10 novembre 2007
Aux détrousseurs de cadavres et aux imposteurs
Il paraît que sur ordre du gouvernement (Laporte ? Hortefeux ?), une minute de silence doit être observée le 11 novembre au cours de toutes les compétitions sportives. En l’honneur des morts. Pauvres fous. A ceux qui se laissent berner par « tous ces salauds de massacreurs au verbe haut qui réclament du sang à cor et à cri », on recommande chaudement la lecture ou la relecture du roman de Dalton Trumbo, Johnny s’en va-t-en guerre, dont le héros est un soldat américain de la Pemière guerre mondiale. Encore et toujours d’actualité. Et même plus que jamais.
« Vous entendrez toujours de gens qui sacrifient volontiers la vie des autres. Ils font beaucoup de tapage et ils n’arrêtent pas de parler. Vous en trouvez dans les églises et les écoles et les journaux et les corps législatifs et les congrès. C’est leur métier. Leurs paroles sonnent bien. La mort plutôt que le déshonneur. Le sol sanctifié par le sang. Ces hommes qui sont morts noblement. Ils ne sont pas morts en vain. Nos glorieux morts.
Hmmmm.
Personne n’est-il jamais revenu d’entre les morts un seul mort sur les millions qui se font tuer n’est-il jamais revenu pour vous dire mon dieu que je suis content d’être mort parce que la mort vaut toujours mieux que le déshonneur ? Ont-ils dit je suis content d’être mort pour sauver la démocratie dans le monde ? Ont-ils dit je préfère la mort à la perte de la liberté ? L’un d’ eux a-t-il jamais dit je songe avec joie que j’ai eu les entrailles arrachées pour l’honneur de mon pays ? L’un d’eux vous a-t-il jamais dit regardez moi je suis mort mais j’ai péri pour défendre la morale et cela vaut mieux que d’être vivant ? L’un d’eux vous a-t-il jamais dit me voici il y a deux ans que je pourris dans la tombe en pays étranger mais c’est magnifique de mourir pour sa patrie ? L’un d’eux vous a-t-il jamais dit hourra je suis mort pour l’honneur des femmes et j’en suis heureux voyez commme je chante bien que j’aie la bouche tout obstruée de vers ?
Personne en dehors des morts ne sait si toutes ces idées dont parlent les gens valent la peine qu’on meure pour elles ou non. Mais les morts ne parlent pas. Aussi toutes les paroles sur la noblesse de la mort et le caractère sacré du sang versé et l’honneur sont-elles mises dans la bouche des morts par des détrousseurs de cadavres et des imposteurs qui n’ont pas le droit de parler au nom des morts. Si un homme dit plutôt la mort que le déshonneur c’est un sot ou un menteur car il ne sait pas ce qu’est la mort (...) S’il est assez sot pour croire que la mort vaut mieux que le déshonneur qu’il se mette sur les rangs et qu’il meure. Mais qu’on laisse donc les petits gars tranquilles quand ils sont trop occupés pour aller se battre. Et qu’on laisse également les gars tranquilles quand ils disent que préférer la mort au déshonneur c’est de la foutaise et que la vie est plus importante que la mort (...).
Et tous les gars qui sont morts tous les cinq millions ou les sept millions ou les dix millions qui sont allés au front et qui sont morts pour sauver la démocratie dans le monde pour rendre le monde propice à l’épanouissement de mots creux qu’ont-ils éprouvé au moment de mourir ? Qu’ont-ils ressenti quand leur sang s’est répandu dans la boue ? Qu’ont-ils ressenti quand ils ont été touchés par les gaz qui leur ont rongé entièrement les poumons ? Qu’ont-ils ressenti quand ils gisaient dans les hôpitaux en proie à la folie et qu’ils regardaient la mort droit en face et qu’ils la voyaient arriver et les emporter ? (...) Ils sont morts en pleurant en leur for intérieur comme des gamins. Ils ont oublié pourquoi ils se battaient pourquoi ils mouraient. Ils pensaient à des choses qui sont à la portée des hommes. Ils sont morts en souhaitant ardemment la présence d’un visage ami. Ils sont morts en réclamant dans leurs gémissements la voix d’une mère d’un père d’une femme d’un enfant. Ils se sont éteints la mort dans l’âme en aspirant à jeter un dernier coup d’œil à leur maison natale je vous en supplie mon Dieu rien qu’un coup d’œil. Ils sont morts en se lamentant et en soupirant après la vie. Ils savaient à quoi il fallait attacher de l’importance. Ils savaient que la vie c’est tout et ils sont morts dans les cris et les sanglots. Ils sont morts avec une seule idée en tête je veux vivre je veux vivre je veux vivre (...).
