22 septembre 2009
"Délicatesse"
Vous me direz qu’il n’y a pas tellement de rapport avec l’école, mais quand même si et même beaucoup. Ce matin, à Calais, pas moins de 500 policiers mobilisés contre 250 migrants. Et Besson, le ministre des rafles et des camps est très fier de lui, félicitant la police pour la « délicatesse » avec laquelle elle a fait son boulot. En d’autres temps, le même Besson aurait sans doute considéré la rafle du Vel’d’Hiv’ comme une action humanitaire.
[Oli Scarff/Getty Images, photo piquée à l'Express]
On peut lire avec profit le point de vue de Pierre Levené, secrétaire général du Secours catholique : « Au lieu de voir ces personnes comme une charge, alors que la plupart d’entre elles sont qualifiées, accueillons-les comme n’importe quel être humain qui a sa raison d’être sur notre terre. »
20 septembre 2009
Défenseure des enfants : faire taire toute critique
Dans une lettre ouverte à Sarkozy, 23 organisations et mouvements éducatifs protestent contre la suppression de la défenseure des enfants. « Nous venons d’apprendre la décision de votre gouvernement de supprimer l’institution indépendante de défenseur des enfants. Nous voulons vous dire notre consternation devant cette mesure qui intervient à quelques jours de la célébration du vingtième anniversaire de la Convention internationale des droits de l’enfant. En effet, le défenseur des enfants a, depuis sa création, fait la démonstration de son utilité et de son efficacité dans la défense et la promotion de tous les droits fondamentaux des enfants vivant dans notre pays. Elle apparaît aujourd’hui comme garante des engagements internationaux de la France sur cette question. Alors que partout en Europe, on s’attache à rendre plus visibles le rôle et les missions des structures en charge de la défense spécifique des droits des enfants, alors même que le Comité des droits de l’enfant de l’ONU recommande à la France, dans son rapport du 22 juin dernier, de « continuer à renforcer le rôle du défenseur des enfants », nous ne pouvons accepter une mesure qui marquerait un grave recul en ce domaine. C’est pourquoi nous vous demandons solennellement de revenir sur cette décision et de rendre à cette instance indépendante toutes les attributions qui sont les siennes pour la défense et la promotion des droits de tous les enfants. » [AGEEM - ANACEJ - CEMEA - CRAP-Cahiers pédagogiques - DEI-France - EEDF - FCPE - FG PEP - FOEVEN - FRANCAS - FSU - GFEN – ICEM - JPA - Ligue de l’Enseignement - OCCE - SE-UNSA - SGEN-CFDT - SNES - SNUipp - Solidarité Laïque UNSA-Education.] Le projet de loi organique, présenté le 9 septembre en conseil des ministres, vise non seulement la défenseure des enfants mais également le médiateur, la Commission nationale de déontologie de la sécurité (CNDS), peut-être même le contrôleur des lieux privatifs de liberté, autrement dit des institutions, qui, à des titres divers, ont eu l’occasion de faire entendre leurs voix contre les atteintes au droit, les brutalités policières, l’arbitraire des l’administration. C’est évidemment plus que ne peut supporter un président à l’orgueil maladif pour qui le caprice et le claquement de doigt sont le mode habituel de gouvernement. Un régime dans lequel la critique se voit ainsi délégitimée est-il encore une démocratie ou, plus sûrement une forme d’autocratie ? Une pétition de soutien est en ligne.
23 décembre 2008
Les droits de l'homme, c'était quand déjà ?
Julien Coupat reste en détention malgré l’avis du juge ; Marchiani, délinquant avéré et actuellement jugé pour trafic d’armes, bénéficie de six mois de remise de peine. Alors que les prisons sont remplies de façon scandaleuse, Sarkozy fait libérer un de ses copains et enfermer qui bon lui semble par lettre de cachet. Une justice à la botte du pouvoir et qui n’a plus honneur ni légitimité.
Dans ce contexte où la désobéissance civile est chaque jour de plus en plus nécessaire, le Collectif pour une dépénalisation du délit d’outrage a lancé il y a quelque jours une pétition hébergée par la Ligue des droits de l’homme.
