05 décembre 2009
Appel pour la suppression du ministère de l'identité nationale
Dans Libé (04/12/2009), un collectif demande la suppression du ministère de l’identité nationale. Un appel qui s’adresse à tous, associations, syndicats, partis, individus et qui mérite d’être diffusé auprès du plus grand nombre.
« Promesse électorale de Nicolas Sarkozy, la création d’un ministère chargé de l’immigration et de « l’identité nationale » a introduit dans notre pays un risque d’enfermement identitaire et d’exclusion dont on mesure, chaque jour depuis deux ans et demi, la profonde gravité.
Très officiellement, des mots ont été introduits sur la scène publique, qui désignent et stigmatisent l’étranger – et par ricochet, quiconque a l’air étranger. Réfugiés et migrants, notamment originaires de Méditerranée et d’Afrique, et leurs descendants, sont séparés d’un « nous » national pas seulement imaginaire puisque ses frontières se redessinent sur les plans matériel, administratif et idéologique. Qu’a fait naître ce ministère ? De nouveaux objectifs d’expulsion d’étrangers (27.000 par an), des rafles de sans-papiers, l’enfermement d’enfants dans des centres de rétention, le délit de solidarité, l’expulsion des exilés vers certains pays en guerre au mépris du droit d’asile, la multiplication des contrôles d’identité au faciès, enfin la naturalisation à la carte, préfecture par préfecture, qui rompt avec le principe d’égalité… Dans cette fissure de la république, se sont engouffrés nos dirigeants. Par des propos inadmissibles dans une démocratie, banalisés et désormais quotidiens, ils légitiment tous les comportements et les paroles de rejet, de violence, et de repli sur soi.
Nous ne sommes pas ici face à des « dérapages » individuels. En réalité, ces propos sont la conséquence logique d’une politique que le gouvernement souhaite encore amplifier sous le couvert d’un « débat » sur l’identité nationale. Nous sommes ainsi appelés à devenir co-auteurs et co-responsables du contrôle identitaire sur la France.
La circulaire ministérielle adressée aux préfectures pour encadrer le débat lance une interrogation : « pourquoi la question de l’identité nationale génère-t-elle un malaise chez certains intellectuels, sociologues ou historiens ? » La réponse est simple. Nous ne pouvons pas accepter que le regard inquisiteur d’un pouvoir identitaire puisse planer, en s’autorisant de nous, sur la vie et les gestes de chacun. C’est pourquoi il est temps aujourd’hui de réaffirmer publiquement, contre ce rapt nationaliste de l’idée de nation, les idéaux universalistes qui sont au fondement de notre République. Nous appelons donc les habitants, les associations, les partis et les candidats aux futures élections à exiger avec nous la suppression de ce « ministère de l’identité nationale et de l’immigration », car il met en danger la démocratie. »
Rappel : la pétition lancée par Médiapart¸appelant au boycott du débat Besson et qui a déjà recueilli 16 000 signatures.
03 décembre 2009
"Nous ne débattrons pas"
Mediapart lance avec plusieurs dizaines de personnalités un appel à refuser le «grand débat sur l'identité nationale» organisé par le pouvoir. Une pétition est en ligne.
" Par principe, nous sommes favorables au débat. A sa liberté, à sa pluralité, à son utilité. C'est pourquoi nous refusons le « grand débat sur l'identité nationale » organisé par le pouvoir : parce qu'il n'est ni libre, ni pluraliste, ni utile.
Il n'est pas libre car c'est le gouvernement qui le met en scène, qui pose les questions et qui contrôle les réponses. Il n'est pas pluraliste car sa formulation réduit d'emblée notre diversité nationale à une identité unique. Il n'est pas utile car cette manœuvre de diversion est une machine de division entre les Français et de stigmatisation envers les étrangers.
