Journal d'école

Un regard distancié, très distancié, très très distancié sur l'école et sur le monde. L'école vient de loin, elle peut mener loin. A condition d'en sortir.

27 février 2008

Avec les nouveaux programmes, le religieux fait son entrée à l'école primaire

Si l’on n’en est pas encore à la prière obligatoire, il est pourtant certain que les nouveaux programmes de l’école primaire portent en germe quelque chose qui y ressemble : à défaut des religions, le religieux fait son entrée dans l’enseignement élémentaire, mais de telle sorte que les défenseurs les plus intransigeants de la laïcité n’y trouvent rien à redire.

Ainsi en est-il de la Marseillaise, dont l’apprentissage n’est pas une chose nouvelle – réintroduit dans les programmes il y a plus de vingt ans par Chevènement alors ministre de l’Education nationale, avant d’être renforcé dans la dernière loi d’orientation par l’amendement du député villieriste Jérôme Rivière – qu’il faudra dorénavant écouter debout. Pourquoi pas la main sur le cœur ou même à genoux ? Outre que la Marseillaise, avec ses relents guerriers et xénophobes, avec la bêtise et la brutalité de ses couplets, n’est sûrement pas le meilleur moyen de former des citoyens ouverts au monde et respectueux des autres, il faut comprendre que l’exigence de l’écouter debout, dans un silence faussement – car imposé – respectueux, va à l’encontre de ce qu’on est en droit d’attendre de l’école en matière d’esprit critique et de sens des responsabilités. Dans son principe, l’hymne national interdit toute interrogation, tout questionnement sur une identité nationale tellement incertaine, tellement vaine, qu’on préfère s’interdire d’y réfléchir. La nation n’existe que parce qu’un hymne l’exalte, un hymne dont l’apprentissage obligatoire par de tout jeunes enfants ne saurait souffrir aucune remise en cause. D’ailleurs, la loi l’interdit : en intégrant à la loi dite de sécurité intérieure ( !), en janvier 2003, un délit d’ « outrage aux symboles nationaux », passible de six mois de prison et de 7500 euros d’amende, les parlementaires de la république laïque avaient en quelque sorte rétabli le délit de blasphème : sous l’Ancien régime, on tranchait la langue de celui qui exerçait son libre arbitre sur les questions religieuses. La religion d’état était à ce prix. La morale d’état n’agit pas aujourd’hui autrement : avec la Marseillaise écoutée cérémonieusement comme à l’église, il y a là comme un dogme, qui ressort du religieux bien davantage que d’une éducation civique bien comprise. L’école est le lieu de la construction progressive des savoirs, des comportements, de la formation du jugement ; la parole révélée n’y a pas sa place.

Ce n’est au demeurant pas un hasard si Darcos, dans ces mêmes programmes, a choisi de supprimer l’éducation civique pour la remplacer par une « instruction morale et civique » qui retrouve d’ailleurs une formulation qui avait cours à l’époque de Vichy. Il s’agira pour le maître, d’énoncer quelques « maximes illustrées » dont on imagine qu’elles seront ensuite recopiées et apprises par cœur par les élèves. Ainsi conçue, cette « instruction morale » se rapproche du catéchisme d’antan – puisque d’ailleurs, l’Eglise elle-même est sortie depuis longtemps de ce petit jeu stérile des questions-réponses – à l’opposé d’une véritable formation citoyenne qui devrait s’appuyer sur le débat et la prise en considération de la parole de tous.

De la même manière, les programmes d’histoire ont été réécrits de façon à mettre en valeur les « racines chrétiennes » de la France, chères à Sarkozy. Limitée de façon arbitraire au territoire hexagonal, ignorant superbement le monde, l’histoire à l’école donne une importance disproportionnée au baptême de Clovis, reprenant sans aucune distanciation un mythe en grande partie imaginaire, à forte connotation idéologique. Croyant naïvement retrouver la chronologie du Moyen Age, les auteurs des programmes, s’appuient sur les figures de Saint Louis ou de l’inévitable Jeanne d’Arc. Les centaines de milliers de petits Musulmans qui fréquentent aujourd’hui l’école de la république, devront attendre l’épisode des Croisades pour découvrir un peu leurs ancêtres massacrés par les preux chevaliers.

