Journal d'école

Un regard distancié, très distancié, très très distancié sur l'école et sur le monde. L'école vient de loin, elle peut mener loin. A condition d'en sortir.

04 mai 2008

La chasse aux enfants

Dans Rue89, un article sur Miguel Benassayag, co-auteur d’un livre sur « la chasse aux enfants », qui évoque « l’effet miroir » de l’expulsion des sans-papiers. Où l’on peut lire qu’un enfant de trois ans a été menotté par la police...

Extraits :

« Pédopsychiatre de formation, Miguel Benassayag s'est d'abord penché sur le traumatisme qui irradie l'ensemble des enfants en milieu scolaire. Les enfants de sans-papiers au premier chef. Mais aussi leurs camarades. Car la chasse aux enfants sans-papiers a fait bouger les lignes de l'engagement mais aussi celles de l'autorité. Le regard que les enfants portent aux institutions et notamment à l'institution scolaire, en sort altéré. »

Miguel Benassayag et Angélique Del Rey avec les militants du RESF, La chasse aux enfants. L’effet miroir de l’expulsion des sans-papiers (La Découverte).

Posté par Lubin à 18:37 - Police partout, justice nulle part - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

21 avril 2008

Populisme pénal, populisme scolaire

Idées fixes et obsessions. Dati et Sarkozy poursuivent le détricotage obstiné de la justice des mineurs. Alors que l’ordonnance de 1945 a été modifiée pas loin d’une quarantaine de fois depuis sa promulgation, qu’il ne se passe pas une année sans que ne soient alourdies les peines infligées aux mineurs, le gouvernement juge que ce n’est pas suffisant. Dati, dont la brutalité et l’inhumanité font réellement peur, réunit une commission à ma botte avec pour objectif pas moins que l’abaissement de la majorité pénale, l’emprisonnement des 10-13 ans et, tout bonnement, la suppression de la justice des mineurs (voir le billet de Jean-Pierre Rosenczveig sur son blog). Les colonies pénitentaires du 19e siècle sont de retour. La menace est telle que l’UNICEF vient de lancer un avertissement solennel au gouvernement : les Nations Unies, donc, dont la mission est de protéger les enfants du monde, jugent que le gouvernement français met en danger les enfants de France ! Cette phobie des jeunes qui se manifeste en particulier dans les discours et l’action politiques, dans les médias bien sûr, s’est banalisée à une vitesse d’autant plus remarquable que la délinquance des mineurs, malgré la présentation caricaturale qu’on en fait, ne s’est pas aggravée. Mais dans cette société française vieillissante, le jeune fait office de bouc émissaire. Alors que l’échec du gouvernement est patent dans tous les domaines, il lui reste un seul domaine où son opportunisme fait merveille, où son esprit créatif ne connaît pas de limites : la prison. Camps d’internement pour les étrangers, prison à vie pour les déviants ou supposés tels, prison pour les mineurs. Dati et Sarkozy ne s’arrêteront pas là ; une prison ouverte leur rapporte un point dans les sondages d’opinion.

D’une certaine manière, ce populisme pénal, ou carcéral, est à rapprocher de la politique menée par Darcos, expression, quant à elle, du populisme scolaire. Derrière les discours – et le prétexte affiché de réduire l’échec scolaire, même si Darcos lui-même n’y croit pas un seul instant – il s’agit d’abord de racoler l’électeur par des références à un passé mythique : les écoliers en blouse grise rêvés par Darcos sont le pendant des petits bagnards de Mettray, d’Aniane ou de Belle-Ile-en-Mer qui font saliver Dati et quelques autres. La brutalisation des enfants pour gagner les élections.

Et pendant de temps, la justice vient de relaxer le chasseur qui, en novembre 2004, avait tué Cannelle, l’ourse des Pyrénées. La comparution immédiate, la prison, c’est bien pour les jeunes, pas pour les excités de la gâchette. Surtout que les excités en question votent.