Affaire publique, la nation ne relève pas de l'identité, affaire privée. Accepter que l'Etat entende définir à notre place ce qui nous appartient, dans la variété de nos itinéraires, de nos expériences et de nos appartenances, c'est ouvrir la porte à l'arbitraire, à l'autoritarisme et à la soumission.
La République n'a pas d'identité assignée, figée et fermée, mais des principes politiques, vivants et ouverts. C'est parce que nous entendons les défendre que nous refusons un débat qui les discrédite. Nous ne tomberons pas dans ce piège tant nous avons mieux à faire : promouvoir une France de la liberté des opinions, de l'égalité des droits et de la fraternité des peuples. "
02 décembre 2009
Le débat Besson "libère la parole"...
La scène se passe à Verdun, au cours d’un débat Besson sur l’identité nationale. Un maire s’exprime sur le sujet : « (...) Il est temps qu’on réagisse, parce qu’on va se faire bouffer (...) Y’en a déjà dix millions, dix millions que l’on paye à rien foutre (...) ». Libé a beau parler d’un « dérapage », en réalité ce n’en est pas un. Alors que le racisme ordinaire se répand sans modération sur le forum officiel du débat, Copé, président du groupe UMP à l’Assemblée nationale, approuve : « On va libérer la parole » et Guaino salue l’initiative comme une « thérapie ». Pour rester dans le lexique médical, on attend pour bientôt la purge. Des propos qu’on voudrait croire inconscients mais qui sont en réalité lourds de sens. L’immigré, réduit à un corps étranger, est perçu comme une menace pour une identité nationale qu’on en vient à définir en termes de pureté.
Non, il ne s’agit pas de « dérapages » : le débat Besson joue sur les peurs, les fantasmes, il les encourage, leur donne une forme de légitimité, justifie l’injustifiable. Parce qu’elle fabrique de toutes pièces des frontières artificielles entre les hommes, l’idée nationale est consubstantielle au racisme.
28 novembre 2009
"Français d'abord", est-ce si sûr ?
Le sondage TNS Sofres pour la Croix (17-18 novembre 2009) nuance sérieusement, voire contredit l’idée selon laquelle l’identité nationale irait de soi, ne souffrirait aucune réserve. Si 68% des sondés affirment se sentir avant tout Français, ils ne sont plus que 38% à faire le même choix lorsque la question leur offre plusieurs réponses possibles. Dans ce cas, 21% se sentent d’abord habitants de leur ville, 14% habitants de leur quartier et même 11% citoyens du monde. Chiffres, qui, dans le contexte actuel, ne manquent pas d’intérêt, démentant l’unanimisme habituellement opposé aux détracteurs de l’idée nationale.
« De manière générale, qu’est-ce qui, selon vous, rapproche le plus les gens entre eux ? », à cette question pertinente, parce que constitutive de l’identité collective, seuls 10% répondent que c’est la nationalité contre 41% le milieu social. Un sondage qui renvoie dans les cordes la désormais célèbre circulaire Besson aux préfets et ses questions exprimant comme des évidences ce qui n’est que le choix personnel du ministre. « Pourquoi nous sentons-nous proches des autres Français même sans les connaître ? » demande Besson. Alors que la question est tournée de telle sorte qu’on ne puisse rien lui opposer, 41% montrent qu’ils ne sont pas dupes : privilégier l’identité nationale à l’identité sociale permet de donner le change, de tenter d’étouffer le sentiment d’injustice et les contestations qui en résultent. Le débat Besson est un moyen comme un autre (avec la grippe A...) de passer sous silence les chiffres toujours plus mauvais du chômage ou des déficits sociaux.
Bien sûr, il ne s’agit pas d’attribuer à cette enquête plus de valeur que n’en méritent habituellement les sondages mais il faut bien considérer que, de leur côté, les zélateurs de l’identité nationale n’ont le plus souvent pas grand chose d’autre à proposer qu’un argumentaire qui relève de l'irrationnel ou de la foi révélée plus que de la raison.