Il n’ y a rien de noble dans le fait de mourir. Même pas si vous mourez pour l’honneur (...). La chose qui a le plus d’importance c’est votre vie mes petits gars. Morts vous n’êtes bons à rien sinon à servir de sujet aux discours. Ne les laissez plus vous duper. Ne leur prêtez pas d’attention quand ils vous taperont sur l’épaule en disant venez nous allons nous battre pour la liberté ou quel que soit le mot qu’ils emploieront car il y a toujours un mot (...) Rien n’est supérieur à la vie. Il n’y a rien de noble dans la mort. Qu’y a-t-il de noble à être enseveli dans la terre et à se décomposer ? Qu’y a-t-il de noble à ne plus jamais revoir la lumière du soleil ? Qu’ y a-t-il de noble à avoir le bras et les jambes arrachées ? Qu’ y a-t-il de noble à être idiot ? Qu’y a-t-il de noble à être aveugle et sourd et muet ? Qu’y a-t-il de noble à être mort ? Quand on est mort monsieur tout est terminé. C’est la fin. On est moins qu’un chien moins qu’un rat moins qu’une abeille ou une fourmi moins qu’un vermisseau qui rampe sur un tas de fumier. On est mort monsieur et on est mort pour rien.
On est mort monsieur.
Mort. »
Dalton Trumbo, Johnny s’en va-t-en guerre, 1939, trad. française Actes Sud, 1987.
07 novembre 2007
Roms
On va encore m’accuser de pratiquer l’amalgame mais il y a quand même des informations qui devraient faire réfléchir. En visite au Caire, le ministre roumain des affaires étrangères s’est interrogé publiquement sur la possibilité d’acheter « un morceau du désert égyptien pour y mettre tous ceux qui nuisent à notre image ». Comprenez les Roms. Les morceaux de désert ou de terres plus loin à l’Est, ce n’est quand même pas la première fois dans l’histoire qu’on en parle ; c’est même une vieille tradition, avec les pogroms. Et toujours avec les meilleures raisons du monde. Un peu partout en Europe se multiplient les lois d’exception visant des groupes humains qualifiés arbitrairement d’ « étrangers », quoique vivant en Europe depuis des siècles. En France, préfets, gendarmes et policiers rivalisent de zèle contre les gens du voyage, chose d’autant plus aisée que, généralement, ces derniers vivent en groupes et ne se cachent pas. L’important est de faire du chiffre puisque le président le demande. C’est d’ailleurs là-dessus qu’il a été élu.
