Journal d'école

Un regard distancié, très distancié, très très distancié sur l'école et sur le monde. L'école vient de loin, elle peut mener loin. A condition d'en sortir.

16 décembre 2007

Directive de la honte

Alors qu’Hortefeux, avec son arrogance habituelle, plastronne et se montre fier de son œuvre de brute, quinze associations, parmi lesquelles la Cimade, l’Anafé, le Gisti, lancent une pétition pour dénoncer un projet de directive européenne sur l’enfermement et le renvoi des étrangers en situation irrégulière. Contre cette « directive de la honte », on peut signer en cliquant ici.

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15 décembre 2007

Police toujours plus

Un peu partout, les manifestations étudiantes et lycéennes des dernières semaines ont été marquées par des brutales interventions policières. L’utilisation de la police dans les conflits sociaux devient une habitude – il y a quelques heures encore, elle intervenait à nouveau contre les Enfants de Don Quichotte - ce qui remet en toujours davantage en cause sa légitimité. Elle n’est plus au service de la société mais à celui du pouvoir politique. Et hier, à Brest, le tribunal correctionnel a condamné à deux ans de prison ferme un jeune de 22 ans, accusé d’avoir lancé une pierre sur une voiture de police. Comparution immédiate, deux ans ferme, incarcération immédiate. Les juges savent qui sont leurs maîtres. Deux ans ferme, mais à ce tarif, ce devrait être combien pour le policier tirant à bout portant sur un lycéen l’autre jour à Nantes, le blessant grièvement à l’œil ? La police étant rémunérée au rendement, on peut penser que ce fait d’arme lui vaudra une petite gratification de fin d’année.

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03 décembre 2007

Fillon amnésique

« ...il ne faut pas mélanger les fonctions. Les policiers sont là pour arrêter les délinquants (...), pour secourir les victimes, (...) pas pour faire de l’assistance sociale ». C’est Fillon, en visite au commissariat de Saint-Etienne. L’amnésie est sans doute un trait marquant chez les politiciens. Fillon premier ministre a sans doute oublié le Fillon ministre de l’Education qui, avec insistance, se prononçait en son temps pour une présence policière forte à l’intérieur des écoles, sans doute pour « arrêter les délinquants ». Qui n’a jamais vu de ces images dont les JT sont friands, montrant des policiers armés bombant le torse à travers des salles de classe, distribuant avec abondance de fortes paroles civiques ? Au passage, Fillon en a profité pour se lâcher une nouvelle fois sur la jeunesse – enfin, pas toute, une jeunesse « très minoritaire  mais qui doit être combattue avec une extrême sévérité » - celle qui n’aime pas la police. Et d’écouter les doléances de ces policiers sur les jeunes qui ne sont plus ce qu’ils étaient : « les jeunes sont de plus en plus agressifs...on est de moins en moins reconnus, on nous dénigre...ça commence à 13 ans, ils ne nous respectent plus ». Malgré le délit d’outrage à agent de la force publique, dont les tribunaux sont encombrés, on continue à les dénigrer, ces pauvres gens ? Je ne sais si les jeunes sont de plus en plus agressifs, par contre il est certain que les policiers, eux, le sont, avec des bavures en croissance exponentielle. Si je voulais parler comme Fillon, je dirais que les policiers violents sont sans doute extrêmement « minoritaires », à moins, plus vraisemblablement, que la police ne souffre de son instrumentalisation par le pouvoir politique. Ce qui est quand même de sa faute.

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01 décembre 2007

Brutalisation

« Ce qui a été peu relevé c'est la militarisation du mode d'intervention de la police. A Villiers-le-Bel, c'était hallucinant. La systématisation et l'arrogance technologique des forces de l'ordre qui se déploient dans les quartiers atteignent des niveaux inégalés. Les hélicoptères et les drônes ont été de sortie. Sans parler de la quantité, de la masse des moyens engagés, les effectifs déployés  qui renvoient à des états de siège. On passe des simples opérations de police à des opérations de type militaire. Cela renvoie à des événements vieux de plusieurs d'années, dans les anciennes colonies. »

C’est Hamé du groupe la Rumeur qui s’exprime ainsi. Pour ce qui concerne la loi Pécresse, j’ai été très frappé de voir avec quelle facilité, ces derniers jours, présidents d’université et chefs d’établissements ont fait appel à la police, qui est intervenue face aux étudiants et aux lycéens avec des moyens disproportionnés et une brutalité qui – hélas – tend à devenir la norme. Dans le cas présent, même si l’on peut discuter des moyens choisis par les étudiants, il s’agit pourtant d’un conflit social et de rien d’autre :  l’envoi sur place de forces qui, effectivement, ont de plus en plus tendance à emprunter aux militaires leur équipement et un mode d’intervention qui n’a plus grand chose à voir avec un simple maintien de l’ordre, est particulièrement préoccupant. Le gouvernement n’accepte de discuter que sous la pression des événements et dans le même temps, use de moyens démesurés dès qu’il se sent mis en cause. Et Sarkozy voit des voyous partout. Si, comme il y a tout lieu de craindre, cette orientation se confirmait, c’est à l’émergence d’un régime qu’il faudrait bien qualifier de policier que nous assisterions. De toutes manières, il n’y a rien de bon à faire naître la peur et la haine.