Une première reculade pour Besson
C’est une bonne nouvelle : le blog le Monde, « Combats pour les droits de l’homme », annonce aujourd’hui que la circulaire Besson aux préfets organisant le débat sur l’identité nationale avait été retirée du site circulaire du gouvernement « suite à un article de Rue89 et à une tribune publiée dans le Monde » . Cette tribune rédigée par plusieurs chercheurs et intellectuels dénonçait tout spécialement le racisme larvé du document, notamment dans ce passage : « Comment éviter l’arrivée sur notre territoire d’étrangers en situation irrégulière, aux conditions de vie précaires génératrices de désordres divers (travail clandestin, délinquance (...) ? »
Pour l’instant, mais je ne suis pas juriste, je ne vois pas trop la portée pratique du retrait de la circulaire, même si le blog précise qu’ « elle n’est plus applicable depuis cette nuit ». Alors que la circulaire n’avait suscité que bien peu de réactions politiques ou médiatiques, cet épisode illustre néanmoins le fait que face à l’injustice et à la brutalité, on n’a toujours qu’un tort, celui de se taire, que la fatalité n’existe pas, ou, comme le disait Romain Rolland, « la fatalité, c’est ce que nous voulons, c’est aussi, plus souvent, ce que nous ne voulons pas assez ».
Au passage, les fidèles lecteurs de Journal d’école n’auront sans doute pas manqué de relever que la circulaire Besson faisait l’objet d’une analyse sur ce blog dès le 7 novembre. L’existence de cette circulaire avait été dévoilée par François Nadiras qui fournit un remarquable travail de collecte d’informations pour la Ligue des droits de l’homme à Toulon.
Bon, j’ai au moins une certitude : Besson ne lit pas mon blog. Mon ego en est meurtri...
19 novembre 2009
Besson confond Victor Hugo et Guaino
Besson ou l’intox permanente. Dans un entretien à RMC et BFM TV, il n’a pas hésité à faire dire à Victor Hugo : « la France, la nation, c’est un passé pour se tourner vers l’avenir », paroles sans doutes extorquées sous la torture car l’écrivain n’a jamais rien dit de semblable. Interrogé par un journaliste du Monde, les services de Besson sont bien incapables de citer leurs sources. Ils ont dû confondre avec Guaino.
Pour connaître la pensée de Hugo sur le sujet, le mieux, sans doute, est de lui donner la parole. Par exemple, dans un discours prononcé le 4 septembre 1869 pour le Congrès de la paix à Lausanne (et retranscrit plus tard dans Actes et paroles), il s’exprimait ainsi :
“La civilisation tend indiciblement à l’unité d’idiome, à l’unité du mètre, à l’unité de la monnaie et à la fusion des nations dans l’humanité, qui est l’unité suprême (…) La première des servitudes, c’est la frontière. Qui dit frontière, dit ligature. Coupez la frontière, ôtez le douanier, ôtez le soldat, en d’autres termes, soyez libres ; la paix suit (…) Qui a intérêt aux frontières ? Les rois. Diviser pour régner. Une frontière implique une guérite, une guérite implique un soldat (…) De cette frontière, de cette guérite, de ce soldat, sort toute la calamité humaine”.
On le voit, entre un Besson qui ne s’embarrasse pas de scrupules pour remplir ses poubelles nationales et un Raoult qui voudrait instaurer une obligation de réserve pour les écrivains, la littérature est bien malmenée. Si d’ailleurs, Hugo revenait sur terre en ces temps troublés, il risquerait fort de se voir jeté dans un charter pour Jersey, au nom de la défense de l’identité nationale.
