Journal d'école

Un regard distancié, très distancié, très très distancié sur l'école et sur le monde. L'école vient de loin, elle peut mener loin. A condition d'en sortir.

16 mars 2008

"Au-dessus de la mêlée"

Il aurait été vain d’espérer que la mort du dernier combattant de la Première guerre mondiale soit l’occasion d’une réflexion sur le sacrifice forcé de millions de jeunes. Lazare Ponticelli est mort de sa bonne mort mais des millions d’autres de sa génération n’ont pas eu cette chance, cueillis à la fleur de l’âge, immolés au dieu de la guerre par la bêtise des hommes. Et surtout morts pour rien. Sitôt la nouvelle connue, les « détrousseurs de cadavres et les imposteurs » se sont mis à l’œuvre pour raviver la flamme patriotique et mortifère. Derrière l’hommage aux morts, c’est à l’exaltation de la guerre qu’on travaille, façon comme une autre de légitimer les monstrueux budgets militaires, les exportations d’armements ou l’idéologie nationale. La cérémonie prévue demain aux Invalides, avec son sinistre cérémonial, montre surtout que le genre humain n’a rien retenu d’une histoire qui devrait pourtant faire honte : pendant qu’on agitera les drapeaux, qu’on se repaîtra d’hymnes militaires, on continuera à s’entretuer un peu partout dans le monde, toujours avec de bonnes raisons.

Le 15 septembre 1914, de Genève où il s’était réfugié, Romain Rolland lançait son appel contre la guerre : Au-dessus de la mêlée. Un appel qui, s’il avait été écouté, aurait épargné quelque huit millions de morts. Un appel toujours d’actualité.

« (...) Vous faites votre devoir. Mais d’autres l’ont-il fait ? Osons dire la vérité aux aînés de ces jeunes gens, à leurs guides moraux, aux maîtres de l’opinion, à leurs chefs religieux ou laïques, aux Eglises, aux penseurs, aux tribuns socialistes.

Quoi ! vous aviez dans les mains de telles richesses vivantes, ces trésors d’héroïsme ! A quoi les dépensez-vous ? Cette jeunesse avide de se sacrifier, quel but avez-vous offert à son dévouement magnanime ? L’égorgement mutuel de ces jeunes héros ! La guerre européenne, cette mêlée sacrilège, qui offre le spectacle d’une Europe démente, montant sur le bûcher et se déchirant de ses mains, comme Hercule ! (...) Etait-il impossible d’arriver entre vous, sinon à vous aimer, du moins à supporter, chacun, les grandes vertus et les grands vices de l’autre ? Et n’auriez vous pas dû vous appliquer à résoudre dans un esprit de paix (...) les questions qui vous divisaient (...) et la répartition équitable entre entre vous du travail fécond et des richesses du monde ? Faut-il que le plus fort rêve perpétuellement de faire peser sur les autres son ombre orgueilleuse et que les autres perpétuellement s’unissent pour l’abattre ? A ce jeu puéril et sanglant, où les partenaires changent de place tous les siècles, n’y aura-t-il jamais de fin, jusqu’à l’épuisement total de l’humanité ?

Ces guerres, je le sais, les chefs d’Etat qui en sont les auteurs criminels, n’osent en accepter la responsabilité ; chacun s’efforce sournoisement d’en rejeter la charge sur l’adversaire. Et les peuples qui suivent, dociles, se résignent en disant qu’une puissance plus grande que les hommes a tout conduit. On entend une fois de plus le refrain séculaire : « Fatalité de la guerre, plus forte que toute volonté », - le vieux refrain des troupeaux, qui font de leur faiblesse un dieu et qui l’adorent. Les hommes ont inventé le destin, afin de lui attribuer les désordres de l’univers, qu’ils ont pour devoir de gouverner. Point de fatalité ! La fatalité, c’est ce que nous voulons. Et c’est aussi, plus souvent, ce que nous ne voulons pas assez. Qu’en ce moment, chacun de nous fasse son mea culpa ! Cette élite intellectuelle, ces Eglises, ces partis ouvriers, n’ont pas voulu la guerre... Soit... Qu’ont-ils fait pour l’empêcher ? Que font-ils pour l’atténuer ? Ils attisent l’incendie. Chacun y porte son fagot (...) »

Romain ROLLAND, Au-dessus de la mêlée (Journal de Genève¸15 septembre 1914). Extrait de Romain Rolland, Textes politiques, sociaux et philosophiques choisis, Editions sociales, 1970.

