Journal d'école

Le journal de Lubin sur l'école et sur le monde. L'école vient de loin, elle peut mener loin. A condition d'en sortir.

29 avril 2009

Pour la police, il n'y a plus d'enfants

Un élève de 9 ans interpellé à l’école et placé en garde à vue toute l’après-midi ; des ados « frappés, insultés, gazés et laissés au sol les mains menottées dans le dos » ; des jeunes de 13 ans, entièrement déshabillés et menottés ; des bébés en centre de rétention ; de tout jeunes enfants renvoyés brutalement vers des pays lointains. Les policiers s’offrent bien du plaisir avec les jeunes. Le rapport d’activité 2008 de la commission nationale de déontologie de la sécurité (CNDS) dresse un tableau inquiétant de certaines pratiques policières sur les mineurs. L’interventionnisme croissant de la police, dans des domaines qui ne devraient pas être de son ressort va de pair avec une brutalité qui tend à devenir la règle. Cette dérive est d’autant plus préoccupante qu’elle semble se faire sans rencontrer d’opposition majeure dans le monde politique. « La délinquance juvénile fait l’objet d’orientations de politique pénale de plus en plus répressives, qu’il s’agisse de la loi sur la récidive, de la création du fichier Edvige qui devait permettre d’enregistrer des données personnelles dès l’âge de 13 ans, des propositions de réforme de l’ordonnance de 1945 », précise la CNDS qui rappelle que « ce climat répressif ne doit en aucun cas faire perdre de vue aux forces de sécurité qu’un mineur même délinquant, même dangereux reste vulnérable ».

Une dérive dont on retrouve la trace dans le nouveau code pénal des mineurs en préparation : si la perspective de la prison à 12 ans voulue par Dati semble s’éloigner devant la protestation des professionnels, on constate la disparition bien plus que symbolique du terme « enfant » au profit de celui de « mineur ». Pour Jean-Pierre Rosenczveig, « on entend lutter contre la compassion qu’inspirent les enfants pour permettre la saine répression qu’appellent les mineurs qui violent la loi. En substituant mineurs à enfants, on n’est pas que dans les mots (...) ».

22 février 2009

Justice des mineurs : une réaction constructive

Je fais remonter un commentaire posté hier sur Journal d’école. Alors que le gouvernement ne peut plus dissimuler son incompétence en matière économique et sociale, il s’agrippe avec un acharnement jamais démenti sur ce qui reste son fond de commerce électoral : la peur des jeunes, la prison. Le débat parlementaire sur la réforme de la justice des mineurs approche ; on peut compter sur la majorité pour tenter, avec la prison à 12 ans, de faire oublier tout le reste. Pourquoi se priverait-elle de ce qui lui a toujours si bien réussi jusqu’à présent : la démagogie ?

« Notre site de débat pétition (Quel futur pour les jeunes délinquants) sur la réforme régressive de la justice des mineurs vient de passer la barre des 10500 signatures.

Prison à 12 ans ? impunité ? Responsabilité pénale ? Juger des mineurs comme s’ils étaient des majeurs ? Bon sens ?...Face à ces questions, nous sommes un groupe pluridisciplinaire de professionnels ( avocats, enseignants, magistrats, pédopsychiatres, travailleurs sociaux et responsables de services de protecttion de l’enfance) qui avons décide de témoigner, chacun à sa place, de la complexité des phénomènes de délinquance chez les mineurs. Et nous sommes prêts à expliquer combien, pour être efficaces, les réponses mises en place par la justice doivent être complexes et complémentaires.

L’action est urgente car les dernières informations montrent que le processus de réforme s’accélère. Nous commençons à être sollicités par les acteurs politiques nationaux dans le cadre des préparations aux discussions parlementaires.

Le Newsblog lancé au début février est un forum qui tentera de vous informer au jour le jour des orientations du groupe de travail mais aussi des manifestations envisagées dans toutes les régions de France autour de la réforme de l’ordonnance du 2 février 1945 (possibilité d’abonnement par mail, twitter...pour rester en lien).

Agissons ensemble ! Etendons nos réseaux personnels et professionnels, diffusons l’information et le site auprès de nos partenaires et fédérations ! Alertons nos élus ! »

http://quelfuturpourlesjeunesdelinquants.fr/

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01 février 2009

Quel futur pour les jeunes délinquants ?

« (...) Il faut oser dénoncer le « tout pénal » comme seule réponse politique aux violences individuelles ou collectives des jeunes et refuser le dénigrement du travail de lien que tissent, sur le terrain, les citoyens, les élus, les bénévoles et les professionnels qui sont au contact des enfants et des adolescents en grandes difficultés. Nous proposons de réhabiliter le travail associatif, social, éducatif et thérapeutique, comme corollaire fondamental de l’intervention judiciaire.

