Journal d'école

Un regard distancié, très distancié, très très distancié sur l'école et sur le monde. L'école vient de loin, elle peut mener loin. A condition d'en sortir.

21 décembre 2007

Frontières

Pologne_allemagne

Un soldat polonais retirant les barbelés à la frontière allemande.

Aujourd’hui, les derniers pays adhérents à l’Union européeenne ont supprimé leurs frontières, au moins dans le paysage et 400 millions d’Européens peuvent circuler librement. Je ne suis pas naïf au point de ne pas voir tout ce que cette ouverture peut avoir d’inachevé et comme beaucoup, je m’inquiète d’une autre frontière, celle que l’Europe est en train de dresser à ses propres portes. Mais cette photo (Le Monde, 20/12/2007) fait quand même bien plaisir et l’on a le droit de penser que cette Europe, même avec tous ses défauts, vaut mille fois mieux que celle d’avant.

L’autre bonne nouvelle, c’est les vacances. Alors bonnes vacances à ceux qui en prennent et bon Noël à tout le monde.

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18 novembre 2007

Histoire belge et pas drôle

« Dans la cour de récréation,celui qui s'avise de parler français à son copain est puni. Comme un quart des élèves sont francophones, les punitions tombent tous les jours : elles consistent à faire des exercices de néerlandais, à nettoyer la cour ou à aider les plus petits à la cantine. » C’est se qui se passe dans cet établissement scolaire de la périphérie bruxelloise (Le Monde, 17/11/2007). La capitale européenne qui, au passage, semble bien avoir oublié l’esprit des fondateurs de l’Europe, montre chaque jour un peu plus où mène la bêtise nationale. Cela rappelle un peu la France d’il y a un siècle et même après, lorsque les petits Bretons qui s’avisaient de parler leur langue à l’école étaient stupidement punis. L’imbecillité, comme les nations, serait-elle éternelle ?

http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3214,36-979501@51-926038,0.html

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25 mars 2007

La jeunesse européenne sur les pas d'Erasme ?

Aujourd’hui, 50e anniversaire du traité de Rome. 50 ans de paix sur un continent où, jusque là, on s’entredéchirait pour des frontières, des drapeaux, des hymnes nationaux, ces symboles mortifères que des politicien(ne)s inconscients ou sans scrupules voudraient remettre au goût du jour. Il ne s’agit pas de se laisser aller à une admiration béate ou angélique de l’Europe du traité de Rome mais il faut un bien coupable égarement pour rêver de l’Europe d’avant, l’Europe des années 40. Personnellement, je n’ai nul besoin d’hymne, national ou international, pour me sentir exister ; je sais qui je suis et ça me suffit. Mais avez-vous quand même remarqué que l’hymne européen est le seul au monde à ne pas avoir de paroles, se suffisant de la musique ? Ainsi, être Européen dispense d’avoir à brailler les insanités, les niaiseries abondamment distribuées dans les hymnes nationaux. Et puis, à la vérité, ces paroles de Schiller reprises par Beethoven dans son Hymne à la joie – « Soyez unis, millions d’êtres ! Ce baiser du monde entier ! » – c’est quand même autre chose que le sang impur qui abreuve les sillons.

Ce matin, dans Ouest France, un petit éditorial pour se remonter le moral, c’est suffisamment rare pour être signalé : « La jeunesse européenne sur les pas d’Erasme ? »

http://www.ouest-france.fr/ofedito.asp?idDOC=388077&idCLA=3632

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03 juin 2005

Plus con qu'un Français...c'est possible !

...un Néerlandais.

L'honneur national est sauf.

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30 mai 2005

La trouille contre la démocratie

A trois ans de distance, on peut considérer que c’est une réplique parfaite des présidentielles de 2002, celles qui avaient porté Le Pen au second tour et donné à la France le gouvernement le plus brutal, le plus flicard, le plus réactionnaire qu’on ait vu depuis longtemps.

Le processus est identique : en 2002, la peur – peur des jeunes, des Maghrebins, des banlieues – avait noyé tout le reste ; il suffisait, pensait-on de remplir les prisons, d’abaisser l’âge de la majorité pénale, de mettre des policiers partout dans les rues, pour que d’un coup de matraque magique, tous les autres problèmes soient résolus. Aujourd’hui, c’est la peur de l’étranger, la peur du Turc, du plombier polonais qui risquent de faire chavirer plus d’un demi-siècle de construction européenne mais aussi, tout bonnement, les fondements d'une démocratie française déjà bien mal en point.

Avec dans tous les cas, de la part de ceux qui s’y livrent, une argumentation affligeante, une mauvaise foi ou des mensonges stupéfiants, sans aucun rapport, en tous cas, avec le sujet sur lequel l’électeur est censé se prononcer. Mais à force de voter à côté de la question, à force de se laisser duper, de confondre coup de gueule et bulletin de vote, on est entré dans un jeu politique qui n’est plus qu’une caricature de démocratie : pour gagner le suffrage de l’électeur, il suffit de lui faire peur.