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20 septembre 2007

Le sang impur d'Alfoussène, 9 ans

Alfoussène, 9 ans, en voie d’être expulsé tout seul vers le Mali où il n’a aucune famille. Il croupit actuellement dans une prison de la république. Pendant ce temps, le socialiste-national Valls écrit dans Libé : « La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde (...) Il faut renoncer au principe de régularisation systématique (...) Il faut donc assumer une politique de reconduite aux frontières ». Valls sera sans doute le prochain ministre « d’ouverture » de Sarkozy ; on croit savoir que ce sera comme secrétaire d’état d’Hortefeux.

http://www.liberation.fr/actualite/societe/279745.FR.php

Dans un mois et deux jours, des profs liront la lettre de Guy Môquet dans les lycées...

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14 mai 2007

Du sang impur dans le bénitier

Pour une fois que la Marseillaise nous fait bien rire, on ne va pas s’en priver ni en priver le lecteur. On apprend dans Ouest France (14/05/07) que dans une petite commune de la Mayenne, des enfants d’une école conduits par leur adjudant – pardon, par leur instit – ont participé aux cérémonies commémoratives du 8 mai. Devant le monument aux tués par la France (c’est plus conforme à la réalité que « morts pour la France »), encadrés par les anciens d’Algérie, ils ont chanté la Marseillaise. Comme partout ailleurs, la récupération de la victoire sur le nazisme par les anciens d’Algérie ne semble pas beaucoup émouvoir les instits en question. Il est vrai qu’aujourd’hui, c’en est fini de la repentance : chacun sait que le 8 mai 45,  c’est un lâcher de ballons que l’armée française offrait aux habitants de Sétif, qu’en octobre 61, les policiers parisiens apprenaient gratuitement aux Arabes à nager dans la Seine, que la guerre d’Algérie n’a jamais existé – c’étaient de simples opérations de maintien de l’ordre – et que, de toutes manières, tout cela ne saurait autoriser à remettre en cause les aspects positifs de la colonisation. Chacun le sait, ou devrait le savoir, ou apprendra à le savoir, comme les enfants de cette riante bourgade de la Mayenne, si bien encadrés comme on l’a vu. Et d’ailleurs, comme l’a dit madame la maire : « Quand toutes les générations sont réunies, la cérémonie prend un sens beaucoup plus important ». Et c’est vrai que les anciens des guerres coloniales entourant les enfants des écoles au son du sang impur, tout cela n’en manque pas, de « sens ».

Pas de quoi rire, me direz-vous, sauf la fin de l’histoire comme je vous l’ai promis. A la fin de la cérémonie, madame la maire a affirmé vouloir renouveler l’expérience avec « peut-être – rapporte le journaliste – un passage à l’église pour une prière » (sic). Si vous voulez mon avis, avec les tares de la république plus les tares de l’Eglise, ils sont plutôt mal barrés les enfants de l’école.

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15 avril 2007

Katharina, 82 ans, sans-papiers

Pour ceux qui se font encore des illusions sur l’identité dite nationale, voir la triste et véridique histoire relatée dans Ouest France (15/04/2007) : Katharina, qui vit paisiblement en Mayenne depuis 62 ans, vient de se voir refuser le renouvellement de sa carte d’identité, sous prétexte qu’elle est née en Pologne il y a 82 ans. L’identité nationale, c’est d’abord ça : un bout de papier plus les caprices de l’administration.