Il faut oser dénoncer les sommes qui sont consacrées à l’enfermement des enfants et des adolescents  au détriment des mesures de prévention et d’accompagnement éducatif. Nous proposons de les employer à développer les réponses sociales, éducatives et thérapeutiques aujourd’hui menacées, à soutenir l’aide aux familles, à permettre l’accès aux soins des enfants et adolescents en difficultés et à favoriser les réponses innovantes dans tous ces domaines.

Il faut oser dénoncer l’absurdité du « découpage » de l’enfant ou de l’adolescent en mauvais élève, enfant malade, enfant en danger,  mineur délinquant … et le cloisonnement insidieux des services de l’Education Nationale, des Conseils Généraux, de la Santé et de la Justice,  tout comme le projet, parfois évoqué, de créer un juge des enfants pour les enfants en danger et un autre pour les délinquants. Nous proposons de favoriser le travail en réseau des professionnels et des services pour que l’enfant ou l’adolescent en grandes difficultés soit considéré comme un sujet, digne de la mobilisation des adultes et de la société.

Nous voulons contribuer au débat démocratique qui va s’engager au Parlement pour réformer l’ordonnance du 2 février 1945.

Nous lançons cet appel pour que nos parlementaires prennent en compte nos inquiétudes, nos analyses et nos propositions lors de l’adoption de cette réforme qui engagera notre société sur la façon dont elle veut traiter sa jeunesse. »

Ils se présentent comme « des professionnels issus des divers champs concernés par l’avenir réservé aux adolescents délinquants. » Sur le site Quel futur pour les jeunes délinquants ?, ils s’inquiètent à juste titre du prochain débat parlementaire sur la délinquance des mineurs. Le rapport Varinard dont on a déjà beaucoup parle sur Journal d’école ne préfigure rien de bon. Une pétition est en ligne sur le site du mouvement.

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09 octobre 2008

Mourir à 16 ans

Nabil, 16 ans, s’est donc pendu à la prison de Metz. Mourir à 16 ans en prison. Comme si cette mort honteuse ne suffisait pas, il a fallu que les matons en rajoutent une couche, affirmant que le jeune homme était mort « par jeu » (Libé.fr, 09/10/2008)et Dati, la matonne en chef, s’est montrée à la hauteur de sa monstruosité pathologique, convoquant la presse pour annoncer les mesures qui s’imposent : désormais, lors de leur incarcération, les mineurs feront l’objet d’une « grille d’évaluation des risques suicidaires » (le Monde.fr, 09/10/2008). Les mots manquent pour dire toute la colère que l’on ressent devant un tel cynisme. Depuis des années, les mineurs sont la cible préférée du sarkozisme : « la sanction avant la prévention » (formule officielle) est devenue la règle et, dans le budget de 2009, les crédits de la Prévention judiciaire de la jeunesse sont en chute libre. Il y a eu successivement les centres éducatifs fermés, puis les EPM mais aussi l’incarcération massive des mineurs dans les prisons d’adultes comme c’est le cas pour Nabil. Une prison « modèle » comme n’a pas craint d’affirmer Dati, une prison modèle où quatre détenus se sont suicidés au cours des cinq derniers mois. Mais on n’en a pas fini avec l’acharnement de Dati contre les mineurs et la justice censée les protéger, l’ordonnance de 1945 étant jugée comme responsable de tous les maux de la planète : c’est au retour des maisons de correction qu’on travaille, ce qui parachèvera l’œuvre titanesque de Sarkozy (avec la prospérité économique...) La prison comme seul horizon : le Code pénal s’est alourdi de plusieurs centaines de délits nouveaux, tous passibles de prison. 42000 détenus dans les prisons françaises en 2002, 65000 aujourd’hui : qui osera prétendre qu’on est plus en sécurité pour cela ? Bien sûr, Dati et Sarkozy ne sont pas les seuls reponsables de la mort de Nabil, puisque l’opinion publique, majoritairement, suit et réclame toujours plus. Dans ces conditions, la mort d’un jeune de 16 ans en prison ce n’est pas une fatalité, ce n’est pas un « jeu », cela ressemble plutôt à un suicide assisté ou à un homicide. Mais bien sûr, les responsables ne seront jamais inquiétés.

