objectifs : il s’agit de « répondre aux besoins de recrutement de l’armée ». L’éducation à la défense, dont la création remonte au début des années 80, s’est développée par la suite dans les programmes scolaires au milieu d’une indifférence tellement générale des profs, qu’elle confine à l’assentiment. On pourra toujours rétorquer que la guerre en Afghanistan a de multiples causes mais on ne peut s’empêcher de penser que la promotion de l’esprit de défense par l’Education nationale et l’adhésion massive des enseignants à ce concept fallacieux et mortifère portent une lourde responsabilité dans la mort de dix jeunes, fauchés bêtement dans les montagnes afghanes. Apprendre à tuer ou à se faire tuer sur ordre, ce n’est pas le rôle de l’école.

29 juin 2008

En 2008 comme en 2007, l'histoire-géo au DNB, ça sert aussi à faire la guerre

C’est un bien curieux sujet d’examen qui a été imposé aux collégiens passant l’épreuve d’histoire-géographie éducation civique du DNB (Diplôme national du brevet). L’an passé déjà, les candidats avaient dû travailler sur des documents émanant du service de propagande de l’armée mettant en avant les missions de l’armée, documents évidemment à sens unique destinés à montrer que l’armée française était un facteur de paix. Pour la session 2008 (26 juin), « la puissance française dans le monde » était le thème retenu (à choisir avec un sujet sur l’Allemagne nazie). Parmi les documents à étudier, un texte d’un grand penseur du 20e siècle, Hubert Védrine (on ne rit pas...) chantant, avec des accents dignes de Déroulède, les louanges de « la France, puissance mondiale », vantant « notre politique étrangère, une de celles qui comptent, notre capacité militaire à l’extérieur, la plus forte après celle des Britanniques (...). » Et l’auteur de conclure : « Ce tableau ne justifie pas un excès prétentieux de confiance en soi (...) mais il invalide le pessimisme ambiant. Il appartient aux dirigeants politiques de l’assumer ». Rappelons à ceux qui l’ignorent que les élèves de 3e sont âgés de 14-15 ans et que l’épreuve d’histoire-géographie du DNB, censée conclure quatre années de scolarité en collège, est normalement destinée à mettre en valeur non seulement leurs connaissances mais leur capacité de réflexion et leur sens critique. Le second document à étudier provient du ministère de la Défense ( !), les organisateurs de l’épreuve n’en ayant probablement pas trouvé d’autres : il s’agit d’une carte intitulée « la France dans le monde en 2007 », où, à part la mention des états francophones, la présence française se trouve limitée aux interventions de l’armée française ou à la présence militaire française. Les questions posées aux candidats sont d’une réelle indigence mais fortement tendancieuses : « Sur quel continent se manifestent à la fois cette puissance militaire et ce rayonnement culturel ?». On appréciera à sa juste valeur la conjonction de coordination reliant en un même objet de vénération puissance militaire et rayonnement culturel. Le continent en question, on l’aura deviné, n’est autre que l’Afrique, dont on sait, depuis le discours de Dakar, en quelle haute estime le tiennent nos dirigeants. Après ce bourrage de crâne, l’épreuve d’histoire-géographie doit se poursuivre avec un « paragraphe argumenté » (sic) d’une vingtaine de lignes destiné à montrer « que la France est une puissance mondiale ». Pour ce qui est de l’argumentation, les candidats devront la chercher si possible ailleurs que dans les documents fournis mais il y a fort à parier que, pour se limiter à l’Afrique, les copies resteront muettes sur les ventes d’armement à des gouvernants douteux, les exactions commises par des militaires français sur des populations civiles en Côte d’Ivoire ou au Congo, pour ne pas remonter à la responsabilité de l’armée française dans le génocide du Rwanda. Les copies resteront muettes, donc, la conscience politique des élèves vierge mais l’honneur national est sauf.