http://www.ouest-france.fr/PaysDeLaLoire_detail.asp?idDOC=394804&idCLA=8620

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02 avril 2007

Ethique de responsabilité contre principe d'obéissance

Dans L’Huma (29/03/2007), Raymond Ouzoulias, inspecteur de l’éducation nationale honoraire, revient sur les interventions policières aux portes des écoles et l’absence de réaction des autorités de l’EN, notamment suite aux événements de ces derniers jours : « Monsieur le ministre de l’EN, si prompt à rappeler à l’ordre ses propres fonctionnaires, quant au choix de leurs méthodes d’enseignement et/ou de leur devoir de réserve, est aujourd’hui enfermé dans un silence assourdissant quand il s’agit d’une remise en cause de la place de l’école dans l’affirmation de son rôle dans l’éducation à la citoyenneté, et de sa place dans la constitution d’une culture commune et des principes d’universalité de son propos ». Evoquant les disparitions de Maurice Papon et de Lucie Aubrac, Raymond Ouzoulias affirme que « le principe d’obéissance s’oppose parfois à ce qu’on peut appeler une certaine éthique de la responsabilité ».

Il y a fort à parier qu’avec la mise au premier plan dans cette campagne électorale, des thèmes identitaires et nationaux, les profs d’histoire-géo (dont la mission consiste traditionnellement à « faire naître chez l’enfant une conscience nationale ») pourraient effectivement se voir confrontés, à brève échéance à une alternative entre principe d’obéissance et éthique de reponsabilité. Pour ce qui me concerne, j'ai déjà choisi. On y reviendra.

http://www.humanite.presse.fr/journal/2007-03-29/2007-03-29-848648

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"De l'illusion identitaire"

Dans Libé d’aujourd’hui, un point de vue pertinent de Joël Candau, professeur d’anthropologie à l’Université Nice-Sophia Antipolis, pour qui « la coopération permettrait de contenir les dérives d’une politique de l’identité nationale ».  Evoquant les fraternisations dans les tranchées entre soldats réputés « ennemis » durant la Première guerre mondiale, il écrit : « Le système « vivre et laisser-vivre », pratiqué entre belligérants dans les tranchées (...), offre une illustration étonnante de la robustesse d’une forme de coopération entre individus différents, dès lors que ces derniers réussirent à s’affranchir provisoirement d’un joug idéologique et institutionnel, en l’occurence un Etat et un appareil militaire qui assignaient à chacun d’entre eux un camp clairement identifié. » Poursuivant son analyse, il rappelle que la construction de l’Union européenne  « a réussi à faire œuvrer ensemble des états aux identités multiples, souvent (re)présentées comme disparates, voire antagonistes ». Au modèle « identifiez-vous, puis coopérez », repris ces jours-ci comme une évidence par les candidats à la présidentielle, Joël Candau oppose un tout autre modèle : « Coopérez, puis vous vous identifierez ». Avant de conclure : « ...si l’on veut contenir les dérives dont serait grosse, comme on peut le craindre la mise en œuvre d’une politique de l’identité nationale nourrie d’un principe d’exclusion, il faut substituer au vieil adage « qui se rassemble s’assemble » un tout autre précepte : « qui s’assemble se ressemble ».

http://www.liberation.fr/rebonds/election_presidentielle/244848.FR.php

Dans Ouest France du même jour, un Point de vue de Michel Wieviorka : « ...plus on parle de la nation, de l’unité du corps social, de ce qui rassemble (...) et moins on parle de ce qui divise : les injustices, l’exclusion, les formes de domination ou d’exclusion qui existent en son sein. D’autre part, plus on débat de l’identité nationale, plus on envisage les migrants comme nécessairement marqués du sceau de la différence, au risque de promouvoir des politiques extrêmement dures et injustes à leur égard ».

http://www.ouest-france.fr/ofedito.asp?idDOC=390666&idCLA=3633

Que la nation ait été et soit toujours l’occasion de faire naître des solidarités contre nature, la guerre en est l’exemple le plus frappant. Ainsi, apprend-on dans le même numéro de Ouest France, que des Rafales ont participé la semaine passée en Afghanistan à des opérations contre les talibans, au nom, sans aucun doute, de la croisade de l’Occident contre le mal (qui, comme on le sait, a la figure de l’Islam). Mais il se trouve que cet insolent de journaliste conclut ainsi son papier : « le baptême du feu des Rafales pourrait fournir un argument commercial de poids pour un avion qui n’a jamais encore été commandé par un pays étranger. » L’appel à l’intérêt général, à la conscience nationale, dans le cas présent, ça sert surtout à enrichir Dassault et Cie, de bons copains qui sauront vous le rendre d’une façon ou d’une autre lorsque vous aurez besoin d’argent, pour, par exemple, financer votre campagne électorale.

