Journal d'école

Un regard distancié, très distancié, très très distancié sur l'école et sur le monde. L'école vient de loin, elle peut mener loin. A condition d'en sortir.

22 avril 2007

A force de faire peur

30% pour Sarkozy, 11% pour Le Pen. C’est donc bien chez Le Pen que Sarkozy est allé chercher ses électeurs. Cela, on le sait depuis 5 ans, depuis qu’un ministre-flic s’est mis en tête de reprendre à son compte les pires obsessions de l’extrême-droite. Face à cela, le principal parti dit « d’opposition », s’est, avec une belle constance, montré bien timoré, voire complaisant, ne trouvant pas grand chose à redire à une politique de brutalisation de la société – stigmatisation, coups de matraque, lois d’exception - menée par le parti au pouvoir. Les jeunes, les immigrés, notamment, en ont bavé ; ils vont en baver encore davantage. Et lorsque Sarkozy, avec des accents dignes de Vichy, s’est lancé dans l’apologie de l’identité nationale, son « adversaire », du moins, celle qui se présentait comme telle, n’a trouvé d’autre réponse que renchérir sur  Jeanne d’Arc et les symboles nationaux. Le drapeau tricolore à chaque fenêtre, rêvait-elle ; ce sera Sarkozy tous les soirs à la maison et pendant cinq ans. Le cauchemar. La « démocratie » à la mode 5e république n’est qu’une duperie, une supercherie, un sinistre jeu où il s’agit d’abord de flatter les instincts les plus bas de l’électeur ; faire peur.

Aujourd’hui, moi, je n’ai pas voté. Et d’ailleurs, je ne suis pas inscrit sur les listes électorales. Sans regrets. Mon engagement dans la société, c’est pour demain matin, au collège, comme tous les lundis avec mes élèves. Mais pour combien de temps encore ?

Posté par Lubin à 20:06 - Le monde comme il va (mal) - Commentaires [23] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Je ne comprends pas

Pourquoi ne pas voter ? Tant se sont battus pour cela ! Laisser les autres faire le jeu...
Ton choix est respectable néanmoins, bien sûr, mais ça me peine toujours de voir ça.

Posté par Roxane, 23 avril 2007 à 19:09

si le vote pouvait changer quelque chose, il serait interdit.
voter n'a jamais rien changer.
les véritables changements ne sont pas venus des urnes, mais de la rue.
je ne vote pas non plus. ET vive la Sociale ;)

Posté par El Duende Loco, 23 avril 2007 à 22:17

Alors ne vous plaignez pas

Ne vous plaignez pas qu'on ait Sarkozy et Royal au second tour.

Pour ma part, j'ai fait ce qu'il fallait pour ne pas avoir ces deux-là... certes sans succès...

Mais vous, vous n'avez rien fait. Alors taisez-vous !

Posté par Rodolphe DUMOUCH, 24 avril 2007 à 07:39

Une caricature de démocratie

Ne pas voter, ne pas s’inscrire sur les listes électorales, ne résulte pas d’une négligence ; c’est un choix. S’inscrire sur les listes revient à intégrer une collectivité qui se définit d’abord comme nationale et je m’y refuse ; le jour où les immigrés vivant et travaillant en France depuis des années auront le droit de vote, on pourra envisager la chose différement. Encore que ce n’est même pas sûr : car le corps électoral se déshonore – et avec lui le suffrage universel - à voter massivement pour la première petite frappe de banlieue (chic) venue. Que près d’un tiers de l’électorat apporte son suffrage à un individu aussi peu recommandable que Sarkozy, un menteur, un tricheur, un bonimenteur dévoré d’ambition et prêt à mettre les banlieues (en attendant le reste) à feu et à sang rien que pour arriver à ses fins, tout cela laisse songeur sur les travers de ce qui n’est pas une démocratie mais sa caricature. La démocratie ne peut exister sans la réflexion, l’information et la critique, toutes choses qui font cruellement défaut à un pays où la télé est la seule source où s’abreuvent la majorité des électeurs. La démocratie ne peut exister non plus sans un minimum de sensibilité pour l’intérêt général, ce dont les électeurs se contrefoutent massivement : quand Dominique Voynet fait sa campagne sur l’environnement, le sort de la planète et de ses 7 milliards d’habitants aujourdhui et demain, il ne se trouve guère qu’1% de l’électorat pour l’écouter. Pour remporter les élections, il faut promettre la lune, brailler des cantiques (la Marseillaise) et agiter les oripeaux tricolores. Lorsque, la veille de l’élection, on a vu Sarkozy en Camargue déguisé en cowboy, il avait l’air franchement ridicule, dérisoire. Or il s’est trouvé 10 millions de Français pour lui trouver une stature d’empereur romain. Pitoyable, non ?