Avec cette épreuve d’histoire-géographie éducation civique, la pauvreté du contenu va de pair avec l’endoctrinement des élèves. Comment des jeunes de 14-15 ans peuvent-ils comprendre le monde dans lequel ils vivent – ce qui reste un des objectifs affichés de l’éducation – à partir d’une notion aussi fumeuse et pernicieuse que celle de « puissance mondiale » qu’on ne se donne pas la peine de définir autrement que par un planisphère piqueté de petits bateaux de guerre ou d’interventions militaires ? Comment une image aussi grossière et caricaturale, permettrait-elle aux élèves de réfléchir aux enjeux du monde d’aujourd’hui, aux questions de développement, d’environnement, d’entrevoir l’injustice de l’ordre international ou de penser l’autre autrement que sous la forme d’un danger potentiel ? Il est inadmissible que l’Education nationale, comme elle a tendance à le faire de plus en plus fréquemment, aille chercher ses sujets d’examens dans les bureaux du ministère de la Défense voire dans ceux de l’Immigration et de l’identité nationale. On voit là les dérives d’une politique de rapprochement entre le ministère de l’Education et celui de la Défense, initiée au début des années 80, visant à imprégner toute l’éducation d’un « esprit de défense », en réalité à ouvrir toutes grandes à l’armée les portes des établissements scolaires. Depuis lors, dans une indifférence quasi générale, de nombreux protocoles ont été signés entre les deux ministères dont le plus récent, en date du 31 janvier 2007, ne prend même pas la peine de cacher son objectif : « répondre aux besoins de recrutement de l’armée ». Alors que le monde se mobilise sur le scandale des enfants-soldats, les écoles françaises s’ouvrent aux sergents recruteurs. La traduction en termes de programmes scolaires est particulièrement inquiétante : « au collège et au lycée, l’ensemble des disciplines doit concourir à l’idée de défense » (Bulletin officiel de l’Education nationale, circulaire du 13 septembre 2007). C’est une véritable culture de guerre qui de façon insidieuse, pénétre l’école, pourtant en opposition avec les principes du socle commun de connaissances et de compétences inclus dans la loi d’orientation, principes qui affirment, entre autres choses : « maîtriser le socle commun (...), c’est être en mesure de comprendre les grands défis de l’humanité, la diversité des cultures et l’universalité des droits de l’homme, la nécessité du développement et les exigences de la protection de la planète ». C’est aussi « être capable de jugement et d’esprit critique ». (JO, 12 juillet 2006). Avec l’éducation à la défense, lorsque Bugeaud enfumait les Arabes dans des grottes ou lorsque des paras torturaient en Algérie, les élèves finiront par croire qu’ils faisaient acte d’humanisme.

Voir aussi sur Journal d’école :

http://journaldecole.canalblog.com/archives/2007/09/16/index.html

http://journaldecole.canalblog.com/archives/2007/06/25/index.html

16 mars 2008

"Au-dessus de la mêlée"

Il aurait été vain d’espérer que la mort du dernier combattant de la Première guerre mondiale soit l’occasion d’une réflexion sur le sacrifice forcé de millions de jeunes. Lazare Ponticelli est mort de sa bonne mort mais des millions d’autres de sa génération n’ont pas eu cette chance, cueillis à la fleur de l’âge, immolés au dieu de la guerre par la bêtise des hommes. Et surtout morts pour rien. Sitôt la nouvelle connue, les « détrousseurs de cadavres et les imposteurs » se sont mis à l’œuvre pour raviver la flamme patriotique et mortifère. Derrière l’hommage aux morts, c’est à l’exaltation de la guerre qu’on travaille, façon comme une autre de légitimer les monstrueux budgets militaires, les exportations d’armements ou l’idéologie nationale. La cérémonie prévue demain aux Invalides, avec son sinistre cérémonial, montre surtout que le genre humain n’a rien retenu d’une histoire qui devrait pourtant faire honte : pendant qu’on agitera les drapeaux, qu’on se repaîtra d’hymnes militaires, on continuera à s’entretuer un peu partout dans le monde, toujours avec de bonnes raisons.

Le 15 septembre 1914, de Genève où il s’était réfugié, Romain Rolland lançait son appel contre la guerre : Au-dessus de la mêlée. Un appel qui, s’il avait été écouté, aurait épargné quelque huit millions de morts. Un appel toujours d’actualité.

