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Journal d'école
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21 février 2008

Lettre ouverte à la défenseure des enfants

J’ai fait parvenir à Dominique Versini, défenseure des enfants, le courrier ci-dessous. [sur Journal d’école depuis le 6 février]

Madame,

au-delà de l’impact médiatique outrancier auquel l’épisode a donné lieu, la gifle lancée par un enseignant à un élève éclaire d’un jour particulier le peu de cas qu’on semble faire en France, tout spécialement dans les établissements scolaires, de la Convention internationale des droits de l’enfant, pourtant signée par la France, mais aussi, plus simplement, du respect le plus élémentaire pour sa personne. Dans son article 19, la convention stipule en effet que « les Etats parties prennent toutes les mesures législatives, administratives, sociales et éducatives appropriées pour protéger l’enfant contre toute forme de violence, d’atteinte ou de brutalités physiques ou mentales (...), de mauvais traitements ou d’exploitation, pendant qu’il est sous la garde de ses parents (...) ou de toute autre personne à qui il est confié ». Bien que le texte de la Convention soit affiché depuis peu dans toutes les salles de classe, le respecte-t-on pour autant ?  Pour une gifle dont le retentissement traverse pour une fois les murs de l’école, combien de brutalités « physiques et mentales », de coups, de vexations, d’humiliations sont le lot quotidien d’élèves qui préfèrent se taire, encaisser sans broncher, parce qu’ils ont peur ou parce qu’ils savent bien que, de toutes manières, leur parole ne sera pas entendue. Cet enfant de 11 ans, maltraité, rudoyé, humilié devant toute la classe, comment devait-il réagir ? L’injure sortie de sa bouche n’est pas venue de rien, elle est la réponse, certes maladroite, à un adulte sorti de son rôle. Dans ces conditions, et même si la gifle qui a suivi peut être imputée à un réflexe impulsif, il est inadmissible que les plus hautes autorités de l’état, derrière le Premier ministre et le ministre de l’Education nationale, aient pu, en apportant leur soutien à l’enseignant fautif, légitimer cette  forme de violence et sembler couvrir à l’avance tous les dérapages dont les adultes se rendraient coupables à l’intérieur d’un établissement scolaire. Alors que ces mêmes autorités n’ont pas de mots assez forts pour dénoncer la violence lorsqu’elle vient des élèves, que la ministre de la Justice réclamait il y a peu « pour les mineurs, une réponse pénale à chaque infraction », on peut quand même s’étonner de la complaisance ainsi manifestée pour la violence lorsqu’elle vient des détenteurs de l’autorité.

Faut-il croire, comme on le soutenait encore il n’y a pas très longtemps, que les coups feraient grandir ou qu’un enfant n’en souffrirait pas ? La campagne lancée dans l’opinion publique suite à cet événement, où, malheureusement, les enseignants ne sont pas les moins virulents, est le signe d’une formidable régression dans le débat éducatif, régression déjà à l’œuvre depuis plusieurs années, par exemple dans les domaines de la pédagogie ou de la justice des mineurs : des pétitions initiées par des syndicats bien mal inspirés, ont ouvert les vannes à un flot furieux de paroles haineuses qui dépassent de beaucoup les deux protagonistes à l’origine de l’histoire. Il ne s’agit plus de défendre un enseignant mais d’en appeler, avec une brutalité invraisemblable, au retour des « bonnes vieilles méthodes », celles d’une époque où l’on pouvait frapper les enfants en toute bonne conscience, en toute impunité. Avec les conséquences que l’on pressent : vous êtes mieux placée que quiconque, Madame, pour constater les dégâts de la violence exercée sur les enfants, à l’école comme à la maison. Et lorsque des enfants meurent sous les coups, lorsque d’autres sont détruits pour la vie, c’est toujours parce qu’au départ il y a eu ces mots criminels : « c’est pour ton bien ! » (1). Votre fonction de défenseure des enfants vous impose, Madame, d’intervenir dans les médias, auprès de l’opinion publique, des autorités, pour faire cesser ce déferlement irresponsable, pour faire en sorte que, dans les établissements scolaires, la Convention des droits de l’enfant soit autre chose qu’une simple affiche placardée sur un mur, pour que l’on comprenne que les coups portés aux enfants ne sont jamais légitimes, que l’adulte n’a pas toujours raison, que l’enseignant peut aussi avoir des comptes à rendre. Il est plus que temps que, dans les écoles « le droit de l’enfant au respect » (Janusz Korczak) soit réellement pris en considération.