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27 janvier 2008

Docteur Folamour à l'école

Les médias (1), pourtant jamais en reste lorsqu’il s’agit d’affoler l’opinion et d’entretenir le sentiment d’insécurité, se sont pourtant montrés bien discrets sur le rapport rendu public par cinq anciens responsables militaires occidentaux – parmi lesquels le Français Lanxade (2)- et qui sera discuté lors du prochain sommet de l’Otan à Bucarest. Ce rapport préconise un usage préventif de la bombe atomique contre quiconque serait susceptible d’acquérir et d’utiliser des armes nucléaires ou bactériologiques ; ainsi, Bush aurait été autorisé à utiliser l’arme atomique contre Bagdad en 2003...et à conduire le monde à sa fin certaine. Tout simplement. Les nécessités de la lutte contre le terrorisme conduisent aux pires dérives, renversant même la problématique, puisqu’en menaçant des populations innocentes d’une mort atroce, les pays occidentaux, prétendument « civilisés », se conduisent à leur tour en terroristes, en états-voyoux. La « politique de civilisation » vantée par Sarkozy prend ainsi un sinistre visage. Sarkozy qu’on a vu, ces dernières semaines, dans le rôle du représentant de commerce pour l’industrie d’armement. Dans cette poudrière qui va de la mer Rouge à l’Inde, il n’a rien d’autre à proposer que  missiles et technologie nucléaire. C’est à cette lucidité et à cette hauteur de vue qu’on voit les grands politiques.

Bien évidemment, cette information ne fera pas l’objet de l’épreuve d’éducation civique au prochain brevet : pour les collégiens, l’armée française n’a qu’un rôle défensif, humanitaire, même si, dans la réalité, c’est au crime qu’on travaille. L’ « éducation à la défense », partie intégrante des programmes officiels de l’Education nationale, interdit formellement tout regard critique, tout questionnement sur la bombe et sur la guerre et, fonction publique oblige, on ne saurait désobéir à monsieur l’inspecteur. C’est pourtant l’apocalypse qu’on nous prépare.

(1) J’ai vu sur le sujet un article du Monde (23/01/2008), en autre dans Rue 89 (26/01/2008)

(2) Dans l’armée française, Lanxade n’était pas sous-adjudant : chef d’état-major des armées, à la tête des armées françaises pendant le génocie rwandais, il fut également chef d’état-major particulier de Mitterrand et, à ce titre, chargé de le conseiller sur l’utilisation ou non de l’arme nucléaire...Rétrospectivement, on tremble.

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21 janvier 2008

Qui veut faire l'ange...

A force d’en appeler aux racines chrétiennes de la France à tout propos, on finit par se prendre les pieds dans le tapis, dans les cordes de contrebasse, plus exactement, et se couvrir de ridicule. Après la mort de l’avant-dernier Poilu de la guerre 14-18, Marleix, secrétaire d’état à la défense et aux anciens combattants, affirme vouloir organiser une cérémonie nationale qui « pourrait prendre la forme d’un Te deum », précise-t-il...c’est-à-dire d’un chant de joie. C’est la famille du mort qui va se sentir honorée. Le Te deum est une hymne d’action de grâce, de reconnaissance à Dieu, pour le remercier d’un bienfait, célébrer un heureux événement. Sous l’Ancien régime, on chantait des Te deum pour un sacre, lors de la naissance d’un enfant royal, pour la fin d’une guerre ou d’une épidémie.