Posté par Lubin, 24 avril 2007 à 10:32

A caricature, caricature et 1/2

Ne pas s'inscrire sur les listes électorales est certes un choix (même si votre "refus d'intégrer une collectivité qui se définit d'abord comme nationale" va en fait bien plus loin et me laisse perplexe, venant de la part d'un enseignant, fonctionnaire de la République); mais ce qui est vraiment "pitoyable", lorsqu'on ne s'astreint pas aux règles du jeu, c'est de considérer avec condescendance ceux qui le font, sous le prétexte fallacieux qu'ils n'ont pas voté comme "il aurait fallu". Vous vous en prenez à la démocratie en France parce qu'elle serait une "caricature": c'est votre réaction empreinte de morgue qui en est une.

Posté par Meles, 24 avril 2007 à 11:20

On ne peut pas

attendre que tout aille bien pour se mettre à voter, que les candidats soient des humanistes, que le peuple soit lucide et mûr, bref... Je crois que vous voterez quand ça ne sera plus nécessaire !

Posté par Roxane, 24 avril 2007 à 13:01

On peut quand même imaginer autre chose

On peut se poser la question : voter et, surtout, s'en contenter, n'est-ce pas ce qui freine l'amélioration des sociétés ? N'est-ce pas, non plus, ce qui donne une légitimité aux pires politiques ? Au cours des cinq dernières années, on a accepté, sans trop protester (à part, certains soirs d'automne dans les banlieues ou les manifs ant-CPE), la mise en place d'un pouvoir brutal et aveugle, sous prétexte qu'il était issu des urnes et donc, légitime. Ce n'est pas idiot non plus, de chercher d'autres formes d'action publique. Pour ce qui touche à l'éducation, on sait très bien qu'il n'y a rien de bon à attendre de cette élection : c'est sur le terrain, au sein des établissements, que les choses changeront...ou ne changeront pas.

Posté par Lubin, 24 avril 2007 à 13:19

Si tous les citoyens étaient de "belles âmes" comme Lubin, notons quand même que ça ferait longtemps que nous serions réellement en dictature. Dans ce contexte, ce serait sûrement très sympa, de rechercher "d'autres formes d'action publique"... Par ailleurs, je me permets quand même de signaler que les manifs ( qui sont une forme "autre" d'action publique")d'il y a cinq ans contre le FN, remplies de gens qui n'avaient pour beuacoup pas jugé bon de se déplacer au premier tour avaient quand même quelque chose d'assez dérisoire. Surtout quand on voit ce sur quoi ça a débouché.

Posté par Meles, 24 avril 2007 à 13:28

Alors ne vous plaignez pas
"Ne vous plaignez pas qu'on ait Sarkozy et Royal au second tour.

Pour ma part, j'ai fait ce qu'il fallait pour ne pas avoir ces deux-là... certes sans succès...

Mais vous, vous n'avez rien fait. Alors taisez-vous !"

Qui a dit que je me plaignais? :)
C'est au contraire maintenant à vous de vous taire, vous avez aliéné votre liberté en votant.
Je garde la mienne pour "voter avec mes pieds".

Posté par El Duende Loco, 24 avril 2007 à 18:58

Tiens? En 36, le vote n'a RIEN changé, vraiment? Et vous pensez REELLEMENT qu'à l'heure actuelle, la "rue" fasse changer les choses? Et voter, c'est aliéner sa liberté? Finalement, c'est bien, le ouèbe pédago: on prend des leçons de gauchisme pour pas un rond (alors que les parents d'élèves, eux, casquent déjà un max' pour compenser les ravages dudit pédagogisme dans la vraie vie; on se demande où sont les idiots utiles du libéralisme).

Posté par Meles, 24 avril 2007 à 20:14

Le vote a-t-il entravé en quoi que se soit l'avancée du capitalisme et du fascisme?
Pas à ma connaissance.
On laisse gentiment voter les Peuples en leur donnant l'illusion qu'ils décident.
Pour ce qui est de l'allusion vaseuse au pédagogiste... ce simple terme renvoie à la f(r)ange idéologique la plus réactionnaire de la société. Beurk

Posté par El Duende Loco, 25 avril 2007 à 11:27

It takes one to know one

Que la démocratie ait ses limites, nul n'en disconvient. Mais de là à "voter avec ses pieds" (comme les abstentionnistes de 2002, qui ont changé la face du monde, c'est bien connu) tout en donnant des leçons de morale aux pauvres idiots qui ont voté, il y a un monde. Quant à "l'allusion vaseuse au pédagogiste" (sic), ce n'est pas une allusion, mais une critique. Mais après le mépris, vous vous drapez dans le dégoût et le jeu de mots douteux. Mais après tout, ce n'est pas vraiment étonnant: vous êtes sans doute un vrai "professionnel", vous.

Posté par Meles, 25 avril 2007 à 11:59

"professionnel"? de quoi?
le vote de mes pieds (et de ceux de quelques autres), nous a débarassé d'un facheux CPE, si mes souvenirs sont bons :)

Posté par El Duende Loco, 25 avril 2007 à 12:42

Mais avec ce qui se prépare, je ne saurais trop vous conseiller d'investir dans quelques paires de baskets. Elles ne seront pas de trop pour lutter contre des mesures incomparablement plus "fâcheuses" que feu le CPE.