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3214,36-975523@51-974215,0.html
02 novembre 2007
A l'école, "nos" ancêtres sont toujours les Gaulois
Les enseignants d’histoire-géographie, soucieux de donner corps, à travers leur pratique quotidienne, aux principes du socle commun de connaissances et de compétences, risquent fort de devoir se livrer à de douloureuses contorsions pour faire concorder ces principes avec les programmes officiels. Après tout, pour qui sait lire, le socle commun offre en théorie de quoi faire bouger une discipline reconnue comme conservatrice, peu encline à évoluer, tout spécialement lorsqu’il s’agit de prendre en considération l’intérêt de l’élève. Ainsi, aurait-on pu se réjouir de voir que, pour le législateur, « la spécificité [du socle] réside dans la volonté de donner du sens à la culture scolaire fondamentale, en se plaçant du point de vue de l’élève et en construisant des ponts indispensables entre les disciplines et les programmes ». L’élève au centre, en quelque sorte ? Le socle s’offre même le luxe de regretter l’attention insuffisante manifestée par l’institution dans les domaines de «l’autonomie et de l’initiative des élèves ». Pour se préparer à leur vie de citoyen, « les élèves devront être capables de jugement et d’esprit critique ». L’école remplit sa fonction lit-on également - lorsqu’elle développe chez l’élève des attitudes « indispensables tout au long de la vie, comme l’ouverture aux autres, le goût pour la recherche de la vérité, le respect de soi et d’autrui, la curiosité et la créativité. » Comment, de même, l’enseignant d’histoire-géographie n’approuverait-il pas l’objectif affiché : « maîtriser le socle commun (...), c’est posséder un outil indispensable pour continuer à se former tout au long de la vie afin de prendre part aux évolutions de la société ; c’est être en mesure de comprendre les grands défis de l’humanité, la diversité des cultures et l’universalité des droits de l’homme, la nécessité du développement et les exigences de la protection de la planète » ? L’histoire-géographie, partie intégrante de la « culture humaniste » doit contribuer « à la formation du jugement, du goût et de la sensibilité. Elle enrichit la perception du réel, ouvre l’esprit à la diversité des situations humaines, invite à la réflexion sur ses propres opinions et sentiments (...) ». En un mot, ces disciplines doivent « ouvrir au monde ». Le socle, dans sa formulation, semblait donc devoir conduire, inéluctablement, à des programmes d’histoire-géographie renouvelés, comme c’est d’ailleurs le cas dans plusieurs matières, visant, en donnant « du sens » aux apprentissages, en ouvrant au monde, à dépasser le cadre étroitement événementiel, trop souvent hexagonal, dans lequel ils sont maintenus.
Malheureusement, à l’Education nationale, les mauvaises habitudes semblent avoir repris la main et les instructions et programmes officiels arrivés jusqu’aux enseignants n’ont plus qu’un lointain rapport avec les principes affichés. Ainsi à l’école primaire, pour le cycle des approfondissements, si le Bulletin officiel (n°5, 12 avril 2007) reprend bien en partie les recommandations du socle, on chercherait en vain dans le programme d’histoire une trace quelconque de cette « ouverture au monde » qui semble n’être plus qu’un vœu pieux. Le programme est exclusivement organisé autour de l’histoire de France, « dans l’ordre chronologique » est-il précisé, c’est-à-dire, pour l’essentiel, la chronologie des régimes politiques et des guerres, chronologie arbitraire et abusive : on est consterné de lire que pour les auteurs du programme, l’Empire romain « succède » à l’Egypte et à la Grèce ou encore « à l’école primaire, le programme commence avec l’entrée de notre territoire dans l’Histoire, c’est-à-dire avec l’arrivée des Grecs et des Celtes ». Leur souci affiché de la chronologie n’empêche pourtant pas nos auteurs de proclamer dans un saisissant raccourci : « Après les invasions [4e-5e siècles], naissance de la France », reprenant avec aplomb les clichés les plus éculés des historiens du 19e siècle, ignorant tous les apports de l’historiographie du 20e siècle. Un peu plus loin, on apprend que le Moyen Age est « une période décisive dans notre passé national, avec le nom même de notre pays (...) ». « Notre territoire...notre pays...notre passé national », cet adjectif possessif martelé avec une insistance puérile et ridicule risque à vrai dire de poser un problème d’identification à une proportion non négligeable de nos élèves, à la peau un peu plus sombre que les autres et dont les ancêtres proches sont à rechercher de l’autre côté de la Méditerranée. Ceux-là n’ont donc ni passé, ni territoire, ni pays, ni histoire ; ont-il seulement une existence réelle ? Quant aux autres, ceux qui ont la peau plus claire, qu’on appelle parfois les Français « de souche », est-il vraiment indispensable à la construction de leur personnalité de leur faire croire à ce mythe mensonger des origines ? Il est vrai, qu’un peu plus tôt, dans le cycle des apprentissages fondamentaux, ces élèves auront pris « progressivement conscience de [leur] appartenance à une communauté nationale à partir de l’écoute de quelques récits historiques et littéraires lus par le maître et en découvrant l’inscription de la France dans un espace géographique ». Dans sa volonté de forger chez chaque enfant une conscience nationale, l’Inspection générale a bien pris soin de gommer tout ce qui pourrait faire tache, comme par exemple, la question de l’esclavage (1), qui n’a plus sa place dans les programmes officiels. C’est également le moment où l’enseignant leur explique « la signification des grands symboles de la France et de la République : l’hymne national, le drapeau (...) ». On ne précise pas si les élèves devront se tenir au garde-à-vous... A l’école de la république, les Africains n’ont pas d’histoire, pas davantage que les Asiatiques, pas davantage que les Américains, sinon lorsqu’ils sont « découverts » par les Européens. L’étranger n’apparaît qu’à travers le guerrier ou l’envahisseur, c’est-à-dire toujours sous la forme d’un danger. Mais où diable la peur, le rejet de l’autre, le racisme et la xénophobie prennent-ils leur source – au moins partiellement – sinon dans l’incapacité d’un système éducatif incapable d’élaborer pour les enfants une approche historique qui ne soit ni fantasmée ni pernicieuse ? En ce début du 21e siècle, les programmes scolaires ne se sont toujours pas détachés du mythe de « nos ancêtres les Gaulois ». Ce qui rend possible n’importe quelles manipulations politiques, comme par exemple les divagations d’un ministre de l’Identité nationale et de l’immigration.