12 novembre 2009
A la Chapelle-en-Vercors, le débat identitaire tombe le masque
Avec les effarants propos tenus aujourd’hui par Sarkozy sur l’identité nationale (Le Monde, 12/11/2009), le débat Besson tombe le masque et donne à voir un racisme ordinaire qui ne se cache même plus. Amalgamant dans la confusion la plus totale des notions qui n’ont rien à voir entre elles – nationalité, civilisation, valeurs, mœurs, religion et, bien sûr, délinquance – il a une fois de plus mais sans le nommer, stigmatisé l’Islam pour sa « confusion du spirituel et du temporel » - allusion qui ne manque pas de piquant dans la bouche du chanoine de Latran – qui « asservit les femmes » en leur faisant porter la burqa. Burqa, femmes asservies, confusion du spirituel et du temporel : le chef d’état d’un pays qui s’affiche laïque, conforte et entretient obstinément toute une partie de la population dans sa phobie d’une religion et des millions de pratiquants qui vivent, travaillent en France pacifiquement et dans le respect des lois.
Un discours de guerre civile et qui sème la haine.
Sarkozy a également estimé qu’on ne pouvait pas « vouloir bénéficier de la Sécurité sociale sans jamais se demander ce que l’on pouvait faire pour son pays » ou « vouloir bénéficier des allocations chômage sans se sentir moralement obligé de tout faire pour retrouver du travail ». Mais que viennent faire ici ces digressions intempestives et malhonnêtes sur les déficits sociaux ? Quel rapport avec l’identité nationale, sinon que, pour Sarkozy, tout étranger est un fraudeur en puissance, qui vit aux crochets des Français de souche.
Sur l’école, enfin, des accusations venimeuses visant les élèves issus de l’immigration : « On ne peut pas vouloir profiter de la gratuité des études qui est l’une des plus belles conquêtes de la République et ne pas être assidu aux cours, ne pas témoigner de la considération pour ses professeurs, ne pas respecter les bâtiments qui vous accueillent ». Des propos inadmissibles cherchant à faire croire que l’absentéisme ou les incivilités seraient le fait principalement des élèves immigrés.
Avec ce nouveau discours hideux et irresponsable, Sarkozy déshonore l’école. Les enseignants et leurs organisations représentatives se déconsidèreront s’ils ne dénoncent pas sans détours une opération de communication dont les racines et l’inspiration sont à chercher du côté des pires idéologies.
C’est à la Chapelle-en-Vercors, haut lieu de la résistance au nazisme, que Sarkozy a pris la parole. Avec l’instrumentalisation de Guy Môquet, une insulte de plus adressée à la Résistance.
11 novembre 2009
Le Bescherelle, nouveau symbole identitaire
Avec Bentolilla, le concept d’identité nationale compte un fervent défenseur. Dans une tribune au Monde, l’ancienne éminence grise de Darcos, co-responsable avec Brighelli des programmes de primaire et adepte des fameuses « leçons de mots » pour les élèves de maternelle, pourfend le « particularisme identitaire » qui sape les fondements de notre beau pays. Derrière la formule, chacun aura reconnu la bête noire, la phobie du linguiste : les jeunes de banlieue qui croupissent dans un « petit périmètre de communication » qu’on a eu l’insigne faiblesse de leur concéder. Par leur faute, la France risque de devenir « un conglomérat de groupes imperméables les uns aux autres, prêts à tous les affrontements, à toutes les violences ». On en frémit à l’avance.
Comme tous les tenants de l’identité nationale, Bentolilla se révèle incapable d’imaginer d’autres facteurs de désintégration de la société que l’opposition de classes d’âge ou de couleur de peau qui s’extériorisent, de temps en temps, en violences urbaines largement médiatisées. Mais que la société soit mise à mal par le chômage ou des conditions de travail toujours plus précaires, que le déclassement social soit également à l’œuvre chez les petits retraités ou en milieu rural, cela n’émeut pas particulièrement notre distingué universitaire. L’identité nationale a principalement pour fonction d’occulter les intérêts de classe au profit d’une unanimité de façade. Pauvres, chômeurs, intérimaires, caissières de supermarchés, suicidés de France Télécom, banquiers, grands patrons ne sont-ils pas Français d’abord ?
