Journal d'école

Un regard distancié, très distancié, très très distancié sur l'école et sur le monde. L'école vient de loin, elle peut mener loin. A condition d'en sortir.

22 mai 2005

Merci au non de gauche

Quel que soit le résultat du referendum, on peut dès à présent rendre hommage au non de gauche, à ses hérauts, à ses chefs, grands et petits, pour leur forte contribution à l’émergence d’un monde nouveau, d’un monde meilleur.

Merci au non de gauche pour avoir remis au goût du jour, avec les plombiers polonais, les vieilles rengaines sur les étrangers qui viennent manger le pain des Français.

Merci au non de gauche, en ravivant les vieilles craintes, les méfiances, les fantasmes sur les Polacks, de nous avoir replongés un siècle en arrière, lorsqu’on se gaussait de la même façon des Ritals et des Espingouins. Pour les Juifs, ça viendra un peu plus tard...

Merci au non de gauche pour avoir relooké, donné une nouvelle apparence au racisme, à la bêtise et à la xénophobie, dans un pays toujours tenaillé par ces vieux démons.

Merci au non de gauche pour la légitimité nouvelle apportée aux pitreries de de Villiers, que plus personne ne prenait au sérieux, même en Vendée, aux rodomontades franchouillardes de Chevènement, notre Déroulède de gauche.

Merci au non de gauche pour la crédibilité renforcée de Le Pen, qui peut toujours se rêver président : comment refuser sa confiance à un bien brave homme qui, sur l’Europe, a, depuis longtemps, avec une belle constance, préfiguré le non de gauche ?

Merci au non de gauche, pour avoir, derrière le thème de l’exception française, donné un nouveau lustre à l’orgueil national.

Merci au non de gauche pour le messianisme du peuple élu...en attendant la race des seigneurs.

Merci au non  de gauche pour la démolition programmée, au nom de cette mystification qu’est « l’Europe des peuples », d’une Union européenne, seule véritable idée nouvelle d’un sinistre XXe siècle.

Merci au non de gauche de nous ramener sous peu à l’Europe d’avant l’UE, l’Europe des années 40.

Merci au non de gauche pour le mépris manifesté à l’égard de tous ces peuples d’Europe centrale ou de l’Est, qui, après avoir connu  des décennies de dictature, avaient cru pouvoir nous demander un peu de bienveillance.

Merci au non de gauche pour le découragement et la détresse que fera naître, aux alentours de Sarajevo, la disparition d’une Europe, foyer de paix.

Pour tout cela, merci, encore merci au non de gauche.

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18 mai 2005

Foutez nous la paix !

Je sais bien qu’il y a d’autres priorités : nos bureaux de poste, que l’Europe entière nous envie, fermeront-ils le samedi à 12 heures ou à 13 heures ? Nos services publics seront-ils remplacés par des services économiques d’intérêt général ? Notre sainte et noble laïcité devra-t-elle se signer devant un crucifix ? Nos patrons devront-ils délocaliser en Slovaquie ou pourront-ils continuer à le faire dans le Limousin ?

Pourtant, le bruit et la fureur de ce rude débat, dont l’importance n’échappe à personne, n’en font que mieux ressortir un vide, un manque, un trou béant, quelque chose de tellement insignifiant qu’on paraît presque honteux d’en parler, un « détail », comme dirait l’autre grand meneur du non. La paix. Quoi, la paix ? Ben oui, la paix, la paix toute bête, ne pas se faire la guerre, ne pas larguer des tonnes de bombes sur les villes, ne pas jeter des foules immenses en cohortes affolées sur les routes à la recherche d’un abri, ne pas faire hurler les enfants de souffrance et de terreur et d’autres encore avec les enfants, ne pas saccager le travail des gens, ne pas détruire en quelques jours ce qu’il a fallu des siècles à construire, ne pas rejouer ce qu’on a joué trop souvent en Europe, parce que décidément, on a la mémoire courte.

Soixante ans de paix dans l’Union européenne et l’Union européenne n’y serait pour rien ? En 1940, en l’espace d’une vie d’homme, Français et Allemands s’étaient fait trois fois la guerre ; on aurait bien pu la faire une quatrième fois, une cinquième fois, si, dans les années 50, des hommes politiques de tous bords, de tous pays, un peu plus lucides et courageux que ceux d’aujourd’hui, n’avaient cherché à établir entre les peuples d’Europe des relations fondées sur autre chose que la peur, la méfiance, le mépris ou la haine, l’orgueil national, toutes choses qui, à des degrés divers, sont le fond de commerce de bien des partisans du non, de leurs meneurs en tous cas.