(1) Alice MILLER, C’est pour ton bien. Racines de la violence dans l’éducation de l’enfant, Aubier, 1984

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Commentaires
T
Un peu à la manière d'une collègue qui expliquait comment elle avait acquis le réflexe de placer les mains dans son dos dès qu'elle sentait monter en elle une grosse colère, j'ajouterais qu'en ce qui me concerne, j'ai toujours évité les gestes irrémédiables et les réponses inappropriées en prenant une feuille et un stylo... Ce pouvoir était le mien lorsque les mots manquaient aux élèves étouffés par leur violence. C'est ce qui m'a permis de me dire que si j'étais bien seul sur l'instant, je ne le resterais pas longtemps grâce à ces témoignages écrits, quels qu'en seraient les destinataires ultimes, peu importait. Parfois, j'étais d'ailleurs le seul destinataire ultime !<br /> Mais cette seule perspective était souvent suffisante et m'évitait de m'engager sur une pente glissante !<br /> Une façon de prendre du recul en se définissant comme témoin, davantage que comme protagoniste dans le feu d'une action à chaque fois destructrice.
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L
Il faut jeter un coup d'oeil, par exemple, sur le site, très riche, de "Non-violence actualité" :<br /> http://www.nonviolence-actualite.org/revue/guide.htm.<br /> Vous voyez, Aloyse, que vous n'êtes pas la seule à vous poser ce genre de questions.
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L
Merci, Aloyse, pour votre témoignage. <br /> "Avoir du mal à se réprimer", comme vous le dites, est quelque chose qui arrive à chacun d'entre nous, tant il est vrai que nous ne sommes pas préparés à faire face à ce genre de situation. La formation des enseignants est, dans ce domaine, affligeante, ce qui explique bien des dérapages - mais ne les justifie pas. Je vous laisse le lien de la "Décennie internationale d'une culture de la non-violence et de la paix" - c'est un peu long, mais la non-violence, c'est plus difficile que la violence - qui travaille sur le sujet : http://www.decennie.org/links.php?op=viewslink&sid=56<br /> Les organisations et mouvements pacifistes (voir par exemple mes liens en haut à gauche, mais il y en a d'autres) y réfléchissent également. Y réfléchir, c'est déjà un bon commencement...
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A
je suis enseignante et je voudrais réagir à votre message concernant « la gifle donnée par un enseignant à son élève qui l’avait traité de connard ». <br /> Ayant moi-même été un enfant battu, et révolté par ces faits, je réprouve complètement la violence comme outil d’éducation.<br /> Cependant, comme enseignante (en CM2) avec des élèves qui sont extrêmement violents entre eux (insultes graves, bousculades dans les escaliers, coups de pieds, et bagarres sont quotidiens), je me sens souvent dépassée et démunie pour gérer tant de violence. Certains enfants sont très violents parce qu’ils sont eux-mêmes victimes de violences à la maison. Nous essayons alors de les aider par le rappel de la loi, la discussion, la réflexion, et même si c’est difficile, on arrive à les faire progresser.<br /> Mais d’autres élèves sont extrêmement violents par mimétisme avec ce qu’ils voient dans leur cité, parce que les caïds sont violents et sont reconnus comme des chefs. Leurs camarades sont fascinés par ce qu’ils osent faire, et ne protestent même pas (notamment les garçons) quand ils en sont victimes. Et on a beau contacter les parents, ceux-ci ne prennent aucune mesure pour faire comprendre à leur enfant la gravité de leurs actes et paroles. Nous ne sommes pas soutenus dans notre volonté de transmettre les règles. Et alors, ces enfants se fichent complètement de ce qu’on peut leur dire. <br /> Avec ces derniers, il m’arrive parfois d’avoir des réflexes violents que j’ai du mal à réprimer, car je suis très énervée et je ne sais plus quoi faire.<br /> Le problème me semble très grave, et sous-estimé autant par la communauté éducative que par le ministère de l’Éducation Nationale.<br /> Je suis persuadée que toute violence donnée va être multipliée, et plus on attend plus le problème s’amplifie.<br /> Je voudrais vraiment savoir quoi faire pour aider les enseignants à gérer ces problèmes, comment prévoir des lieux où les élèves violents soient accueillis, en dehors des classes, pour traiter le problème, et protéger leurs camarades qui ne devraient pas avoir à subir ces violences quotidiennes. À l’école, les enfants sont les premières victimes des élèves violents, et je voudrais être en mesure de les mettre à l’abri.
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R
Nous ne sommes malheureusement pas beaucoup à nous "lever" pour nos enfants.<br /> <br /> Sur un autre site, un vieux monsieur de 66 ans dit : "de mon temps, on m'aurait obligé à m'excuser et j'aurais pris un pied au cul pour m'apprendre le respect"<br /> Le type ne se rend même pas compte de l'énormité de ce qu'il écrit ! Sic ! <br /> La seule chose qui l'intéresse finalement, c'est que les gosses s'en prennent autant qu'il a du s'en prendre lui! <br /> Alice Miller a encore de beaux jours devant elle :-)
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