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18 août 2008

Du bon usage de la mort des enfants

Au cours de ces dernières semaines, la mort accidentelle de plusieurs enfants, crapuleuse ou non, a fait l’objet – en plus d’une présentation médiatique surdimensionnée et souvent racolleuse (TF1 annonçant la mort d’un petit garçon égaré finalement retrouvé sain et sauf, voilà de quoi assurer l’audience d’une chaîne...) – d’une récupération politique obstinée et malhonnête. Après la mort de Valentin, la ministre de la Justice a cru bon se mettre en avant avec un sens du spectacle qui, en ces circonstances, révèle surtout une grande impudeur. Faut-il croire que Dati ait été davantage émue par la mort atroce d’un garçon de 11 ans que le commun des mortels ? Ou plutôt que la mise en scène de la compassion devant micros et caméras cache des préoccupations moins avouables ? Pour Dati, un crime est d’abord l’occasion de vendre sa politique, d’en démontrer les bienfaits même si, comme c’est le cas avec la mort de Valentin, on en perçoit que mieux l’inanité. La ministre a beau vanter les bienfaits de la rétention de sûreté, des peines planchers, du dépistage génétique ou de la vidéo-surveillance, rien de tout cela n’a empêché le meurtre d’un enfant ni même permis de retrouver les coupables. Si ces derniers ont pu être arrêtés assez rapidement, c’est tout simplement, qu’avec leur chat noir tenu en laisse, ils ne se cachaient pas. Prétendre que des techniques de surveillance les plus sophistiquées ou qu’une législation pénale toujours plus répressive seraient de nature à prévenir le passage à l’acte d’un déséquilibré revient à égarer l’opinion publique. Mais il est vrai que, sur ce thème, l’opinion publique ne demande peut-être que cela.

Presque au même moment, un bébé d’un an mourait écrasé par une pierre lancée inconsidérément par deux garçons de 13 et 14 ans. Même si l’intervention de la Justice est  légitime, le drame relevait ici du fait divers et non du fait de société comme on a voulu le faire croire. Depuis la nuit des temps, les garçons, jusqu’à un certain âge, s’amusent à lancer des pierres ; mais aujourd’hui, c’est le signe d’une jeunesse « déboussolée », « sans repères », de parents « démissionnaires » et bien évidemment, d’un système éducatif laxiste qui produit des « barbares ». Face à cette menace, le juge, aiguillonné par son procureur, a trouvé bon de faire emprisonner les deux enfants, menaçant le plus jeune de vingt ans de prison. Incarcération immédiate, vingt ans de prison pour le geste malheureux d’un enfant de 13 ans ! La justice procède-t-elle de même pour un automobiliste responsable d’un accident mortel par imprudence ? Certes non mais on ne peut s’empêcher de penser que dans le cas présent, il s’agit d’abord d’un signal fort adressé à une opinion publique nostalgique des maisons de correction, prompte à dénoncer l’impunité dont jouiraient les mineurs. Impunité d’ailleurs toute fantasmée, puisque, comme on le voit et contrairement au discours rabâché par Dati, à ses invectives contre la justice des mineurs et l’ordonnance de 1945, la justice peut se montrer particulièrement brutale lorsqu’il s’agit des mineurs. On ne doute pas que, dans quelques mois, lorsqu’elle présentera son nouveau projet de loi sur la justice des mineurs, elle saura exploiter ce drame pour arriver à ses fins : condamner les mineurs aussi lourdement que les adultes et flatter au passage une large fraction de l’électorat. Il est d’ailleurs curieux de constater comment, avec Dati, l’enfant-victime est utilisé pour renforcer la peine du coupable alors que l’enfant-coupable se voit refuser l’excuse de minorité.

Mais on se rend bien compte que les enfants morts ne bénéficient pas tous du même statut. A côté des drames tellement détournés à leur profit par des politiciens sans scrupules qu’on pourrait les qualifier de providentiels, il en est d’autres qui ne bénéficient pas du même impact médiatique, vite oubliés parce qu’on ne voit pas très bien quel projet de loi populaire ou démagogique on pourrait en tirer. Par exemple, à Allinges, il y a deux mois, sept enfants, collégiens d’une classe de 5e, ont été tués, coincés dans leur car scolaire à un passage à niveau. Les passages à niveau sont réputés dangereux, les accidents n’y sont pas rares mais on n’a jamais entendu parler d’un plan d’ensemble pour les faire disparaître. Je sais bien qu’il ya quelques jours (le 30/07/2008, sur RMC) le secrétaire d’état chargé des Transports a évoqué une possible solution du problème à l’horizon 2014 (ce qu’on peut traduire, lorsque l’on connaît le sérieux de ce genre de calendrier, par les calendes grecques) mais on a surtout cru comprendre qu’il s’agirait d’équiper les passages à niveau de caméras de surveillance ( !), afin d’identifier les automobilistes engagés une fois les barrières baissées. Mais également, bien sûr, de fournir aux télés les superbes images de corps broyés et déchiquetés dont elles raffolent.  Et pourtant, s’il est un domaine où la puissance publique a l’obligation et la possibilité d’intervenir efficacement pour sauver des vies, c’est bien celui de la sécurité routière. Alors que l’on n’empêchera jamais un déséquilibré d’assassiner un enfant, que rien n’interdira à de jeunes garçons de commettre des imprudences qui peuvent tourner au drame et que, d’une certaine façon, on ne peut guère éviter que des arbres s’écrasant sur un camping tuent des fillettes dormant sous leur tente, les politiciens s’interdisent au contraire d’intervenir là où c’est leur rôle. Sans doute parce que ça coûte cher mais plus vraisemblablement, parce que supprimer des passages à niveau est électoralement moins payant que remplir les prisons, rétablir les maisons de correction voire la peine de mort.

