La droite raciste et homophobe, la Droite populaire, a un projet éducatif (le Point, 26/09/2011). Elle vient de le faire connaître, au milieu d’un programme où dominent les préoccupations exclusivement sécuritaires et xénophobes qui se traduiraient par des mesures comme la fermeture des frontières, la disparition de la justice des mineurs (ou de ce qu’il en reste), la prison pour tout et n’importe quoi – pas moins de 100 000 places de prison en 2020 – l’instauration d’un « délit d’outrage à la nation », le refus de la légalisation du cannabis et du droit de vote pour les étrangers. En un mot, un catalogue qui nous renseigne davantage sur les fantasmes de ses auteurs que sur  la société réelle qu’elle prétend régenter.

Pour ce qui touche à l’éducation, donc, le projet est rudimentaire, simpliste, manifestement destiné à l’électeur âgé qu’on saura frapper par quelques formules fortes. De toute évidence, les têtes pensantes du mouvement n’ont pas travaillé à des questions sans doute jugées trop arides comme les rythmes scolaires, les méthodes d’évaluation, la pédagogie – qu’on abhorre dans ce petit monde – l’orientation des élèves ou encore la formation des enseignants.

Les leçons de morale instaurées par Chatel à l’école primaire n’étant pas jugées dignes de confiance pour l’édification de bons Français, la Droite populaire prévoit d’instaurer une « journée de la République » dans tous les établissements scolaires, de renforcer « le respect des symboles et des valeurs de la République » - on peut imaginer, par exemple de faire s’agenouiller les élèves devant le drapeau - mais également de raffermir l’enseignement de l’histoire de France, gangrené par une approche mondialiste introduite ces dernières années en collège par quelques heures consacrées aux civilisations extra-européennes. Afin d’assurer la moralité des cours, les manuels scolaires devront recevoir une sorte d’imprimatur avant d’être mis en circulation.

Pour faire bonne mesure, le chef d’établissement pourra imposer le port obligatoire d’un uniforme scolaire ; cette dernière initiative que des politiciens de droite, plus très jeunes, tentent sans succès de populariser depuis une dizaine d’années, renvoie aux obsessions de ces derniers sur la morphologie juvénile.

Le renforcement de l’autorité étatique sur l’éducation s’accompagne d’un marché de dupes passé avec les familles à qui l’on fait miroiter « la liberté scolaire, le libre choix et l'autonomie des établissements ». Marché  de dupes puisque la liberté revendiquée se ramène en réalité à dépouiller les enseignants de leurs prérogatives pédagogiques, à soumettre leur emploi au bon vouloir d’un chef d’établissement dépendant exclusivement de l’administration de tutelle, un chef d’établissement à qui l’on confie également le droit de choisir les élèves … et leurs tenues vestimentaires.

L’idéologie de la Droite populaire ne se limite pas à ces quelques dispositions, anecdotiques et symboliques : l’objectif affiché de supprimer le collège unique, de réduire l’enseignement obligatoire aux seuls « fondamentaux » (lire, écrire, compter), de mettre fin au « dogme » de 80% de bacheliers – pourcentage d’ailleurs jamais atteint – marque une régression historique qui ramènerait le système éducatif plusieurs décennies en arrière, à une époque où  les enfants des milieux modestes étaient massivement exclus des études secondaires.

Ce programme éducatif, caractérisé par le traditionalisme de ses analyses et son pendant, l’autoritarisme - sur les élèves, les parents, les enseignants - est hérité en droite ligne de celui du Front national. Ce qui n’est guère surprenant quand on connaît  le cheminement politique de ses auteurs. On aura toutefois relevé, que, dans ses grandes lignes, dans ses principes, il n’est pas très éloigné de la politique menée ces dernières années, certes plus discrètement, par les derniers ministres de l’Education nationale : « l’individualisation des parcours scolaires », vantée par Chatel et récupérée par la Droite populaire, loin d’être conçue comme un outil de remédiation pour les élèves en difficulté, de même que les parcours dits de « préprofessionnalisation » mis en place au collège, signent, à terme, la disparition du collège unique. Quant à « la liberté scolaire, le libre choix des familles et l'autonomie des établissements » ces vocables ronflants ne dissimulent pas ses véritables objectifs : donner à un chef d’établissement nommé par l’état les pleins pouvoirs dans le choix des élèves et des enseignants.

A droite, on appelle cela le libéralisme.