http://www.ouest-france.fr/ofetranger.asp?idDOC=390667&idCLA=3637

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29 mars 2007

Révisionnisme

Dans leur obsession à parer l’hymne national de toutes les vertus révolutionnaires, les thuriféraires de la Marseillaise n’hésitent pas à verser dans le révisionnisme. Dans Libé (27/03), on pouvait lire que Rouget de Lisle avait trouvé son inspiration – si tant est qu’on puisse utiliser ce mot pour la Marseillaise ­– dans la « déclaration de guerre de l’empereur d’Autriche à la France » en 1792. Grossier mensonge et qui n’est pas le premier, quand l’honneur national est en jeu : le 20 avril ce n’est pas l’Autriche qui déclare la guerre à la France mais le contraire, même si les dirigeants français, bien hypocritement, adressaient leur déclaration au « roi de Bohême et de Hongrie », feignant d’ignorer que, dans toute guerre, ce sont d’abord les peuples qui payent le prix fort. En 1792, la France se lançait avec la Marseillaise dans une longue période de guerre, toujours, bien sûr, avec sa bonne conscience indestructible et les meilleurs arguments du monde. La guerre, c’est toujours la faute de l’autre. Pourtant, l’histoire de France est celle d’un pays guerrier, belliciste et la Marseillaise, loin d’être un hymne révolutionnaire, est d’abord un chant guerrier. Le sang impur dont elle s'abreuve n'est pas une allégorie mais pour elle une nécessité vitale. Au cours des deux siècles qui nous précèdent, des millions de jeunes, bernés par la nation, seront immolés sur l’autel de la patrie. Il paraît d’ailleurs que c’est son titre de gloire.

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28 mars 2007

BBR de 1984 à nos jours

Un qui ne se sent plus d’aise, c’est Chevènement, alias BBR, rappelant à qui veut l’entendre que la Marseillaise obligatoire, c’est lui qui l’a réintroduite dans les programmes scolaires lorsqu’il était ministre de l’Education nationale en 1984. Il avait ainsi ouvert la voie à l’amendement Rivière, qui renforce cet apprentissage dans la loi d’orientation de 2005, amendement qui doit son nom au député des Alpes-Maritimes, aujourd’hui président du comité de soutien à de Villiers. Les apparentements douteux, cela ne semble pas lui poser de problème de conscience, à BBR. En 1984 comme aujourd’hui, l’argument était qu’il ne fallait pas laisser à l’extrême-droite le monopole des symboles nationaux. Bilan de 23 ans de Marseillaise obligatoire à l’école : aujourd’hui, les thèses du FN n’ont jamais été aussi présentes dans l’opinion publique et Le Pen – qui peut, au passage, se réclamer du « centre droit » – est incontournable à chaque élection... sinon sur sa droite. Lorsque les sympathisants FN chantent la Marseillaise dans les meetings du grand chef, il faut se souvenir que c’est à l’école qu’ils l’ont apprise. Aussi, lorsqu’on entend aujourd’hui les politiciens de tous bords justifier leur dérive nationaliste avec les mêmes arguments que BBR en 1994, on a tout à craindre pour un futur plus ou moins proche.