Posté par Meles, 25 avril 2007 à 14:12

vote et fascisme

réponse à El Duende Loco
Certes le vote n'a pas entravé la marche du fascisme ni du capitalisme, ni même du communisme puisque que rappellons les cocos Hongrois ont perdu les élections en 1945 et en 1947 et ont tout de même réussi à instaurer la dictature. Vous avez raison, le vote ne sert à rien... Seul le pouvoir de la rue permet des choses, à condition d'avoir l'armée d'occupation avec soi.

Tous ces cracheurs dans la soupe démocratique me font gerber et je ne peux que leur souhaiter un séjour a-démocratique à Cuba, en Corée du Nord ou même au Maroc. Pas sûr qu'ils aient même l'electricité (produit du capitalisme tueur, berk) pour faire tourner une bécane pour vomir leurs blogs...

Posté par tartempion, 25 avril 2007 à 16:58

réponse à tartempion
On se souvient de l'élection de 1789 :D

Posté par El Duende Loco, 25 avril 2007 à 17:58

Mais pour combien de temps encore?

"Aujourd’hui, moi, je n’ai pas voté. Et d’ailleurs, je ne suis pas inscrit sur les listes électorales. Sans regrets. Mon engagement dans la société, c’est pour demain matin, au collège, comme tous les lundis avec mes élèves."

Et tu te demandes pour combien de temps encore?
Mais mon pauvre ami, cette démission face à ton droit élémentaire de citoyen te rapproche à toute vitesse de cette échéance !

Comment peux-tu justifier une telle position face à tes élèves?

Comment peux-tu leur dire "il faut changer les choses" et en même temps leur montrer la lâcheté de ne pas se prononcer, de préférer aller à la pêche?

Franchement je ne comprends pas... surtout qu'un vote blanc, une abstention ou une démission de la sorte est forcément en faveur de Sarko... mais je pense toujours et même de plus en plus que ça n'est pas pour te déplaire.

Posté par Impertinences, 26 avril 2007 à 08:32

1789

a permis de vous offrir cette liberté et cette démocratie qu'aujourd'hui vous conchiez, Duende... mais je m'égare, vous êtes surement partisan de la démocratie à la chilienne pinochet ou à la cubaine...

Posté par tartempion, 26 avril 2007 à 09:54

sarko bien sûr

sans le pen ou sarko, que ferait lubin pour exister, se sentir une contenance... sans une grande figure du Père autoritaire contre laquelle se rebeller, que feraient les rebels de la life ???

Posté par tartempion, 26 avril 2007 à 09:57

Confusion des genres

A Impertinences :
ai-je fait part à mes élèves de mes choix politiques et en particulier du refus de m'inscrire sur les listes électorales ? Où avez-vous lu cela ? Si je tiens ce Journal d'école sous un pseudo, c'est justement pour ne pas mélanger les genres.
Sur le fond, j'ai répondu dans plusieurs messages et commentaires.

Posté par Lubin, 26 avril 2007 à 10:32

à tartempion
chaque fois que vous mettez un bulletin dans une urne, vous enterrez cette démocratie dont vous vous gargarisez.
la seule démocratie valable est la démocratie directe. la démocratie représentative est une confiscation de la liberté du Peuple au profit d'une minorité, celle du pouvoir de l'argent.
révolution de 1789 acquise dans la rue, enterrée dans les urnes
les changements réels de la société ne sont jamais venus du réformisme mais de la révolution ou de la grève (les acquis de 36 ne sont pas sortis du vote, mais de la grève générale qui a suivi)
quand à vos allusions chiliennes... je doute vous avoir croisé au nicaragua dans les années 80, époque bénie où vos modèles de démocratie (USA de reagan)violaient impunément les droits humains et la liberté issue... d'une révolution :)
J'y ai en revanche croisé beaucoup de chiliens, argentins, qui fuyaient les régimes démocratiques imposés par... la démocratie américaine.

Posté par El Duende Loco, 26 avril 2007 à 18:58

le pouvoir de la rue

c'est juste la loi du plus fort, de la plus grande gueule, du plus violent, du plus charismatique. Tous les changements venus de la rue se sont terminés au "tribunal du peuple" révolutionnaire et expéditif : Barat, Robespierre, 1793, puis bolcheviks contre mencheviks, puis les chemises brunes, la marche sur Rome...

Bien sûr que la démocratie représentative n'est pas la panacée. Et elle n'empeche pas de faire grève pour faire avancer des acquis sociaux, bien au contraire, puisque que le droit de grève est inscrit dans la LOI, expression des urnes....

Alors que votre pouvoir direct s'empresse de toutes façons de s'incarner dans des leaders révolutinnnaires qui baillonnent toute opposition, ne vaut-il mieux pas les élire, ces leaders, tous les 5 ans ?

Mais tout cela vous passe bien sûr au-dessus de la tête. Votre posture de rebello-anarchiste exclut toute forme de finesse dans le raisonnement.

bon vent

Posté par tartempion, 27 avril 2007 à 09:49

sûrement un vent de révolte alors... :)

Posté par El Duende Loco, 27 avril 2007 à 19:10

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