(1)http://journaldecole.canalblog.com/archives/2007/10/01/index.html
31 octobre 2007
Un racisme d'état qui ne se cache même plus
C’est tellement énorme qu’il a fallu relire plusieurs fois. Il y a quelques jours, Hortefeux visite la Cité de l’histoire de l’immigration. Une visite qui, manifestement, ne lui aura pas permis de combler ses lacunes en histoire. « J’ai appris que la France était le carrefour de l’Europe, au cœur des influences latines, germaniques, anglo-saxonnes et celtes » (Libération , 31/10/2007). Hortefeux est décidément brouillé avec les origines : outre qu’il ignore que les Anglo-saxons sont d’origine germanique, il oublie superbement les millions de Français dont les ancêtres proviennent directement d’Afrique. De cette inculture historique, le ministre de la rafle et du drapeau tire cette conséquence politique : « c’est la conscience d’un tel rôle de carrefour qui doit nous conduire à réguler les apports extérieurs ». Restons entre Blancs, en quelque sorte. Reconnaissons au moins à Hortefeux le mérite de dire tout haut ce que, jusqu’à présent, seul Le Pen disait tout haut. L’ennui, c’est qu’Hortefeux est ministre. On attend avec impatience la réaction indignée des ministres « issus de l’émigration ». Mais à force de ne pas démissionner d’un gouvernement « dégueulasse », et donc d’en rester solidaire, les ministres en question montrent qu’elles ne sont ni crédibles – ce qu’on savait déjà – ni honnêtes.
http://www.liberation.fr/rebonds/288382.FR.php
25 octobre 2007
Et après la lettre de Guy Môquet ?
Puisqu’aux dernières nouvelles, le gouvernement semble vouloir pérenniser son initiative Môquet-Sarkozy et l’étendre à l’ensemble de la résistance (1), il n’est pas inutile de revenir sur la journée du 22 octobre. Si le chiffre officiel de 93% de lycées où aurait été lue la lettre n’est pas plus crédible que la plupart des statistiques que donne l’Education nationale, il ne fait guère de doutes que l’opération publicitaire à la gloire du président n’a pas été massivement boycottée par les enseignants, comme on aurait pu le souhaiter. Même si beaucoup n’ont fait qu’assurer le service minimum, on constate à nouveau qu’ils n’ont pas été à court d’arguments pour plier devant la hiérarchie. Pour ma part, j’avoue une fois de plus ne pas comprendre comment des gens qui ont un minimum de jugeote ont pu accepter de faire lire la lettre de Môquet devant leurs élèves par des Anciens d’Algérie ou par des parlementaires qui, le soir même, de retour à Paris, votaient la loi sur l’immigration, la palme revenant aux profs du lycée Michelet à Paris, qui n’ont rien trouvé à redire aux divagations d’un Druon : « je dirai aux élèves : la France est un beau pays qui mérite d’être défendu jusqu’à la mort » (sic). Des profs de Michelet il est vrai à la nuque bien courbe, imperturbables lorsque ce gaullâtre historique les morigène en ces termes : « Les professeurs sont des employés de l’état et ils doivent faire ce que le gouvernement leur demande » (resic). C’était également le point de vue, en 1942, du secrétaire général de la préfecture de Bordeaux, un certain Maurice Papon. Pourtant, si Sarkozy a enregistré, le 22 octobre, ce qu’on peut appeler un semi-échec – cf sa dérobade au lycée Carnot où il était attendu de pied ferme – il faut reconnaître qu’on ne le doit pas principalement aux enseignants qui se sont manifestés sur le sujet tardivement et pas trop fort. Si l’on met de côté « Journal d’école », qui modestement, dès le 17 mai, tentait d’alerter l’opinion (2), il faut convenir que ce sont des historiens, des intellectuels, qui, à des titres divers, ont fait bouger les choses et réussi – un peu – à faire reculer