On a tout à redouter d’un ministre de la défense qui confond ainsi Te deum et Requiem. Par exemple qu’il ne sache pas distinguer la guerre de la paix.

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15 décembre 2007

Dassault dans les programmes scolaires

Non seulement le commerce des armes marche bien – la France reste le quatrième exportateur mondial – mais le gouvernement annonce un plan pour relancer les exportations d’armement (Le Monde, 14/12/2007). Le Pdg de Dassault Aviation tout heureux d’avoir pu refourguer quatorze Rafale à Kadhafi, félicite chaleureusement Morin, le ministre des guerres présentes et à venir : « On voit bien que vous mouillez votre chemise à ce sujet ». Il s’agit pour le gouvernement d’autoriser l’exportation de toutes sortes de matériels sans limitation de quantités et, comme l’annonce Morin, de « simplifier, moderniser, fluidifier » les procédures. Même si cette banalisation du commerce de la mort n’est pas nouvelle, ce n’est pas une raison pour ne pas la dénoncer, puisque, d’ailleurs, la quasi totalité des partis politiques n’y trouve rien à redire. Dans le monde, la satisfaction des besoins les plus élémentaires des populations est encore loin d’être assurée, ce qui n’empêche pas les états de dilapider des sommes colossales pour l’intérêt exclusif de quelques industriels toujours proches des gouvernants (Dassault, Lagardère). Ce commerce n’est pas la conséquence de tensions mondiales mais il les favorise et prépare les guerres de demain. Mais en France, le secret défense règne sur ce sujet, jusque dans les établissements scolaires. Avec un « enseignement de la défense », dispensé sous la seule responsabilité du lobby militaro-industriel, les petits Français ne sont pas censés savoir que les « soldats de la paix » sont d’abord des mercenaires au service des professionnels de l’armement.

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29 novembre 2007

A Montpellier, l'éducation civique a le goût du sang

A Montpellier, certaines écoles primaires ont été sollicitées par le rectorat d’académie pour faire participer les enfants à une opération de dessins envoyés pour Noël aux « 13 000 soldats français actuellement engagés dans les opérations extérieures  pour la restauration ou le maintien de la paix » (sic). Cette opération, soutenue par l’Education nationale, est due à l’initiative de l’association Solidarité Défense dont les membres visitent régulièrement les établissements scolaires avec pour mission de « présenter ce qu’est l’armée, à quoi elle sert ».

Ce qu’est l’armée, à quoi elle sert ? En Afghanistan, par exemple, au sein des forces de la coalition, , elle bombarde villes et villages, tuant indistinctement femmes et enfants. Les ONG dénoncent les bombardements disproportionnés dans des zones peuplées, aveugles et sans discernement. En Côte d’Ivoire (il y a trois ans), les militaires français tirent sur des manifestants faisant des dizaines de morts et des centaines de blessés. Au Tchad, Sarkozy renforce le contingent français avec pour mission de soutenir et de protéger le dictateur local, comme c’est le cas quasi général dans toute l’Afrique depuis des décennies. Voilà les héros auxquels les écoliers français sont sommés d’envoyer un petit dessin en signe de solidarité. L’inspectrice d’académie de Montpellier, qui n’a sans doute jamais vu un enfant éventré ou étripé ou défiguré ou brûlé par la guerre, qui ne sait rien des enfants hurlant de terreur sous les bombes, ou qui s’en fout, l’inspectrice d’académie, elle, se réjouit : « ces dessins, c’est une opération de solidarité, à un moment où humanitaire et militaire se rencontrent. On ne se bat pas contre des ennemis mais pour des valeurs » (resic) [1]. Cynique, elle ajoute même : « cela doit faire partie de la réflexion des jeunes enfants ». Dans ce domaine, on sait que la réflexion laisse la place à la manipulation la plus grossière : cette sinistre opération de propagande guerrière prend place dans le cadre plus large de ce que l’Education nationale appelle l’ « éducation à la défense », en réalité la mise en place d’une véritable culture de guerre pour l’école [2]. Le protocole signé le 31 janvier 2007 entre le ministre de la Défense et celui de l’EN a mis en place tout un système ouvrant largement les portes de l’école à l’idéologie militaire et à ses représentants. Pour satisfaire aux besoins de recrutement de l’armée, les guerres sont camouflées en opérations de maintien de la paix et les militaires se donnent des airs d’humanitaires. Ce bourrage de crâne s’infiltre jusque dans les examens puisqu’en juin dernier les élèves passant le DNB ont dû subir une épreuve d’éducation dite civique toute imprégnée de cette idéologie de caserne [3]. Il est vrai que le recteur d’académie de Montpellier, lui, juge cette action « citoyenne, civique, facteur de cohésion nationale, formatrice ». Pour apprécier cet objectif à sa juste valeur, il faut préciser que l’association Solidarité Défense à l’origine de cette opération de propagande, avait été créée en 1994 par l’ancien amiral Lanxade, en son temps commandant de l’armée française au Rwanda et à ce titre complice d’un génocide qui avait fait plusieurs millions de victimes. Dans les écoles de l’Hérault, la citoyenneté, le civisme, la cohésion nationale ont un goût de meurtre et de sang. Mais les écoliers ne le savent pas. Car il faut bien reconnaître que – si l’on excepte la réaction de la CNT Education 34 – les enseignants font preuve sur ce sujet d’un incommensurable aveuglement et/ou d’une profonde lâcheté.