« (...) Vous faites votre devoir. Mais d’autres l’ont-il fait ? Osons dire la vérité aux aînés de ces jeunes gens, à leurs guides moraux, aux maîtres de l’opinion, à leurs chefs religieux ou laïques, aux Eglises, aux penseurs, aux tribuns socialistes.

Quoi ! vous aviez dans les mains de telles richesses vivantes, ces trésors d’héroïsme ! A quoi les dépensez-vous ? Cette jeunesse avide de se sacrifier, quel but avez-vous offert à son dévouement magnanime ? L’égorgement mutuel de ces jeunes héros ! La guerre européenne, cette mêlée sacrilège, qui offre le spectacle d’une Europe démente, montant sur le bûcher et se déchirant de ses mains, comme Hercule ! (...) Etait-il impossible d’arriver entre vous, sinon à vous aimer, du moins à supporter, chacun, les grandes vertus et les grands vices de l’autre ? Et n’auriez vous pas dû vous appliquer à résoudre dans un esprit de paix (...) les questions qui vous divisaient (...) et la répartition équitable entre entre vous du travail fécond et des richesses du monde ? Faut-il que le plus fort rêve perpétuellement de faire peser sur les autres son ombre orgueilleuse et que les autres perpétuellement s’unissent pour l’abattre ? A ce jeu puéril et sanglant, où les partenaires changent de place tous les siècles, n’y aura-t-il jamais de fin, jusqu’à l’épuisement total de l’humanité ?

Ces guerres, je le sais, les chefs d’Etat qui en sont les auteurs criminels, n’osent en accepter la responsabilité ; chacun s’efforce sournoisement d’en rejeter la charge sur l’adversaire. Et les peuples qui suivent, dociles, se résignent en disant qu’une puissance plus grande que les hommes a tout conduit. On entend une fois de plus le refrain séculaire : « Fatalité de la guerre, plus forte que toute volonté », - le vieux refrain des troupeaux, qui font de leur faiblesse un dieu et qui l’adorent. Les hommes ont inventé le destin, afin de lui attribuer les désordres de l’univers, qu’ils ont pour devoir de gouverner. Point de fatalité ! La fatalité, c’est ce que nous voulons. Et c’est aussi, plus souvent, ce que nous ne voulons pas assez. Qu’en ce moment, chacun de nous fasse son mea culpa ! Cette élite intellectuelle, ces Eglises, ces partis ouvriers, n’ont pas voulu la guerre... Soit... Qu’ont-ils fait pour l’empêcher ? Que font-ils pour l’atténuer ? Ils attisent l’incendie. Chacun y porte son fagot (...) »

Romain ROLLAND, Au-dessus de la mêlée (Journal de Genève¸15 septembre 1914). Extrait de Romain Rolland, Textes politiques, sociaux et philosophiques choisis, Editions sociales, 1970.

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27 janvier 2008

Docteur Folamour à l'école

Les médias (1), pourtant jamais en reste lorsqu’il s’agit d’affoler l’opinion et d’entretenir le sentiment d’insécurité, se sont pourtant montrés bien discrets sur le rapport rendu public par cinq anciens responsables militaires occidentaux – parmi lesquels le Français Lanxade (2)- et qui sera discuté lors du prochain sommet de l’Otan à Bucarest. Ce rapport préconise un usage préventif de la bombe atomique contre quiconque serait susceptible d’acquérir et d’utiliser des armes nucléaires ou bactériologiques ; ainsi, Bush aurait été autorisé à utiliser l’arme atomique contre Bagdad en 2003...et à conduire le monde à sa fin certaine. Tout simplement. Les nécessités de la lutte contre le terrorisme conduisent aux pires dérives, renversant même la problématique, puisqu’en menaçant des populations innocentes d’une mort atroce, les pays occidentaux, prétendument « civilisés », se conduisent à leur tour en terroristes, en états-voyoux. La « politique de civilisation » vantée par Sarkozy prend ainsi un sinistre visage. Sarkozy qu’on a vu, ces dernières semaines, dans le rôle du représentant de commerce pour l’industrie d’armement. Dans cette poudrière qui va de la mer Rouge à l’Inde, il n’a rien d’autre à proposer que  missiles et technologie nucléaire. C’est à cette lucidité et à cette hauteur de vue qu’on voit les grands politiques.