Sarkozy. L’ennui, c’est que ce schéma semble se répéter. La journée Môquet prend place dans une série, qui s’allonge dangereusement, d’initiatives visant à renforcer le sentiment d’appartenance nationale chez les jeunes : Marseillaise obligatoire en primaire, amendement provisoirement retoqué sur les « aspects positifs » de la colonisation, développement d’une culture de guerre à travers les programmes scolaires (3), épuration des programmes d’histoire en primaire avec la suppression de toute référence à l’esclavage etc. Toutes ces mesures, pourtant lourdes de sens, n’ont pas suscité beaucoup de réactions dans les établissements scolaires. Soit qu’on les approuve – pacifisme et non-violence n’ont jamais été des valeurs particulièrement prisées à l’école – soit qu’on les juge insignifiantes. Ce en quoi on a bien tort. Car il faut une bonne dose d’aveuglement pour ne pas se rendre compte que ce matraquage idéologique à destination des scolaires s’est accompagné d’une brutalisation officielle accrue à l’égard des étrangers. Lorsque des individus sont convaincus de former un groupe à part - une tribu, une nation - en permanence menacé par l’autre, il n’est pas très difficile pour un législateur mal intentionné de faire accepter n’importe quoi par l’opinion publique. Les lois sur l’immigration, la répression accrue visant les sans-papiers, les brutalités policières, les comptages etniques ou raciaux, toutes ces dispositions qui, mises bout à bout méthodiquement, donnent à la France un visage sinistre, tout cela trouve sa source, au moins partiellement, dans cette conscience nationale que l’Education nationale cherche, par force, à faire émerger chez les jeunes. La simultanéité entre la journée Môquet et la loi Hortefeux ne résulte pas d’un simple hasard de calendrier : elle montre simplement que patriotisme et racisme sont de nature très voisine. La passivité et la complaisance de nombreux enseignants le 22 octobre ne laissent pas d’inquiéter car on peut douter que le gouvernement s’arrête en si bon chemin.
(2) http://journaldecole.canalblog.com/archives/2007/05/17/index.html
(3) http://journaldecole.canalblog.com/archives/2007/09/16/index.html
24 octobre 2007
Quand nation rime avec obsession (sexuelle)
Où l’on voit que le sang impur qui abreuve les sillons n’est pas qu’une tournure de style.
Dans la Haute-Vienne, préfet, policiers, juges, médecins sont mobilisés sur le cas de deux jeunes Congolaises sans-papiers soupçonnées de vouloir se faire passer pour des mineures. Heureusement, les autorités veillent et nos deux délinquantes se sont retrouvées au CHU de Limoges pour un « test de puberté ». Pensez donc : elles auraient des poils aux aisselles et au pubis et seraient donc majeures, donc expulsables. On notera au passage qu’alors que les hôpitaux sont débordés, il s’est quand même trouvé un médecin pour se prêter à cette sordide opération. C’est vrai que lorsque l’honneur national est en jeu, on n’est jamais trop attentif.
Tout cela nous ramène un peu – désolé d’insister – à l’époque de Guy Môquet, lorsque l’on baissait la culotte des petits garçons pour vérifier quelque chose. Mais on va encore nous dire qu’il n’y a aucun rapport.
http://www.rue89.com/2007/10/24/immigration-apres-ladn-des-controles-au-poil
22 octobre 2007
Finie la comédie
Il est encore trop tôt pour faire le bilan de cette journée . Néanmoins, on relève :
Au chapitre des satisfactions :
- à tout seigneur, tout honneur, Sarkozy, qui devait se rendre au lycée Carnot, s’est finalement dégonflé devant l’opposition qui l’y attendait. Leçon à retenir : ce n’est pas la première fois que Sarkozy recule dès lors qu’il sent en face de lui une opposition résolue.