[1] http://www.liberation.fr/actualite/societe/294579.FR.php

[2] http://journaldecole.canalblog.com/archives/2007/09/16/index.html

[3] http://journaldecole.canalblog.com/archives/2007/06/25/index.html

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28 octobre 2007

Pour une culture de paix

La Coordination française pour la Décennie organise les 23 et 24 novembre 2007 à Paris son cinquième forum sur la non-violence à l’école, principalement axé sur la formation des enseignants à la relation, à la gestion des conflits et à la médiation. C’est l’occasion d’aller jeter un coup d’œil sur le site d’un mouvement qui se préoccupe de promouvoir une culture de non-violence et de paix. Par les temps qui courent, ce n’est pas le travail qui manque.

http://www.decennie.org/

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19 septembre 2007

21 septembre : journée internationale pour la paix

La journée internationale pour la paix, c’est après-demain, vendredi 21 septembre. Si quelqu’un rencontre Kouchner ce jour-là, ce serait bon de lui en glisser un mot.

http://www.decennie.org/links.php?op=viewslink&sid=232

Bonne occasion également, pour rappeler mon message du 16/09, « Education à la défense : une culture de guerre pour l’école », qui ne semble pas avoir suscité beaucoup de réactions. La guerre, c’est tellement loin, aussi...

http://journaldecole.canalblog.com/archives/2007/09/16/index.html

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16 septembre 2007

Education à la défense : une culture de guerre pour l'école

Le protocole sur l’éducation à la défense signé le 31 janvier 2007 entre les ministres de la Défense, de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la recherche, fait l’objet d’une circulaire sur les actions à mettre en place dans les établissements scolaires (BO n° 32 du 13 septembre 2007). Cette circulaire a de quoi faire naître de légitimes inquiétudes. Sans remonter à l’époque des bataillons scolaires qui, à la fin du 19e siècle, ont préparé toute une génération d’enfants à accepter le sacrifice de leur jeune existence dans les tranchées de la Première guerre mondiale, il faut rappeler que l’éducation à la défense, dans le sens où on l’entend aujourd’hui, remonte au début des années 1980, avec un premier protocole (1982) signé entre les ministères de la Défense et de l’Education nationale : « la notion de défense est indissociable en France de l’existence d’une communauté nationale façonnée par l’histoire, animée d’un véritable esprit de défense ». L’armée charge donc l’éducation nationale de « développer l’esprit de défense » chez les élèves et l’Education nationale n’y trouve rien à redire. Jusqu’à présent, l’éducation à la défense était intégrée, en collège et lycée, aux programmes d’éducation civique. Les prescriptions officielles en seraient restées lettre morte si l’éducation civique n’était devenue matière obligatoire au DNB et c’est ainsi que l’on a vu, au cours des dernières années, les élèves de fin de troisième plancher – ou faire semblant – sur de naïfs et ridicules documents à forte teneur propagandiste, souvent fournis par le ministère de la Défense, censés montrer que « quand la défense avance, la paix progresse » (1). Les élèves n’étant évidemment pas autorisés à faire preuve d’esprit critique quant à la légèreté de cette assertion en faisant observer, par exemple, que les colossales dépenses militaires, les exportations d’armements ou la bombe atomique n’étaient peut-être pas de nature à faire progresser la paix.