Posté par Lubin à 20:19 - Police partout, justice nulle part - Commentaires [13] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

05 février 2008

Prisons Dati : déjà un mort

Les prisons Dati, les prisons pour mineurs, viennent de faire leur première victime : à l’EPM de Meyzieu (Rhône), un jeune de 16 ans s’est pendu dans sa cellule. Ce qui  n’empêche pas Dati de rester droite dans ses bottes, sur ses talons aiguilles plus précisément, puisque malgré cela une nouvelle prison vient d’ouvrir aujourd’hui à Orvault. Dans les Pays de la Loire, une pétition est en ligne : « la place des enfants n’est pas en prison. » Pour une éducatrice : « On revient en arrière, et, à force de faire du "tout pénal", il commence à y avoir une confusion dans la tête des jeunes entre ce qu'est un éducateur et ce qu'est un surveillant de prison. »

Posté par Lubin à 22:08 - Police partout, justice nulle part - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

30 janvier 2008

A Orvault, des classes à petits effectifs

Ils en ont de la chance, les jeunes pensionnaires de l’EPM d’Orvault, dans la banlieue nantaise, qui doit ouvrir ses portes dans quelques jours (Ouest France, 30/01/2008). Avec un encadrement de deux adultes pour un mineur, à faire rêver n’importe quel prof de l’Education nationale. On n’a pas lésiné non plus sur le coût de la construction : 12,5 millions d’euros. Il faut dire qu’un mur d’enceinte de six mètres de haut et des miradors, ça alourdit tout de suite la facture. L’EPM d’Orvault, c’est en fait le cinquième « établissement pénitentiaire pour mineurs » à voir le jour en France. Avec les centres éducatifs fermés, cette nouvelle trouvaille avait surgi du cerveau de Sarkozy en 2002, sous les applaudissements des nostalgiques d’Aniane, de Mettray, de Belle-Ile- en Mer, des noms qui évoquent les sinistres bagnes d’enfants d’une époque pas si lointaine et qu’on croyait révolue à jamais. On se trompait lourdement : avec le délinquant sexuel et le terroriste nécessairement islamiste, le mineur délinquant occupe désormais une place de choix dans la grande peur des braves gens. Et l’on sait comment tout un arsenal pénal et répressif censé contenir le crime sexuel et le terrorisme, s’est en fait, par glissement, étendu à l’ensemble de la société. Certes, assure l’administration, un EPM n’a rien à voir avec une maison de correction : on ne parle pas de cellules mais de « chambres » et d’ « hébergement ». Mais il y a des miradors, un quartier disciplinaire et les éducateurs sont assistés de surveillants de l’administration pénitentiaire. Et l’on y sera enfermé jour et nuit, dès l’âge de 13 ans. Le Syndicat national des personnels de l’éducation et du social (SNPES) proteste : « Une prison reste une prison. C’est un habillage éducatif. Les juges auront moins de scrupules à enfermer les jeunes ».

Bref, en même temps qu’il impose des économies drastiques à l’éducation, avec les EPM, le pouvoir en place montre où vont ses priorités. Et Dati annonce pour l’année qui vient la construction de 3000 places nouvelles en prison. C’est d’ailleurs la seule de ses promesses électorales que Sarkozy soit en passe de tenir.

Posté par Lubin à 19:54 - Police partout, justice nulle part - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

28 janvier 2008

Justice folle

Lu dans le Figaro (25/01/2008) :

« Une enfant de 9 ans (8 ans au moment des faits...) est poursuivie devant le tribunal de police d'Évry après avoir été verbalisée en novembre 2006 à Champcueil (Essonne) alors qu'elle circulait sans casque sur un miniquad à moteur dont la vitesse ne dépasse pas 10 km/h. Le père de la fillette a expliqué qu'il se trouvait quelques mètres derrière et qu'il avait une télécommande qui lui permettait de couper à distance le moteur de l'engin, non homologué pour circuler sur la voie publique. »

Comme l'affirme, Dati, la chasse aux mineurs délinquants doit être impitoyable.

Posté par Lubin à 21:31 - Police partout, justice nulle part - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

25 janvier 2008

Danger, école !