Mais ce jeu est dangereux. Nombre de problèmes sociétaux ne sont plus aujourd’hui considérés que sous l’angle policier, tout écart par rapport à la norme étant regardé comme une déviance qui relève de la prison. Alors que vivre en société consiste justement à accepter les différences et à gérer les conflits, on n’accepte plus ni les uns ni les autres. Parce qu’on a la trouille. Une trouille soigneusement entretenue par tous ceux qui, parmi les politiciens, y ont tout intérêt. Que seraient sans elle les Sarkozy, de Villepin, Pasqua, Le Pen, de Villiers, Chevènement et consorts, pour qui la politique consiste avant tout à actionner chez chacun le ressort de la crainte, de l’inquiétude ? Ils ne seraient rien, tout simplement.

La campagne du non a joué sur ce même registre, réussissant ce coup de force qui consiste à faire croire que l’Europe d’avant l’UE, cest-à-dire, en gros, celle des années 40, était plus sûre ou plus sécurisante que celle d’aujourd’hui ! Dans ces conditions, on sait déjà que le prochain gouvernement sera plus dur, plus intolérant, plus répressif que le précédent. Et la prochaine étape, ce sera encore le spectre de Le Pen aux présidentielles.

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29 mai 2005

Plus con qu'un Français...est-ce possible ?

« L’esprit français met toujours l’école, la formule, le conventionnel, l’a priori, l’abstraction, le factice au-dessus du réel et préfère la clarté à la vérité, les mots aux choses et la rhétorique à la science...Ils ne comprennent rien, quoiqu’ils ergotent sur tout. Habiles à distinguer, à classer, à pérorer, ils s’arrêtent sur le seuil de la philosophie...ils ne sortent de la description que pour s’élancer dans des généralisations précipitées. Ils s’imaginent représenter vraiment l’homme complet, tandis qu’ils ne peuvent briser la dure coquille de leur personnalité et qu’ils ne comprennent pas un seul peuple en dehors d’eux-mêmes ».  F. Amiel, « Journal intime », 30 sept. 1871, cité par Th. Zeldin, « Histoire des passions françaises », t.2, p.232.

Oui, vous avez bien lu la date...1871.

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Le grand soir chez Laurent

Ils sont tous là rassemblés, fatigués mais heureux : autour du maître de maison, il y a Marie-George, Philippe, José, Olivier, Charly, Arlette, Jean-Marie, bien sûr, Jean-Pierre et bien d’autres encore.

On devise courtoisement, entre gens de bonnes compagnies :

– Laurent : « mon cher Jean-Marie, j’ai toujours, pensé que vous posiez de bonnes questions, mais que vous y apportiez de mauvaises réponses ; je vais finir par croire que les réponses découlent directement des questions ».

– Marie-George : « voyons, Laurent, cessez de tirer la couverture à vous, comme vous le faites sans cesse ; oubliez-vous que c’est une municipalité communiste qui, la première, a  envoyé des bulldozers contre les foyers d’immigrés ? ».

– Jean-Marie, étouffant de joie : « finalement, ce qui nous rassemble est plus fort que ce qui nous divise ; ne sommes-nous pas tous Français d’abord ? »

On se presse autour du buffet – là, on observe que j’ai évité un calembour douteux – abondamment garni de petits fours – cette fois-ci, c’est Jean-Marie qui a préféré éviter le calembour douteux – et de produits du commerce équitââble.

– Jean-Marie : « vous savez, moi aussi j’aime bien les nègres, pourvu qu’ils restent chez eux ».

Un peu plus loin, Philippe et Jean-Pierre échangent des réflexions (si si !) :

– Philippe : « mon cher Jean-Pierre, avec votre sabre et mon goupillon, nous allons rétablir les vraies valeurs dans ce pays ».

– Jean-Pierre : « vous oubliez que la Marseillaise à l’école, c’était déjà moi, il y a 20 ans, que les charters d’immigrés, c’était moi aussi ».

Laurent, lui, semble un peu troublé.  Il vient de recevoir un coup de fil du Château : Jacques lui demande s’il veut bien former un nouveau gouvernement. Laurent hésite bien un peu mais avec tout ce qu’ils ont fait l’un pour l’autre, c’est difficile de refuser. Et puis, de toutes manières, il pourra toujours changer d’avis dans quelques mois.

Olivier, lui, s’est éclipsé discrètement ; c’est qu’il bosse lui, demain matin. Le courrier n’attend pas.

La révolution prolétarienne, elle, n’en finit pas d’attendre.

Posté par Lubin à 23:06 - L'Europe quand même - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Le grand sourire de Le Pen

C’est la seconde fois en 3 ans que le suffrage universel donne l’occasion à Le Pen de venir plastronner devant les micros et les caméras, un soir d’élection.