Mais c’est quelque chose d’entièrement nouveau et de très alarmant qui se met en place avec la circulaire du 13 septembre qui affirme d’emblée que « au collège et au lycée , l’ensemble des disciplines doit concourir à l’éducation de la défense ». A partir de la présente rentrée, tout doit être mis en œuvre pour concourir à ce que les responsables appellent une « culture de défense ». Depuis la formation des enseignants en IUFM jusqu’aux programmes scolaires, en passant par les enseignants-chercheurs des universités et les conseils de la vie lycéenne (CVL), l’option découverte professionnelle en classe de troisième, les travaux personnels encadrés (TPE), l’armée s’incruste dans l’ensemble des structures éducatives : « les formations de défense – est-il précisé – doivent trouver leur plein rôle dans la construction de la réflexion et de la culture des futurs responsables que forment les établissements d’enseignement supérieur ». Les échanges avec les unités militaires, les visites de sites et d’installations militaires sont vivement encouragés. Il est même envisagé la « création d’un identifiant graphique », sans plus de précision ; s’agit-il d’un fichage militaire de l’ensemble des élèves ? Bien sûr, c’est la question des programmes scolaires qui suscite la plus vive appréhension puisque de nouveaux programmes doivent être définis par des « groupes spécialisés de réflexion » (sic) qui prendront en compte cette dimension militaire de l’enseignement. Un aperçu de ce que pourrait donner cette approche en histoire-géographie est donné par l’Inspection pédagogique de l’académie de Nantes qui, sur son site internet, suggère, de façon « indicative » - du moins jusqu’à présent, car dorénavant l’indicatif devient impératif – ce que pourrait être l’enseignement de l’histoire en collège, revisité par l’armée : ainsi, l’étude de la chrétienté occidentale (10e-15e siècles) en classe de cinquième devrait être l’occasion d’aborder le thème de la « Nation », la France de 1815 à 1915 (classe de quatrième), « le nationalisme et le patriotisme », et la Seconde guerre mondiale » (classe de troisième) devra mettre l’accent sur « la drôle de guerre, la débâcle, la résistance », thèmes dont l’importance n’échappe à personne en comparaison de la shoah. Comme on le voit, avec l’esprit de défense, les élèves de cinquième n’ont pas à connaître la sauvagerie et l’intolérance des chevaliers des Croisades, ceux de quatrième n’iront pas s’égarer dans la brutalité des guerres coloniales, quant aux élèves de troisième, on leur épargnera les guerres de décolonisation. L’esprit de défense risquerait fort de ne pas sortir intact de tous ces épisodes et de beaucoup d’autres du même genre que les élèves n’ont pas à connaître, parce que, décidément, dans l’histoire, l’armée n’a joué que très rarement, le rôle qu’elle prétend s’attribuer. Ainsi,  après plusieurs années d’ « éducation à la défense », les élèves quitteront le lycée sans avoir conscience que la vocation de l’armée, dans l’histoire comme de nos jours, consiste fondamentalement à faire la guerre. Il est curieux d’ailleurs, de constater, que dans tout cet attirail règlementaire autour de l’esprit de défense, le mot « guerre » ne soit jamais évoqué, pas davantage non plus que celui d’ « armée ». Sous le terme de « défense globale », confondant les missions strictement militaires avec, notamment, celles de la protection civile, on se livre en réalité à un dangereux amalgame visant à placer sur un même registre la fonction d’un Canadair et celle d’un Rafale chargé de missiles nucléaires.