- Darcos et Dati chahutés. On ne sait pas encore si Dati prévoit la prison ferme pour les chahuteurs.
- Fillon, lui, n’a pas été chahuté : il avait sagement choisi de recevoir derrière les murs de Matignon quelques lycéens soigneusement sélectionnés. On n’est jamais trop prudent.
Au chapitre des confirmations :
- le jeu assez sordide du Parti communiste, qui rejoint Sarkozy dans l’instrumentalisation de l’histoire, sans se rendre compte, qu’en appuyant et en amplifiant le souvenir de Guy Môquet, il ne fait que renforcer Sarkozy. Mais ne soyons pas trop exigeants : la lucidité n’a jamais été le fort de ces camarades. La camarade Buffet, notamment, s’est rendue au Grand-Mesnil où une « journée de résistance aux discriminations » était organisée, avec, en particulier, un tournoi de tennis de table handisport avec des élèves privés d’une jambe, d’un œil ou d’une main. Parmi les organisateurs, de nombreux militants communistes privés de jugement.
- pathétique et drôle à la fois : Chevènement regrettant le laxisme de Darcos et déplorant que les profs qui auraient refusé de lire Guy Môquet ne soient pas sanctionnés.
Pour ce qui est des profs, on attendra encore un peu – qui a lu, qui n’a pas lu ? – et de toutes manières, je n’ai pas l’intention de me livrer à une enquête policière sur le sujet. Je m’en voudrais toutefois, de ne pas signaler au lecteur l’émouvant pélerinage des élèves du lycée agricole public de Laval (53) sous la direction de leurs professeurs à la carrière des fusillés à Châteaubriand. C’est Yoann Vigner, un des profs en question qui relate dans Le Monde (22/10/2007) : les professeurs, écrit-il « ont donc profité de la décision récente du Président de la République » pour organiser ce voyage. C’est bien vrai qu’avant Sarkozy, jamais on ne parlait du nazisme en lycée. Grâce soit rendue à notre chef suprême pour nous avoir ouvert les yeux. Les élèves sont d’autant plus « émus (...) par cette belle leçon de choses » que la leçon en question avait été préparée en collaboration (excusez-moi, je ne trouve pas d’autres mots...) avec l’Office national des anciens combattants, des anciens combattants qui, pour la plupart, ont reçu leurs médailles pour bons et loyaux services rendus contre les fellahs dans le bled. On a les titres de gloire qu’on peut. Ah ! J’allais oublier un détail : l’enseignant en question se présente comme le secrétaire de l’APHG, la fameuse association des professeurs d’Histoire Géographie, bien connue pour son amour de la patrie, de la Marseillaise et des commémorations officielles. Il y a d’ailleurs quelques semaines l’APHG approuvait l’initiative sarkozienne en ces termes : « L’état est dans son rôle en décidant des commémorations qui perpétuent l’Histoire nationale ».
Mais il commence à se faire tard. Tout cela ne doit pas nous faire oublier que, pendant que des profs lisaient la lettre de Guy Môquet avec des trémolos dans la voix, la police continuait de rafler les sans-papiers. Mais cela n’a sans doute rien à voir. Merci l’APHG.
http://www.lemonde.fr/web/imprimer_element/0,40-0@2-3224,50-969612,0.html
Journée Môquet-Sarkozy : et pendant ce temps-là...
20 octobre 2007
Le 22 octobre, ils sont partout
Y a-t-il encore des doutes sur les ressorts cachés des commémorations historiques ? Lundi 22 octobre, c’est toute la presse qui est convoquée pour suivre les ébats patriotiques des ministres sur le terrain. Darcos sera au lycée Bertrand de Born à Périgueux, Alliot-Marie, ministre de la police et des rafles se rend à Calluire, Dati, ministre des prisons et des centres de rétention au collège Guy Môquet à Villejuif, Boutin, ministre de la Sainte-Famille au collège Jean Jaurès de Montfermeil, Marleix secrétaire d’état à la bombe atomique et aux exportations d’armement, traînera des élèves de l’académie de Versailles et du lycée Buffon pour rallumer le gaz à l’Arc de triomphe. Tout cela, bien sûr, sans que les profs des établissements concernés y trouvent à redire... Fillon, lui, recevra des lycéens à Matignon, tandis que Sarkozy est attendu au lycée Carnot à Paris. Tellement attendu, d’ailleurs (1), qu’il n’est pas exclu qu’il se décommande. Courageux mais pas téméraire.