« Bientôt, tous les enfants en âge d’être scolarisés qui résident en France seront fichés dans le système Base élèves 1er degré. Elaboré en l’absence de tout débat démocratique sur sa finalité, son fonctionnement, ses possibilités de croisement avec d’autres fichiers (police, justice,…), il est en voie de généralisation sur tout le territoire, après une simple déclaration à la Cnil le 24 décembre 2004. Sa mise en place rencontre de fortes oppositions de la part de parents d’élèves – mais nombre d’entre eux ignorent jusqu’à son existence –, d’enseignants, d’associations et d’élus. Des conseils municipaux se sont prononcés contre ce fichage, des parents le refusent, des directeurs d’école sont opposés ou réticents (ils sont alors soumis à de fortes pressions de leur hiérarchie)… mais rien ne semble pouvoir arrêter une administration qui minimise les dangers du système (...) »

A l’initiative du CORRESO (le Collectif Rennais de Résistance Sociale), une pétition est en ligne contre le fichage des enfants (fichier Base élèves). Pétition à signer à l’adresse ci-dessous. Parmi les premiers signataires, Philippe Meirieu, Albert Jacquard, Hubert Montagner...

http://petition.bigbrotherawards.eu.org/

Posté par Lubin à 19:11 - Police partout, justice nulle part - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

21 janvier 2008

Rétention de sûreté : suite et pas fin

Contre la rétention de sûreté, un communiqué du GENEPI, du Syndicat de la Magistrature, du SNEPAP-FSU. A faire connaître sans modération.


« L'appel lancé fin décembre contre le projet de loi de rétention de sûreté par le Syndicat de la Magistrature, le SNEPAP-FSU et le GENEPI a reccueilli aujourd'hui plus de 6000 signatures de particuliers et cinquante organisations syndicales, associatives, politiques s'y sont associées. Le 9 janvier 2008, le texte, amendé et durci, a été adopté à l'Assemblée Nationale (élargissement de son champ d'application et rétroactivité de ses effets.). Le projet sera discuté devant le Sénat à partir du 30 janvier.

La mobilisation doit plus que jamais rester soutenue. Nous vous proposons donc de participer à plusieurs événements pour continuer à manifester votre opposition à ce projet de loi.

- A l'occasion de la contre-rentrée judiciaire organisée par la section régionale du Syndicat de la Magistrature de la Cour d'Appel de Paris, un forum public est organisé sur le thème "Rétention de sûreté : politique de civilisation?" en la présence de Robert Badinter, le mercredi 23 janvier 2008 à 17h30, salle des criées du Tribunal de Grande Instance de Paris, 4 boulevard du Palais, 75005 Paris (Métro Cité). Vous êtes tous invités à y animer les débats.

- Le mercredi 30 janvier 2008, le jour de la lecture du projet de loi devant le Sénat, une conférence de presse sera organisée à 11 heures à la Maison des Initiatives Etudiantes (50 rue des Tournelles, 75003 Paris - métro Bastille). Toutes les organisations signataires de l'appel sont appelées à y participer. A l'issue de la conférence de presse, un grand rassemblement pour diffuser des informations et nos positions sur la question de la rétention de sûreté aura lieu à 14 heures sur la place de la Sorbonne (5ème arrondissement). Venez nombreux si vous souhaitez manifester votre inquiétude face au nouveau projet de société annoncé par ce texte. Des conférences de presses locales auront lieu dans plusieurs villes de France.

N'hésitez pas à diffuser cette information autour de vous. Merci encore de votre soutien.

Amitiés. »

Le Syndicat de la Magistrature, le SNEPAP-FSU et le GENEPI.

Posté par Lubin à 16:01 - Police partout, justice nulle part - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