Derrière l’éducation à la défense, derrière l’objectif tout prosaïque et clairement affiché par le protocole du 31 janvier 2007 « de répondre aux besoins de recrutement de l’armée », se profile à nouveau une tentative d’instrumentalisation de l’histoire. Après la Marseillaise obligatoire à l’école primaire, après l’amendement avorté sur les aspects positifs de la colonisation, après la lettre de Guy Môquet, l’enseignement de l’histoire se trouve malmené, menacé, cette fois-ci, de l’intérieur, par une simple ciculaire administrative qui n’a fait l’objet d’aucun débat public. Avec une certaine indécence, on n’hésite pas à manipuler le socle commun de connaissances et de compétences ajouté par le législateur à la loi d’orientation sur l’école, les instigateurs de l’esprit de défense allant jusqu’à prétendre que « l’éducation à la défense (...) figure dans le socle commun  (...) au titre de trois piliers : la culture humaniste, la compétence sociale et civique et le développement de l’autonomie et de l’initiative ». Ce qui est triplement faux : non seulement, le socle ne dit pas un mot de l’esprit de défense, mais les valeurs qu’il semble, au moins officiellement, promouvoir sont à mille lieux de cette culture de guerre à laquelle on voudrait soumettre l’école. On y lit en effet que « maîtriser le socle commun (...), c’est être en mesure de comprendre les grands défis de l’humanité, la diversité des cultures et l’universalité des droits de l’homme, la nécessité du développement et les exigences de la protection de la planète ». C’est aussi « être capable de jugement et d’esprit critique ». (JO, 12 juillet 2006). Avec l’éducation à la défense, lorsque Bugeaud enfumait les Arabes dans des grottes ou lorsque des paras torturaient en Algérie, les élèves finiront par croire qu’ils faisaient acte d’humanisme.

(1) Académie de Nantes, DNB, juin 2006

(2) http://www.pedagogie.ac-nantes.fr/1180186176078/0/fiche___ressourcepedagogique/&RH=1160334444687

http://journaldecole.canalblog.com/archives/2007/06/05/index.html

http://journaldecole.canalblog.com/archives/2006/07/31/index.html

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31 juillet 2007

Des nouvelles d'un gros tas de ferraille

En cas de problème, inutile d’appeler le Charles de Gaulle : il est en IPER (indisponibilité périodique pour entretien et réparations) pendant 18 mois, comprenez en cale sèche. C’est vrai que ça rouille, ce truc là. Ben Laden peut souffler. A vrai dire, que tout le monde se contrefiche de cette nouvelle, n’est-ce pas une nouvelle fois la preuve qu’un porte-avions nucléaire, ça ne sert à rien ?

http://www.liberation.com/regarder_actualite/188942.FR.php

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05 juillet 2007

Négationnisme

Deux articles du Monde sur la responsabilité de la France et de l’armée française dans le génocide du Rwanda. Malgré les pressions politiques, les archives commencent à s’ouvrir ; depuis deux ans, une information judiciaire est ouverte contre l’armée pour « complicité de crimes contre l’humanité » et « complicité de génocide ».

http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3224,36-930272,0.html

http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3224,36-930282,0.html

On doute que l’information parvienne jusqu’à l’Education nationale ou jusqu’aux fameux « trinômes académiques » chargés d’inculquer l’ « esprit de défense » aux élèves. Les collégiens qui ont passé le DNB la semaine dernière (1) ont terminé leur scolarité en collège en ignorant tout de ce qui reste comme l’un des plus épouvantables épisodes de la seconde moitié du 20e siècle et du rôle qu’y a joué l’armée française. De l’éducation civique en collège émanent comme des relents de négationnisme.

(1) http://journaldecole.canalblog.com/archives/2007/06/25/5420582.html

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