Extraits :
« (...) parce que l’outrage constitue une aberration de droit (...), parce qu’il est utilisé par les « forces de l’odre » pour couvrir des violences policières de plus en plus nombreuses et insupportables, des abus d’autorité scandaleux, des gardes à vue arbitraires qui font de chaque citoyen (...) un coupable potentiel (...), parce qu’il est utilisé à des fins mercantiles par des policiers, des gendarmes qui arrondissent leurs fins de mois en se portant partie civile (...), parce que l’outrage participe à une pénalisation des rapports sociaux en sanctionnant la parole au détriment du dialogue démocratique, parce que l’outrage concourt à un rétrécissement des libertés individuelles et qu’il est utilisé par le pouvoir sarkozyste comme une arme de répression massive pour bâillonner les luttes militantes, notamment lorsque des citoyens, s’opposant à la traque des sans-papiers organisée par le ministère de l’Identité nationale, se voient traînés devant les tribunaux (...), nous demandons sa dépénalisation (...) »
Pour rester dans le même ordre de préoccupations, on a entendu ça dans la bouche de l’inspectrice d’académie du Maine-et-Loire (Ouest-France, 20/12/2008) : « Quand un enseignant s'exprime au nom de son syndicat, cela fait partie du débat démocratique (...)Il peut aussi parler en qualité de citoyen, à condition de ne pas mettre en avant sa position d'enseignant. Sinon, il sort de son devoir de réserve et la loi ne l'admet pas. » Ainsi, les enseignants seraient privés de la plus élémentaire des libertés d’expression ? On se permet de rappeler respectueusement à madame l’inspectrice que si le devoir de réserve est une obligation des hauts fonctionnaires, il ne s’impose pas aux enseignants. A moins qu’en cette triste fin d’années, le pouvoir n’en soit arrivé à faire un sort à la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen :
« Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi » (article 10).
« La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme, tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi » (article 11).
01 décembre 2008
Un état de droit ?
Quel lien entre une descente de gendarmes dans un collège du Gers, l’interpellation aux aurores d’un journaliste, l’arrestation de plusieurs villageois dans le Limousin ? La Ligue des Droits de l’homme , dans un communiqué, y voit « les dérives de plus en plus inacceptables de pratiques judicaires et policières qui deviennent incompatibles avec un état de droit » :
«Le 28 novembre 2008 à 6h30 du matin, la police sonne au domicile d’un journaliste de Libération.
Il est, devant ses jeunes enfants, menotté, humilié, traité de manière insultante. En garde à vue, il sera contraint de se déshabiller entièrement et soumis à deux fouilles intégrales. Motif : 2 ans plus tôt, un commentaire avait été laissé sur le site de Libération par un internaute à propos d’une procédure judiciaire ; la personne visée par cette procédure avait porté plainte pour diffamation contre le journaliste qui était à l’époque directeur de publication. Affaire banale, la justice de la République en a traité des centaines.
Quelques jours plus tôt, la police recherche en Limousin les auteurs de plusieurs sabotages, dont la ministre de l’Intérieur elle-même reconnaît qu’il n’ont mis aucune vie en danger. Là encore, intrusion violente en pleine nuit dans les domiciles ; fouilles et arrestations d’une brutalité qui a provoqué l’indignation dans toute la région. Les personnes arrêtées, pourtant présumées innocentes, sont présentées à l’opinion comme de dangereux terroristes, en violation délibérée du secret de l’instruction.
Une semaine auparavant, le 17 novembre 2008, 4 gendarmes et un maître-chien font irruption à l’improviste dans dix classes du collège de Marciac, dans le Gers. Sans un mot, le chien est lancé à travers les classes. Les enseignants ne peuvent obtenir aucune explication. Trente jeunes « suspects » sont regroupés dans une salle, fouillés, parfois déshabillés ; leurs témoignages relatent des propos humiliants, menaçants et agressifs face à ces élèves tous traités comme des dealers présumés. En sortant, les gendarmes, qui n’ont rien trouvé, félicitent tous les élèves pour avoir « caché leur came et abusé leur chien ».
Point commun entre ces trois affaires : un journaliste à Paris, quelques villageois en Limousin, quelques dizaines de collégiens dans le Gers, sont présumés être de dangereux malfaiteurs et traités de manière brutale, humiliante et pour le moins disproportionnée par rapport aux missions de la police judiciaire.
Liberté de la presse, présomption d’innocence, droit des justiciables, et simple respect en toute circonstance de la dignité des personnes : qu’est ce qui, dans l’attitude des autorités politiques, laisse croire à des magistrats, à des gendarmes, à des policiers qu’ils peuvent impunément ignorer toutes ces règles constitutionnelles et internationales de protection des droits de l’Homme ?
La LDH considère qu’il est urgent de réagir contre des dérives de plus en plus inacceptables de pratiques judiciaires et policières qui deviennent incompatibles avec l’Etat de droit. »
14 septembre 2008
Tout le pouvoir aux commissariats
« Edvige tient compte de l’évolution de la société (...)Tous les policiers dressent le constat de jeunes toujours plus agressifs et engagés dans l’action violente ». Alors que le mouvement d’oppposition au fichage prend des proportions qu’on n’espérait plus, le Syndicat des commissaires de la police nationale se lâche (Libé, 10/09/2008). Depuis des années, ce sont les policiers qui ont popularisé cette analyse très approximative des « jeunes toujours plus agressifs », alors que l’agressivité et la violence de la police ne font, elles, guère de doute et c’est sur les revendications, les doléances opiniâtres des commissariats que la législation pénale a été bouleversée. Au détriment des droits de l’homme, évidemment.
En démocratie, c’est le Parlement qui vote la loi, le rôle de la police étant de la faire respecter. Aujourd’hui, c’est la police qui inspire directement la loi, le Parlement se contentant de donner une apparence légale à ce qui ressemble de plus en plus à un état policier.