Bien évidemment, cette information ne fera pas l’objet de l’épreuve d’éducation civique au prochain brevet : pour les collégiens, l’armée française n’a qu’un rôle défensif, humanitaire, même si, dans la réalité, c’est au crime qu’on travaille. L’ « éducation à la défense », partie intégrante des programmes officiels de l’Education nationale, interdit formellement tout regard critique, tout questionnement sur la bombe et sur la guerre et, fonction publique oblige, on ne saurait désobéir à monsieur l’inspecteur. C’est pourtant l’apocalypse qu’on nous prépare.

(1) J’ai vu sur le sujet un article du Monde (23/01/2008), en autre dans Rue 89 (26/01/2008)

(2) Dans l’armée française, Lanxade n’était pas sous-adjudant : chef d’état-major des armées, à la tête des armées françaises pendant le génocie rwandais, il fut également chef d’état-major particulier de Mitterrand et, à ce titre, chargé de le conseiller sur l’utilisation ou non de l’arme nucléaire...Rétrospectivement, on tremble.

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21 janvier 2008

Qui veut faire l'ange...

A force d’en appeler aux racines chrétiennes de la France à tout propos, on finit par se prendre les pieds dans le tapis, dans les cordes de contrebasse, plus exactement, et se couvrir de ridicule. Après la mort de l’avant-dernier Poilu de la guerre 14-18, Marleix, secrétaire d’état à la défense et aux anciens combattants, affirme vouloir organiser une cérémonie nationale qui « pourrait prendre la forme d’un Te deum », précise-t-il...c’est-à-dire d’un chant de joie. C’est la famille du mort qui va se sentir honorée. Le Te deum est une hymne d’action de grâce, de reconnaissance à Dieu, pour le remercier d’un bienfait, célébrer un heureux événement. Sous l’Ancien régime, on chantait des Te deum pour un sacre, lors de la naissance d’un enfant royal, pour la fin d’une guerre ou d’une épidémie.

On a tout à redouter d’un ministre de la défense qui confond ainsi Te deum et Requiem. Par exemple qu’il ne sache pas distinguer la guerre de la paix.

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15 décembre 2007

Dassault dans les programmes scolaires

Non seulement le commerce des armes marche bien – la France reste le quatrième exportateur mondial – mais le gouvernement annonce un plan pour relancer les exportations d’armement (Le Monde, 14/12/2007). Le Pdg de Dassault Aviation tout heureux d’avoir pu refourguer quatorze Rafale à Kadhafi, félicite chaleureusement Morin, le ministre des guerres présentes et à venir : « On voit bien que vous mouillez votre chemise à ce sujet ». Il s’agit pour le gouvernement d’autoriser l’exportation de toutes sortes de matériels sans limitation de quantités et, comme l’annonce Morin, de « simplifier, moderniser, fluidifier » les procédures. Même si cette banalisation du commerce de la mort n’est pas nouvelle, ce n’est pas une raison pour ne pas la dénoncer, puisque, d’ailleurs, la quasi totalité des partis politiques n’y trouve rien à redire. Dans le monde, la satisfaction des besoins les plus élémentaires des populations est encore loin d’être assurée, ce qui n’empêche pas les états de dilapider des sommes colossales pour l’intérêt exclusif de quelques industriels toujours proches des gouvernants (Dassault, Lagardère). Ce commerce n’est pas la conséquence de tensions mondiales mais il les favorise et prépare les guerres de demain. Mais en France, le secret défense règne sur ce sujet, jusque dans les établissements scolaires. Avec un « enseignement de la défense », dispensé sous la seule responsabilité du lobby militaro-industriel, les petits Français ne sont pas censés savoir que les « soldats de la paix » sont d’abord des mercenaires au service des professionnels de l’armement.