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29 novembre 2007

Amara : la voix de son maître

Pour Amara, « le respect de la police, c’est très important », bien plus important, sans doute, que la vie de deux jeunes tués dans un contact pas clair avec la police. Et qui ne sont ni les premiers ni les derniers. En juin dernier, l’appréciation que j’avais portée sur Amara lors de son entrée au gouvernement m’avait valu des commentaires pas spécialement élogieux. Alors que si j’avais voulu rester poli, j’aurais pu dire simplement qu’Amara, c’est vraiment la voix de son maître.

http://www.liberation.fr/actualite/politiques/294633.FR.php

http://journaldecole.canalblog.com/archives/2007/06/20/index.html

PS : une bête panne électrique, ce matin, dans les locaux qui hébergent Canalblog et voilà pourquoi Journal d’école fut muet une partie de la matinée. Mille excuses aux visiteurs.

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27 novembre 2007

Pauvre France...

Qui a tenu ces paroles ? «Ouvrons les yeux: le problème n'est pas économique. Il s'agit en réalité d'un communautarisme ethno-culturel anti-France d'une société étrangère qui s'est constituée sur notre sol, qui se nourrit d'un racisme ordinaire anti-français alors même que ces émeutiers ont la nationalité française». Non, ce n’est pas un militant lepeniste en chaleur mais Jacques Myard, honorable député UMP des Yvelines qui, à propos des émeutes de Villiers-le-Bel, estime qu'on ne règlera pas la crise «à coup de centaines de millions d'euros et d'assistance sociale». «La seule solution consiste à insérer ces délinquants dans de véritables bataillons militaires pour casser ce communautarisme générateur de guerre civile, s'il n'est pas déjà trop tard.» On sait que Myard – qui s’est singularisé, il y a trois ans, en déposant une proposition de loi tendant à rétablir la peine de mort  - n’a jamais fait dans l’analyse ni dans l’humanisme mais il est vrai qu’à l’entendre, on comprend mieux ces émeutes de banlieue et, d’une certaine façon, on leur trouverait même une certaine légitimité.

http://www.liberation.fr/actualite/societe/294079.FR.php

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24 novembre 2007

Cannabis : les apothicaires sortent de leur officine

12 millions de Français reconnaissent avoir fumé du cannabis au moins une fois dans leur vie et, à 17 ans, un jeune sur deux l’aurait expérimenté. Les chiffres sont connus et, pour l’Académie nationale de pharmacie, ils sont « alarmants », comme, bien sûr, sont alarmants tous les chiffres concernant les jeunes. Dans une communication récente devant cette docte assemblée, le Pr Boulu va plus loin : pour lui, il s’agirait même d’une « pandémie », ni plus ni moins, comme le sida ou la peste. Terme fort, très chargé, mais finalement bien dans l’air du temps : aujourd’hui, lorsque des comportements sont en cause, il s’agit de faire peur, de stigmatiser bien plus que d’analyser. Comme les « barbares » ont envahi nos cités, voire l’école, le fumeur de joint est un pestiféré qui, non seulement met sa vie en danger mais également celle des autres. Pour nos pharmaciens, la responsabilité de cette contagion – on s’étonne de ne pas avoir encore entendu le terme d’ « épizootie » - est à rechercher dans la « communication banalisante » qui entoure cette drogue. Là, on est autorisé à se demander si l’auteur de la formule n’a pas un peu forcé sur le beaujolais nouveau, car parler de banalisation dans un pays qui est de loin le plus répressif en la matière ne fait pas très sérieux : banalisation, quand une bonne partie de l’activité de la police et des tribunaux tourne autour du cannabis ? Quand des centaines de milliers de jeunes sont fichés pour quelques grammes de cannabis ? Quand la justice prononce de lourdes peines d’emprisonnement contre des « trafiquants » qui, pour une autre drogue - pastis, prozac etc - seraient simplement qualifiés d'honorables commerçants ou d'estimables pharmaciens ? Dans son delirium punitif, l’Académie de pharmacie va plus loin et cette fois, c’est elle qui fait peur : non seulement une formation doit être dispensée sur ce thème dans les IUFM – on imagine une sorte de « module cannabis » - mais elle recommande aussi de « mener une réflexion sur la pénalisation des discours permissifs à l’égard du cannabis » ( !). Autrement dit, interdire tout débat public sur le sujet et, par exemple, traduire en correctionnelle l’auteur de ce blog pour menée subversive et atteinte à la santé morale et physique de notre belle jeunesse. Ces vieux réflexes pétainistes, dans un pays où l’alcool et les tranquillisants font des ravages en toute légalité, se situent dans une ligne de pensée qui, par les temps qui courent, prend des proportions de plus en plus inquiétantes. On ne compte plus les initiatives tendant à criminaliser les comportements réputés déviants, même les plus bénins, au nom d’on ne sait trop quelle vérité médicale ou scientifique. On prétend traquer les comportements déviants dès la maternelle, isoler le gène de la pédophilie et la prison redevient le lieu d’enfermement des malades mentaux, comme elle l’était par le passé. Il est dans l’ordre des choses que la médecine soigne et que la pharmacie délivre les médicaments mais que médecins et pharmaciens prétendent définir la morale et dicter la loi est parfaitement illégitime.  Et même très dangereux par ces temps sarkoziens.