Le gouvernement a fait de la compassion affichée son arme de communication favorite : chaque victime, surtout lorsqu’il s’agit d’enfants, se doit d’être honorée, célébrée, mais à condition qu’on en reçoive quelque chose en retour. Contrairement à l’opinion répandue, il n’est pas du tout certain que notre époque manifeste une plus grande sensibilité que par le passé pour le sort des enfants : après tout, chaque jour dans le monde, des milliers d’enfants souffrent ou meurent de malnutrition, de maladies courantes ou à cause des guerres, au milieu d’une large indifférence. Et en France même, dans le Cotentin, quelque part du côté de La Hague, la surmortalité enfantine par leucémie n’a jamais suscité beaucoup d’indignation ni même d’attention. La mort d’un enfant ne semble digne d’intérêt que lorsqu’elle peut être instrumentalisée en fonction d’un bénéfice politique attendu. Dans le contexte sécuritaire de ces dernières années, ce n’est pas tant la pitié pour l’enfant qui fait réagir que la stigmatisation du délinquant : la mort de l’enfant est le signe du bien-fondé de la répression, même quand la répression tourne à vide comme c’est le cas aujourd’hui.

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02 juillet 2008

Fichés à 13 ans

Le rapport Benisti, sur la détection de la délinquance des enfants, même si on l’a combattu, il y a bientôt quatre ans, on n’ y croyait pas tout à fait. Cela paraissait tellement monstrueux, un peu fou à vrai dire de prétendre traquer la délinquance à la maternelle. A la vérité, on y arrive. Ce gouvernement que plus rien ne semble arrêter, vient d’instituer un nouveau fichier qui pourra contenir des données sur les mineurs de 13 ans « susceptibles de porter atteinte à l’ordre public » (Libération, 02/07/2008). Comme avec la rétention de sûreté, il n’est pas nécessaire d’avoir commis un délit, mais d’être suspecté de pouvoir le faire. Pour justifier cette politique de brutes, Alliot-Marie, comme cela devient une manie dans ce gouvernement, n’hésite pas à manipuler les chiffres : 48% des vols avec violence et 25% des viols seraient le fait de mineurs (déclaration sur RTL aujourd’hui). La ministre de la police cherche ainsi, en entretenant la confusion sur les âges, à accréditer l’idée que la moitié des vols avec violence et le quart des viols seraient imputables aux enfants de 13 ans ! Ce gouvernement qui ne connaît que des échecs depuis un an qu’il est en place, se rattache à son obsession première, celle par laquelle il a remporté les élections : la désignation de boucs émissaires, essentiellement les jeunes et les immigrés. Si la CNIL, les mouvements de défense des droits de l’homme, les mouvements d’éducateurs, s’indignent, on constate une fois de plus l’assourdissant silence de la classe politique sur le sujet. Alors que la LDH dénonce : « le contrôle social tient lieu de politique sociale », la gauche, elle, très majoritairement, se tait.

05 février 2008

Prisons Dati : déjà un mort

Les prisons Dati, les prisons pour mineurs, viennent de faire leur première victime : à l’EPM de Meyzieu (Rhône), un jeune de 16 ans s’est pendu dans sa cellule. Ce qui  n’empêche pas Dati de rester droite dans ses bottes, sur ses talons aiguilles plus précisément, puisque malgré cela une nouvelle prison vient d’ouvrir aujourd’hui à Orvault. Dans les Pays de la Loire, une pétition est en ligne : « la place des enfants n’est pas en prison. » Pour une éducatrice : « On revient en arrière, et, à force de faire du "tout pénal", il commence à y avoir une confusion dans la tête des jeunes entre ce qu'est un éducateur et ce qu'est un surveillant de prison. »

Posté par Lubin à 22:08 - Police partout, justice nulle part - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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