Mais la paix, ce n’est jamais définitif : la guerre était encore à nos portes, il ya peu, dans les Balkans, là où ces sentiments se donnaient libre cours ; les Balkans, justement, pour qui la solution pourrait être d’intégrer au plus vite l’Union européenne. Pour avoir la paix, tout simplement.

Ils sont bien pitoyables, nos politiciens, de jouer avec le feu ; et l’opinion publique est bien coupable de se laisser ainsi berner. Laisser croire que l’on pourrait sans dommages revenir à l’Europe d’avant l’UE, l’Europe des années 40, donc..., relève d’un incroyable aveuglement. Quels que soient les défauts, les tares de la Constitution, l’Europe d’aujourd’hui vaut mille fois mieux que celle d’autrefois.

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16 mai 2005

Front (commun) national

Bon, on n’ira pas jusqu’à dire qu’ils sont interchangeables mais à tout le moins qu’ils s’épaulent, les propos des uns étayant le non-dit, les silences des autres et réciproquement. De Besancenot à Le Pen, en passant par Fabius et de Villiers, c’est la même rengaine, la même obsession, la même idée fixe : la France, sa société, ses institutions restent une référence, un modèle insurpassable qui ne peuvent que se gangrener au contact de l’autre, de l’étranger.

Que pour les uns, la France soit fille de la Révolution, des Lumières – tu parles, à peine de la bougie – et pour les autres fille de Jeanne d’Arc, ne change pas grand chose : la menace, c’est le Polonais qui va à la messe tous les dimanches, le Slovaque qui accepte de bosser pour trois fois rien, l’Espagnol ou l’Italien qui ouvrent toutes grandes leurs portes aux sans-papiers. La solution ? C’est selon. Sortir de l’Europe, comme le réclame Le Pen depuis un demi-siècle et revenir à la bonne vieille Europe des années 40 ; renégocier le traité comme font semblant d’exiger les autres mais qui, s’en foutent absolument. Dans tous les cas, fermer les portes, se barricader, dérouler les barbelés.

Dans tous les cas, également, faire peur, susciter la méfiance, non pas celle « des élites de Bruxelles », comme on l’affirme la main sur le cœur, mais tout simplement de l’étranger. Il suffisait de voir et d’entendre, il y a peu , un routier CGT, plus vrai que nature, dénoncer la concurrence déloyale de ses homologues polonais, avec des accents qui rappelaient : « qu’est-ce que c’est que ces étrangers qui viennent bouffer le pain des Français ».

Le Pen, aujourd’hui, pas davantage qu’il y a trois ans, n’a besoin de faire campagne. Le non « de gauche » – si si, il paraît que ça existe – la mène pour lui. Comme il y a trois ans, effectivement, où le battage sur l’insécurité l’avait conduit aux portes du pouvoir. Et qu’est-ce d’autre que la campagne du « non » sinon faire naître, développer, amplifier, un sentiment d’insécurité chez des électeurs qui n’y sont déjà que trop portés ? Derrière ce sentiment, derrière son corollaire, l’affirmation d’une spécificité française, il y a toujours, même plus tapi dans l’ombre, le visage de l’extrême-droite.

La campagne pour le non, c’est ce qui nous mène tout droit à un second tour Le Pen-Sarkozy aux prochaines présidentielles. Et ça pourrait venir plus vite que prévu.

Merci le non « de gauche ».

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02 mai 2005

Eh, les Français, on se regarde un peu dans la glace ?

Donc, pour les partisans du non, c’est un fait acquis : avec la Constitution européenne, c’en est fini du droit à l’avortement et, plus généralement, du droit des femmes, de la laïcité et plus généralement des droits de l’homme. Peu importe que la Charte des droits fondamentaux proclame le contraire, l’interdiction de la peine de mort, la création d’un statut pour les objecteurs de conscience dans tous les pays qui l’ignorent encore ; l’essentiel n’est après tout pas là, il suffirait de savoir lire.