Pour Bentolila, la société ne sera sauvée que par l’orthographe et le plus-que-parfait du subjonctif. Sa péroraison vaut son pesant de tartuferie : « Etre capable de vigilance et de résistance contre toutes les utilisations perverses du langage (...), voilà ce qui fonde notre unité nationale, voilà ce qui fait que nous sommes citoyens d’une république laïque et fraternelle. » République laïque et fraternelle ? Derrière la vacuité de la leçon de mots, un bien réel projet politique, à base de conservatisme social et de brutalité xénophobe.
07 novembre 2009
Débat Besson : une police des étrangers et une police de la pensée au service de l'identité nationale
Pire que tout ce qu’on imaginait. La circulaire envoyée par Besson aux préfets dans le cadre du débat sur l’identité nationale décline jusqu’au ridicule tous les stéréotypes traditionnellement attachés à ce type de question. Avec au final un acharnement, une obstination lourds de menaces pour les libertés.
En affirmant dans le préambule que le débat « répond aux préoccupations soulevées par la résurgence de certains communautarismes, dont l’affaire de la Burqa est l’une des illustrations », Besson accrédite d’emblée la thèse de la menace islamique, même si, comme on le sait, l’Islam est étranger à cette tradition vestimentaire, en outre extrêmement marginale en France. Mais les limites du débat ont au moins le mérite d’être clairement définies : comment protéger l’identité nationale de la menace étrangère ?
De façon perverse, car dissimulée derrière des interrogations qui, sous une apparence ouverte, ferment en réalité le débat, le questionnaire adressé aux préfets énumère, dans une logorrhée aberrante et confuse, tous les fantasmes du ministre de l’immigration : « la cohabitation entre communautés vivant séparément est-elle possible dans notre République/ dans notre Nation ? Notre République/ notre Nation est-elle multiculturelle ? » (§1.7). De l’immigration à la délinquance, il n’y a qu’un pas, franchi sans scrupule par un ministre qui, à travers le débat, cherche à légitimer sa politique de rafles policières et de camps d’internement : « Comment éviter l’arrivée sur notre territoire d’étrangers en situation irrégulière, aux conditions de vie précaires génératrices de désordres divers (travail clandestin, délinquance) et entretenant, dans une partie de la population, la suspicion vis à vis de l’ensemble des étrangers ? » (§1.7).
Pour Besson, si l’identité nationale est mise à mal par le communautarisme « ethnique, racial, religieux, social », il n’imagine pas que l’exaltation du sentiment national soit une forme de communautarisme. Décidément obsédé par « les signes ostentatoires d’appartenance religieuse », il s’interroge : « la République doit-elle aller plus loin dans la lutte contre le communautarisme », confondant dans un même regard « appartenance religieuse » et « communautarisme » (§1.8). Ne nous voilons pas la face : le Musulman, réduit à son particularisme, sera toujours inassimilable...
Lutte contre l’immigration d’un côté, et de l’autre, promotion d’une identité nationale tellement ringarde que le débat vire au pathétique. Pour Besson, la définition de cette identité est à chercher dans une consternante liste de propositions, inspirée par Déroulède ou par le Café du commerce.
Parmi les items constitutifs de l’identité nationale (§1.2), on note en vrac « nos valeurs » - mais on ne sait pas lesquelles ; « notre histoire » - l’histoire de qui ? Des Capétiens directs, des paysans bas-bretons, des maçons italiens ou des petits Maghrébins dont la famille vit en France depuis un demi-siècle ? Il faut bien sûr rechercher le désir de vivre ensemble à travers « notre art culinaire, notre vin, notre art de vivre » ou dans un patrimoine exclusivement chrétien, « nos églises et nos cathédrales » : les mosquées, les synagogues ou les temples protestants ne peuvent évidemment prétendre au qualificatif de patrimonial. Curieusement, le questionnaire prend la forme surannée des catéchismes d’autrefois, appris par cœur, dans lesquels chaque question induit la réponse attendue.