http://www.vousnousils.fr/page.php?P=data/autour_de_nous/l_actualite_du_jour/depeches_de_l_educat/&key=20071122&key2=071122111603.2omyp3lj.xml

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20 novembre 2007

Ados : y a plus de sous

Près de 15 % des 11-18 ans en situation de grande souffrance. 40 000 tentatives de suicide chaque année. Ce sont quelques-uns des chiffres qu’on peut trouver dans le rapport de Dominique Versini, défenseure des enfants, sur la santé des adolescents. Alors qu’en quinze ans, la demande de soins a augmenté de 70 %, le nombre de lits d’hospitalisation en pédopsychiatrie est passé de 5380 à 1860. 800 postes de psychiatres et 15 000 postes d’infirmiers sont vacants. Seules 18 maisons d’adolescents sont actuellement ouvertes.

Par contre, lorsqu’il s’agit de punir, l’état ne manque pas de moyens : plusieurs dizaines de centres éducatifs fermés ont vu le jour ces dernières années, en attendant les prisons pour mineurs prévues pour bientôt. Initiatives ruineuses et inefficaces mais qui font plaisir à l’électeur. Et, alors qu’il faut parfois attendre un an pour obtenir une simple consultation spécialisée pour un jeune en détresse, les policiers ne manquent pas pour leur tomber sur le dos à la première bêtise. Comparution immédiate, incarcération à l’audience ; là, le délai d’attente est très court et plusieurs milliers de mineurs passent chaque année par la case prison. Il est vrai que, comme Sarkozy ne manquera sans doute pas de le rappeler aujourd’hui à Dominique Versini, pour un jeune, « la meilleure prévention reste encore la punition ».

http://www.liberation.fr/actualite/societe/292469.FR.php

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18 novembre 2007

De la neige en novembre, des policiers dans les facs

De la neige un 18 novembre. Surtout dans la région où je vis, c’est le signe d’un profond dérèglement du climat.

Des policiers dans les facs. Cela fait bien longtemps qu’on ne les y avait pas vus. A Rennes, à Nantes, un peu partout, la police est intervenue pour déloger les étudiants grévistes. A Nanterre, on a vu des étudiants applaudir les flics tabassant d’autres étudiants. C’est le signe d’un profond dérèglement des mentalités chez une génération gavée de séries policières, où le policier est toujours un héros et intoxiquée par la fréquentation quotidienne de journaux télévisés où les caméras sont toujours du côté des matraques. La plupart des lois sécuritaires votées ces dernières années ont été inspirées par les commissariats ; mais la police est aussi devenue l’instrument d’une politique, au service d’un gouvernement. Dans les quartiers réputés difficiles, les services sociaux ont disparu mais les CRS sont omniprésents et, dans toute la France, des milliers de fonctionnaires de police sont occupés à temps plein à traquer les sans-papiers. Il faut bien faire plaisir  à son maître. On peut quand même s’interroger sur le genre de société qui est en train de se mettre en place.

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13 octobre 2007

Jean Valjean : le retour

18 mois de prison ferme pour avoir volé 10 euros. Deux ans  dont 18 mois ferme à un responsable de Don Quichotte à Strasbourg pour une altercation avec un agent de sécurité. Dans toute la France, la justice d’abattage cogne, avec à chaque fois, comparution immédiate, incarcération à l’audience. Enfin, pas pour tout le monde : le parquet de Nanterre a classé sans suite le dossier d’un certain Nicolas S., touchant aux conditions douteuses de l’achat d’un appartement à Neuilly à l’époque où Nicolas S. était maire de la ville. Le maire aurait bénéficié de 750 000 francs de rabais et de travaux gratuits de la part d’un promoteur ami et client de la ville. Autrement dit, Nicolas S. se serait logé confortablement aux frais du contribuable. Mais à Nanterre comme dans les autres tribunaux, le procureur ne s’indigne, ne hurle, ne gesticule, ne se met en colère que lorsqu’il a devant lui des SDF, des sans-papiers, des chômeurs, des jeunes un peu paumés, des moins jeunes à la dérive, des adeptes de la fumette, des Noirs, des Arabes, des gens du voyage etc.

Alors les SDF, les sans-papiers, les chômeurs, les jeunes un peu paumés, les moins jeunes à la dérive, les adeptes de la fumette, les Noirs, les Arabes, les gens du voyage etc savent ce qu’il leur reste à faire pour éviter la prison : devenir maire de Neuilly.

http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3224,36-966128,0.html

http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-823448,36-966269@51-966397@45-1,0.html

http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3224,36-966484@51-966397,0.html

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