Ce qui est insupportable, chez les partisans du non, c’est cette incommensurable vanité nationale par laquelle ils voudraient faire croire que la France, parce qu’elle aurait été « le pays des droits de l’homme », pourrait se permettre de faire la leçon à toute l’Europe. Et tant pis si, même jusqu’à nos jours, l’histoire de la France a davantage été celle de la négation et du mépris des droits de l’homme que de la défense de ces droits, si les Françaises ont obtenu le droit de vote ou le droit à l’avortement bien après tant d’autres, tant pis si la France fut un des derniers pays d’Europe à supprimer la peine de mort ou si des millions de travailleurs étrangers vivent ici, dans une caricature de république, sans aucun droit, comme des sous-hommes.

Et tant pis si, depuis trois ans, on a laissé se refermer sur la France, dans l’indifférence quasi-générale,  une chape de plomb policière et carcérale – loi Sarkozy 1, loi Sarkozy 2, loi Perben 1, loi Perben 2 (celle qui permet, aujourd’hui, d’incarcérer les avocats) – , tant pis si les bavures policièrs racistes connaissent une croissance exponentielle, tant pis si de Villepin prépare pour les prochaines semaines une loi dite de « prévention de la délinquance » encore plus brutalement répressive que celles de ses prédecesseurs ; en France, pendant ce temps, les partisans du non préfèrent nous bassiner avec l’avortement à Malte, quelques plaisanteries de curés polonais ou d’autres anecdotes de la même importance.

C’en est triste à chialer : une opinion publique qui s’essuie aussi ouvertement les pieds sur les droits de l’homme, qui  abdique toute dignité devant la police, les juges et les gardiens de prisons et qui, dans le même temps – par inconscience, aveuglement, orgueil franchouillard ? – s’autorise à dire non à l’Europe au nom de la liberté.

Eh, les Français, on se regarde un peu dans la glace, avant de voter non ?

Posté par Lubin à 22:52 - L'Europe quand même - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

22 avril 2005

Le sinistre visage de l'"exception française"

Un non « de gauche » ? On vous l’assure, la main sur le cœur : quoi de commun entre le non communiste, le non socialiste, le non altermondialiste, le non trotskyste d’un côté et, de l’autre, le non lepéniste, le non chevènementiste (il y a bien longtemps qu’on ne peut plus, même avec la meilleure volonté du monde, classer Chevènement à gauche) ou le non  villieriste ?

Pourtant, à regarder de près les argumentaires anti-européens de toutes origines, on constate qu’ils surfent sur un fond commun : la peur, la méfiance, le rejet de l’autre (les fantasmes sur les Turcs !), de celui qui vit de l’autre côté de la frontière, un insupportable orgueil national, le refus de considérer que le monde puisse avancer dans un cadre autre que national, le thème omniprésent du bouc émissaire – l’Europe ou l’immigré – l’étranger dans tous les cas. En un mot, la vieille rhétorique Front National.

La campagne referendaire s’inscrit dans un contexte plus large qui a vu, sous couvert de la défense de valeurs prétendument « républicaines », toute une mouvance dite de gauche, reprendre à son compte, pour les amplifier, les thèmes favoris de la pensée d’extrême-droite. Qu’il s’agisse de la dénonciation d’un « racisme anti-blanc » dans les banlieues, de l’exaltation quasi-obsessionnelle d’une république parée de toutes les vertus, mais aux caractères bien plus nationaux que républicains et menacée par des hordes venues d’outre-Méditerranée, de la Marseillaise à l’école, où une partie de la gauche a cru bon surenchérir sur la droite (cf l’inénarrable Charasse réclamant que la Marseillaise soit chantée obligatoirement dans les écoles au moins une fois par semaine) ou bien de la question du foulard qui traîne derrière elle les pires dérives racistes, il faut une bonne dose d’aveuglement pour ne pas se rendre compte que toute une partie de la pensée de gauche puise à des sources très voisines de l’idéologie d’extrême-droite. Dans cette optique, le rejet de la Constitution européenne serait en quelque sorte le pendant du scrutin présidentiel d’avril 2002, le vote Le Pen à cette époque préfigurant le non d’aujourd’hui...tout en favorisant le retour du grand chef aux prochaines échéances.

L’ « exception française » offre décidément un bien sinistre visage.

Posté par Lubin à 12:00 - L'Europe quand même - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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