On le préssentait depuis le début, cette circulaire aux préfets le confirme : le débat est biaisé. A aucun moment, le questionnement sur l’identité nationale n’offre la possibilité de dépasser le cadre étroit voulu par le ministre. « Le débat – affirme le préambule – doit aussi faire émerger (...) des actions permettant de conforter notre identité nationale et de réaffirmer les valeurs républicaines et la fierté d’être Français ». Nulle part, il n’est suggéré que les « valeurs républicaines » n’ont rien à voir avec une conception étriquée et obsolète de la nation dont il faudrait nécessairement être fier ou que ces valeurs seraient même singulièrement mises à mal par la politique économique et sociale de l’actuel gouvernement.
La nécessité de réaffirmer la fierté nationale apparaît en filigrane tout au long du document à travers ses aspects les plus caricaturaux mais aussi potentiellement lourds de menaces pour les libertés individuelles : il s’agira ainsi ( § 2.3) de « mettre en place dans l’ensemble des 100 préfectures et 350 sous-préfectures des cycles d’instruction civique ouverts à tous : élèves et parents d’élèves, associations, centres de loisir (...) Donner à tous les enfants de France l’occasion de chanter au moins une fois par an la Marseillaise (...) Accroître la place des symboles (drapeau, Marianne) dans l’ensemble des édifices publics ». Pour les récalcitrants, on veillera à « imposer [c’est moi qui souligne] le respect des symboles de la Nation » (§1.13) : par la prison, la contrition publique ? Rappelons au passage qu’aujourd’hui l’ « outrage aux symboles nationaux » est déjà punissable de six mois de prison et de 6500 euros d’amende. Le crime de blasphème n’est pas loin. Les intellectuels, sociologues, historiens, se voient quant à eux sommés de s’expliquer publiquement sur le « malaise » que génère chez certains d’entre eux, la question de l’identité nationale (§1.12).
On le voit, ce qui se met en place, à travers ce débat mystificateur, c’est, parallèlement au renforcement de la police des étrangers, une inquiétante police de la pensée : la liberté de conscience, voire la liberté de parole, sont bridées au nom d’une prétendue défense de l’identité nationale. Le ministère de l’immigration et de l’identité nationale qui, avec Hortefeux, limitait son action – certes avec brutalité – à la chasse aux étrangers, s’arroge aujourd’hui avec Besson des prérogatives dans la formation civique et morale des citoyens. Une formation étayée sur les pires égarements de l’extrême-droite.
« Pourquoi nous sentons-nous proches des autres Français, même sans les connaître ? », interroge Besson (§1.1). Il est vrai que si les Français connaissaient mieux certains d’entre eux, ils auraient toutes les raisons de s’en méfier.
La circulaire Besson est en ligne sur le site de la Ligue des droits de l'homme - Toulon : http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article3572
04 novembre 2009
Débat Besson : l'école aussi
Comme il était prévisible, Chatel vient de confirmer que le débat Besson allait être étendu à l’école, les enseignants réquisitionnés pour participer à une opération de communication aux relents racistes et xénophobes. Cette annonce peut être mise en parallèle avec la dernière sortie d’Hortefeux sur la nécessité d’instaurer un couvre-feu pour les « mineurs-délinquants » : à l’approche des échéances électorales, la pêche aux voix d’extrême-droite est lancée et les fonctionnaires, qu’ils soient policiers, magistrats, personnels des préfectures ou enseignants, sommés de s’y joindre.
On attend la réaction des principaux intéressés (avec celle des familles, quand même) : accepter sans rien dire de voir leur mission éducative gangrenée par de sordides considérations identitaires, c’est, d’une certaine manière, perdre son âme.