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29 novembre 2007

A Montpellier, l'éducation civique a le goût du sang

A Montpellier, certaines écoles primaires ont été sollicitées par le rectorat d’académie pour faire participer les enfants à une opération de dessins envoyés pour Noël aux « 13 000 soldats français actuellement engagés dans les opérations extérieures  pour la restauration ou le maintien de la paix » (sic). Cette opération, soutenue par l’Education nationale, est due à l’initiative de l’association Solidarité Défense dont les membres visitent régulièrement les établissements scolaires avec pour mission de « présenter ce qu’est l’armée, à quoi elle sert ».

Ce qu’est l’armée, à quoi elle sert ? En Afghanistan, par exemple, au sein des forces de la coalition, , elle bombarde villes et villages, tuant indistinctement femmes et enfants. Les ONG dénoncent les bombardements disproportionnés dans des zones peuplées, aveugles et sans discernement. En Côte d’Ivoire (il y a trois ans), les militaires français tirent sur des manifestants faisant des dizaines de morts et des centaines de blessés. Au Tchad, Sarkozy renforce le contingent français avec pour mission de soutenir et de protéger le dictateur local, comme c’est le cas quasi général dans toute l’Afrique depuis des décennies. Voilà les héros auxquels les écoliers français sont sommés d’envoyer un petit dessin en signe de solidarité. L’inspectrice d’académie de Montpellier, qui n’a sans doute jamais vu un enfant éventré ou étripé ou défiguré ou brûlé par la guerre, qui ne sait rien des enfants hurlant de terreur sous les bombes, ou qui s’en fout, l’inspectrice d’académie, elle, se réjouit : « ces dessins, c’est une opération de solidarité, à un moment où humanitaire et militaire se rencontrent. On ne se bat pas contre des ennemis mais pour des valeurs » (resic) [1]. Cynique, elle ajoute même : « cela doit faire partie de la réflexion des jeunes enfants ». Dans ce domaine, on sait que la réflexion laisse la place à la manipulation la plus grossière : cette sinistre opération de propagande guerrière prend place dans le cadre plus large de ce que l’Education nationale appelle l’ « éducation à la défense », en réalité la mise en place d’une véritable culture de guerre pour l’école [2]. Le protocole signé le 31 janvier 2007 entre le ministre de la Défense et celui de l’EN a mis en place tout un système ouvrant largement les portes de l’école à l’idéologie militaire et à ses représentants. Pour satisfaire aux besoins de recrutement de l’armée, les guerres sont camouflées en opérations de maintien de la paix et les militaires se donnent des airs d’humanitaires. Ce bourrage de crâne s’infiltre jusque dans les examens puisqu’en juin dernier les élèves passant le DNB ont dû subir une épreuve d’éducation dite civique toute imprégnée de cette idéologie de caserne [3]. Il est vrai que le recteur d’académie de Montpellier, lui, juge cette action « citoyenne, civique, facteur de cohésion nationale, formatrice ». Pour apprécier cet objectif à sa juste valeur, il faut préciser que l’association Solidarité Défense à l’origine de cette opération de propagande, avait été créée en 1994 par l’ancien amiral Lanxade, en son temps commandant de l’armée française au Rwanda et à ce titre complice d’un génocide qui avait fait plusieurs millions de victimes. Dans les écoles de l’Hérault, la citoyenneté, le civisme, la cohésion nationale ont un goût de meurtre et de sang. Mais les écoliers ne le savent pas. Car il faut bien reconnaître que – si l’on excepte la réaction de la CNT Education 34 – les enseignants font preuve sur ce sujet d’un incommensurable aveuglement et/ou d’une profonde lâcheté.

[1] http://www.liberation.fr/actualite/societe/294579.FR.php

[2] http://journaldecole.canalblog.com/archives/2007/09/16/index.html

[3] http://journaldecole.canalblog.com/archives/2007/06/25/index.html

28 octobre 2007

Pour une culture de paix

La Coordination française pour la Décennie organise les 23 et 24 novembre 2007 à Paris son cinquième forum sur la non-violence à l’école, principalement axé sur la formation des enseignants à la relation, à la gestion des conflits et à la médiation. C’est l’occasion d’aller jeter un coup d’œil sur le site d’un mouvement qui se préoccupe de promouvoir une culture de non-violence et de paix. Par les temps qui courent, ce n’est pas le travail qui manque.

http://www.decennie.org/

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