Des policiers mobilisés en nombre aux frontières contre les immigrants, d’autres arrêtant sans honte en pleine rue des femmes voilées, d’autres encore à la chasse aux Roms. Le ridicule dans la  brutalité est la marque des régimes autoritaires et, en réagissant aussi peu, la France se prépare des lendemains qui ne chantent pas. Il est vrai également, que le passé ne chantait pas vraiment lorsque, il y a cinquante ans, les policiers noyaient les Arabes dans la Seine, pour ne pas remonter à ceux qui, deux décennies plus tôt, raflaient les Juifs dans les rues de Paris. En toute bonne conscience, évidemment. Ils ne faisaient qu’obéir. Dans le pays auto-proclamé des droits de l’homme, la défense de ces derniers, surtout lorsqu’ils n’ont pas la peau claire, n’a jamais fait se bouger les masses. Tout au long des années Sarkozy, on ne sera guère descendu dans les rues que pour défendre les retraites. Un peu court.

Le 20e rapport annuel sur le racisme rendu public par la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) dénonce « le racisme compréhensif » qui se développe depuis quelques années. Un sondage réalisé en janvier montre une « vision communautaire » de la société : 72% des gens du voyage, 48% des musulmans, 35% des Maghrébins sont considérés comme des « groupes à part ». 56% des sondés émettent l’avis qu’il y a « trop d’immigrés en France », soit une hausse de 9 points par rapport à 2009. Le débat sur l’identité nationale, sur l’Islam (pardon, sur la laïcité), les propos haineusement décomplexés tenus et réitérés jusqu’au plus haut sommet de l’état sont passés par là. Aujourd’hui, une majorité de Français professe ouvertement, avec la phobie de l’autre, de l’étranger, de la différence, les thèses qui étaient encore il y a peu l’apanage de l’extrême-droite. On ne voit pas trop ce qui pourrait renverser la tendance à partir du moment où l’opposition politique se montre sur ces thèmes aussi frileuse, quand elle n’est pas complaisante.

 

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