Et pendant ce temps, alors que les lycéens et les profs seront rassemblés au garde-à-vous devant les autorités, les ministres, les préfets, les parlementaires, devant les cohortes d’Anciens d’Algérie, pendant que résonneront les Marseillaise et paroles patriotiques, dans cet ordre glacé et sinistre des commémorations officielles, pendant ce temps-là, donc, des dizaines de sans-papiers continueront à être pourchassés, raflés, brutalisés, défenestrés. La lettre de Guy Môquet, comme d’ailleurs, bien souvent, la mémoire de la Résistance en milieu scolaire, ça sert d’abord à cela : à camoufler les crimes du présent. Le souvenir de la Résistance est trop tricolore pour être honnête. Si l’on en voulait une preuve supplémentaire, il suffit de lire l’entretien accordé par Guaino à Libé (20/10/2007), dans lequel le racisme, la brutalité, l’arrogance du personnage se développent sans retenue (2). Guaino, qui s’était déjà signalé il y a quelques jours par des agressions verbales contre les profs qui refuseront de lire la lettre de Guy Môquet, les accusant d’avoir « une attitude purement politicienne » et de se livrer à « une prise en otage corporatiste, idéologique » (sic).
Le 22 octobre, il faut vraiment choisir son camp.
(1) http://journaldecole.canalblog.com/archives/2007/10/17/index.html : « 22 octobre : les élèves donnent l’exemple »
(2) http://www.liberation.fr/actualite/politiques/286184.FR.php
Journée Môquet-Sarkozy : préparer la riposte
Les prises de position hostiles à l’oukase présidentiel se multiplient depuis quelques jours. Sera-ce suffisant pour réveiller les profs qui, alors que cela fait cinq mois que Sarkozy a annoncé son intention de faire lire la lettre de Guy Môquet, ne semblent pas avoir beaucoup bougé ?
Dans Libé (19/10/2007), on retrouve les historiens du CVUH : «tout est fait pour que l’école fabrique un mythe patriote en lieu et place d’une interrogation critique (...). C’est une cérémonie de monument aux morts qui est prévue dans certains établissements, inventée pour l’occasion » (1). Fort justement – c’est aussi le point de vue que je cherche à développer depuis plusieurs mois (2) - les historiens tissent un lien entre l’instrumentalisation du passé et la politique de Sarkozy : « Tout cela paraît donner à l’exercice mémoriel une double visée : restauration de l’ordre social et restauration de l’unité nationale. L’ordre cérémoniel est la traduction de la lettre aux éducateurs (...). L’union sacrale, dont lrécole doit être la garante , permet ainsi d’effacer toute tache mémorielle : de la responsabilité de l’Etat français dans la déportation et l’extermination des Juifs à la non-reconnaissance des massacres coloniaux, de la répression du 17 octobre 1961 à l’oubli des anciens combattants ex-colonisés etc ... »
C’est aussi le point de vue développé par Jacques Le Goff (3) : « cet acte est typique du sarkozisme : il allie la volonté d’intervenir dans tous les domaines de la vie des Français et l’introduction de la confusion dans le rappel louable de la Résistance à travers un document personnel émanant d’un jeune membre du Parti communiste, qui n’est pas en cause dans cette lettre. »
Enfin, Philippe Watrelot annonce sur son blog (4) sa participation sur ce thème à l’émission Ripostes sur France 5, dimanche soir à 17h45. Un regret toutefois : il faudra se farcir Finkielkraut.
(1) http://www.liberation.fr/rebonds/285866.FR.php
(2) http://journaldecole.canalblog.com/archives/2007/05/17/index.html
(3) http://www.liberation.fr/actualite/societe/285923.FR.php