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27 mars 2007

La Marseillaise, la guillotine et Libération

Donc Libé approuve et applaudit Royal, le drapeau, la Marseillaise (27/03/07). Enfin, Libé ou son directeur-adjoint de rédaction, Jean-Michel Thénard. Avec des arguments d’une mauvaise foi confondante. Pour Libé¸donc, il s’agit de « rendre à la gauche l’héritage révolutionnaire de la Marseillaise et de reconquérir cet électorat ouvrier bla bla, bla bla ». La référence à la Révolution française est récurrente chez les tenants d’une Marseillaise « de gauche » qui oublient simplement que la Révolution n’est pas un bloc homogène et que la Marseillaise n’est pas contemporaine de 1789 ni des Droits de l’homme mais de 1793, de la Terreur et de la guillotine. Or, la guillotine, Thénard en parle, justement, dans le même éditorial, en se livrant à un amalgame osé entre les extases de Royal sur le drapeau et l’abolition de la peine de mort par Mitterrand en 1981. Démonstration : « le pari royaliste est risqué qui consiste à braver les bonnes consciences de gauche pour mieux conquérir les suffrages du peuple. il rappelle celui de Mitterrand qui, le 16 mars 1981, avait pris une partie de l’opinion à rebours en se prononçant contre la peine de mort ». Ou bien Thénard est mal informé, ou bien il est de mauvaise foi. Car si proposer l’abolition de la peine de mort était effectivement la marque du courage politique de Mitterrand à une époque où l’opinion y était favorable, ça l’est beaucoup moins pour Royal avec les symboles nationaux dont les sondages publiés sur la même page nous affirment que l’opinion (enfin, l’opinion sondée) y serait massivement favorable. Là où Mitterrand faisait effectivement preuve de courage, Royal est populiste, racoleuse ; elle carresse l’électeur dans le sens du poil. Et l’on sait bien de quel électeur il s’agit. Au demeurant, il ne faut pas beaucoup d’audace à Royal pour affronter ce que Thénard appelle, avec une bonne dose d’arrogance, « les bonnes consciences de gauche » alors qu’il apparaît avec de plus en plus d’évidence que Royal est tout ce qu’on veut, sauf une femme de gauche. Le rapprochement entre Mitterrand et Royal, entre l’abolition de la peine de mort et l’exaltation de la Marseillaise ne manque d’ailleurs pas de piquant : la guillotine et la Marseillaise sont effectivement les deux symboles de 1793. On chantait la Marseillaise à pleins poumons lorsque le sang impur (ou pur, on n’était pas spécialement regardant) coulait sur l’échafaud. Et alors que Mitterrand avait effectivement détruit un des symboles hideux de la république, Royal, elle, voudrait réhabiliter un autre symbole, non moins hideux de la république. A force de se complaire dans les symboles hideux, on va finir par se poser des questions sur cette république.

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26 mars 2007

Fierté nationale

Donc pour Royal – elle vient encore de le répéter – comme pour Le Pen, comme pour les fanatiques de l’identité nationale, chacun doit être « fier de la France ». Fier de la France quoiqu’on ait pu faire en son nom.

Fier de la France qui raflait les Juifs en 40 (comme elle rafle aujourd’hui les enfants devant les écoles).

Fier de la France qui s’appropriait par la violence des contrées entières pour les exploiter à son profit.

Fier de la France qui torturait en Algérie et noyait les Arabes dans la Seine.

Fier de Papon, préfet de police du chef de la France libre, fier de Bousquet, copain de Mitterrand.

Fier de la France qui a irradié les populations du Pacifique avec ses essais nucléaires.

Fier de la France qui a coulé le Rainbow Warrior (ça doit rappeler un souvenir de famille à Royal).

Fier de la France, deuxième exportateur d’armements au monde.

Fier de la France qui a soutenu jusqu’à nos jours n’importe quel régime dictatorial en Afrique pourvu qu’on lui achète des armes.

Fier de la France de Dassault et Lagardère, de son Rafale, de ses porte-avions et de ses 48 milliards d’euros de dépenses militaires.

Fier de la France, complice du génocide au Rwanda.

Fier de la France des sans-papiers, des sans-logis et de ses millions de pauvres.

Fier de la France et de ses prisons inhumaines. Etc.

Et donc, si l’on n’est pas fier de tout cela, on n’a pas sa place parmi les braves gens ; la France, on l’aime ou on la quitte. Cette France, à vrai dire, je ne vois guère que les criminels ou les abrutis pour en être fiers.

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