13 janvier 2008

La nuit des longs couteaux

Ce qui s’est passé l’autre nuit au Palais-Bourbon, avec le vote de la loi sur la rétention de sûreté, montre une nouvelle fois les dérives du discours sécuritaire : dans un hémicycle désert, il s’est trouvé une poignée de parlementaires pour adopter une des lois les plus sinistrement totalitaires que ce régime politique ait jamais votées. L’opposition est surtout venue du monde associatif, rarement des politiques (Badinter excepté, un des rares à faire encore honneur à son parti), et l’opinion publique est restée muette : le jour suivant, les rues étaient noires de monde, non pour dire son indignation mais pour faire les soldes. Le souci affiché de protection des enfants est d’autant moins crédible que les députés ont étendu le champ d’application de la loi à n’importe quel « crime odieux », notion dont le flou n’a rien de juridique mais qui, dans le contexte actuel peut s’appliquer à n’importe quoi. La pédophilie n’aura finalement été qu’un prétexte pour quelques charognards dont les préoccupations sont tout ce qu’on veut, sauf empreintes d’humanisme. Il faut quand même rappeler qu’une large partie de la droite politique et sans doute des électeurs qui vont avec, n’a jamais accepté l’abolition de la peine de mort en 1981. Il y a bientôt  quatre ans, en avril 2004, qu'une trentaine de députés UMP ont déposé à l'Assemblée nationale un proposition de loi visant à rétablir la peine de mort. La chose s’avérant impossible à réaliser en ces termes pour cause d’inconstitutionnalité et d’incompatibilité avec les lois européennes, les nostalgiques de la guillotine ont trouvé l’équivalent : car qu’est-ce que la réclusion à perpétuité sinon une forme de peine de mort ? Depuis bientôt six ans, avec obstination, les parlementaires s’attachent farouchement à démanteler tout ce qui touche aux droits de l’homme. Cette dernière loi sur la rétention de sûreté est-elle un aboutissement ou bien seulement une étape ? L’opinion publique, elle, dort.

Sur ce sujet, on peut lire le point de vue de Jean-Pierre Rosenczveig sur son blog : « Vers la détention à vie des mineurs : bonjour l’espoir ! »

Posté par Lubin à 23:14 - Police partout, justice nulle part - Commentaires [9] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

11 janvier 2008

Pierre, 15 ans, faucheur d'OGM, devant le tribunal

Pierre, 15 ans, faucheur d’OGM, est convoqué mardi au tribunal de Nantes pour être entendu par un  juge (Ouest France, 11/01/2008). Figurez-vous que ce dangereux délinquant, alors âgé de 14 ans, avait participé avec son père à un fauchage de maïs transgénique. C’était en août dernier. Pierre avait été placé en garde à vue et malgré - ou grâce à - son jeune âge, avait eu le courage de refuser le test ADN que les gendarmes voulaient lui imposer. On rappelle au passage que les tests ADN avaient été conçus au départ pour le fichage des délinquants sexuels...comme la rétention de sûreté l’est pour les pédophiles récidivistes. D’ici peu, Pierre risquera la détention à perpétuité. Depuis cinq ans, la dérive prévisible des lois sarkoziennes fait considérer comme délinquance n’importe quelle forme de contestation politique. Pierre ne regrette pas son geste : « Je sais que c’est contraire à la loi, mais là, la loi n’est pas bonne ». La leçon de civisme, c’est lui qui la donne.

Par les temps qui courent, c’est une info qui méritait le détour.

Posté par Lubin à 18:06 - Police partout, justice nulle part - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

09 janvier 2008

Dati fait sa cour au Front national

Si le Conseil constitutionnel ne censure pas la loi sur la rétention de sûreté, c’est à désespérer un peu plus de cette république. Façon de parler, d’ailleurs,  pour quelqu’un qui n’a jamais tenu en haute estime ce régime politique. Mais passons, c’est un autre sujet.

Cette nouvelle loi Dati viole deux principes de base de la Déclaration des droits de l’homme qui, comme seuls les députés UMP semblent l’ignorer, forme le préambule de l’actuelle constitution : la non-rétroactivité des lois et la présomption d’innocence. On est puni pour un délit avéré et non parce qu’un prétendu « expert » vous juge dangereux. La mystification est d’autant plus grossière que des amendements ont été déposés visant à ce que cet enfermement à vie ne touche pas seulement les violeurs d’enfants mais tous les crimes passibles de 15 ans de prison. Or, dans cette France sarkozienne, l’aide à l’hébergement des sans-papiers est déjà passible de 10 ans de prison ! Quand on sait que le fichage génétique initialement réservé aux délinquants sexuels est pratiqué maintenant sur tout le monde, il y a de quoi s’inquiéter. En acceptant d’étendre le champ d’application de la loi à des faits qui n’ont rien à voir avec la défense des enfants, Dati montre qu’elle est surtout préoccupée de flatter l’électorat du Front national qui a fait élire Sarkozy.

Posté par Lubin à 20:10 - Police partout, justice nulle part - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1  2  3  4  5   Page suivante »