L’exception française offre décidément un bien sinistre visage.

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24 mai 2005

Capitalistes sauvages à l'Est, consommateurs sauvages à l'Ouest

La chose est entendue, on nous le dit la main sur le cœur : l’adversaire, ce n’est pas l’Europe, c’est le capitalisme international, celui des délocalisations et des bas salaires, des coûts de production réduits et des profits maximums. Contre l’hydre du grand capital, camarades, votez non !

C’est beau comme un éditorial de l’Huma des années 50, mais c’est tout faux : il faut être un peu jésuite, ou imposteur, pour braquer l’opinion publique contre les méthodes de requin du capitalisme dans certaines parties du monde – pour ce qui concerne le présent débat, il s’agirait de l’Europe de l’Est ou de l’Europe centrale – et de feindre d’ignorer que ces méthodes de requin sont commandées en droite ligne par les exigences de requin des consommateurs occidentaux : on veut tout, tout de suite, d’une qualité irréprochable, à moindre coût. Sauf que lorsque le consommateur occidental obtient tout, tout de suite, d’une qualité irréprochable, à moindre coût, c’est l’ouvrier qui trinque, l’ouvrier polonais, slovaque ou de n’importe où.

Quelle hypocrisie de se décharger ainsi sur une future constitution européenne, de nos propres responsabilités individuelles, de nos tares et de nos vices !  Le capitalisme n’a pas besoin de l’UE pour exister – à ce qu’il paraît, il s’acclimate très bien en Chine « communiste » –  il existait avant, il existera après, il mettra les travailleurs à la peine tant que nous ne voudrons rien changer à nos modes de vie.

Alors, si ce n’est pas cela, si ce n’est pas contre le capitalisme qu’iront voter dimanche, en toute bonne conscience (élastique) les électeurs-consommateurs, c’est contre qui, contre quoi, donc, qu’ils voteront non ? C’est chez le chômeur, le RMiste, qu’on sablera le champagne dimanche soir ? Qui tirera une fois de plus les marrons du feu ? De qui donc verra-t-on, une fois de plus sur les télés, l’arrogant sourire, l’inquiétant sourire ? Allons, on ne trouve pas ?

Le détournement de suffrage universel, depuis un certain 21 avril, n’est-il pas la marque de l’ « exception française » ?

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22 mai 2005

Merci au non de gauche

Quel que soit le résultat du referendum, on peut dès à présent rendre hommage au non de gauche, à ses hérauts, à ses chefs, grands et petits, pour leur forte contribution à l’émergence d’un monde nouveau, d’un monde meilleur.

Merci au non de gauche pour avoir remis au goût du jour, avec les plombiers polonais, les vieilles rengaines sur les étrangers qui viennent manger le pain des Français.

Merci au non de gauche, en ravivant les vieilles craintes, les méfiances, les fantasmes sur les Polacks, de nous avoir replongés un siècle en arrière, lorsqu’on se gaussait de la même façon des Ritals et des Espingouins. Pour les Juifs, ça viendra un peu plus tard...

Merci au non de gauche pour avoir relooké, donné une nouvelle apparence au racisme, à la bêtise et à la xénophobie, dans un pays toujours tenaillé par ces vieux démons.

Merci au non de gauche pour la légitimité nouvelle apportée aux pitreries de de Villiers, que plus personne ne prenait au sérieux, même en Vendée, aux rodomontades franchouillardes de Chevènement, notre Déroulède de gauche.

Merci au non de gauche pour la crédibilité renforcée de Le Pen, qui peut toujours se rêver président : comment refuser sa confiance à un bien brave homme qui, sur l’Europe, a, depuis longtemps, avec une belle constance, préfiguré le non de gauche ?

Merci au non de gauche, pour avoir, derrière le thème de l’exception française, donné un nouveau lustre à l’orgueil national.

Merci au non de gauche pour le messianisme du peuple élu...en attendant la race des seigneurs.

Merci au non  de gauche pour la démolition programmée, au nom de cette mystification qu’est « l’Europe des peuples », d’une Union européenne, seule véritable idée nouvelle d’un sinistre XXe siècle.

Merci au non de gauche de nous ramener sous peu à l’Europe d’avant l’UE, l’Europe des années 40.

Merci au non de gauche pour le mépris manifesté à l’égard de tous ces peuples d’Europe centrale ou de l’Est, qui, après avoir connu  des décennies de dictature, avaient cru pouvoir nous demander un peu de bienveillance.

Merci au non de gauche pour le découragement et la détresse que fera naître, aux alentours de Sarajevo, la disparition d’une Europe, foyer de paix.

Pour tout cela, merci, encore merci au non de gauche.

Posté par Lubin à 12:20 - L'Europe quand même - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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