« (…) On a eu tort d’abaisser l’autorité du professeur, de faire croire à l’enfant qu’il était l’égal du professeur » etc etc. Avec le discours de Sarkozy et sa dénonciation de l’ « erreur du pédagogisme », avec la célébration de « l’école de la république, école de l’autorité », on est revenu dix ans en arrière, presque mot pour mot. Il fallait alors en finir avec le laxisme issu de Mai 68, le « pédagogisme » responsable de tous les maux, revenir aux bonnes-vieilles-méthodes-qui-avaient-fait-leur-preuve. Le problème, c’est qu’entre 2002 et 2012 se sont écoulées dix années, dix années au cours desquelles les conceptions traditionnalistes en matière éducative ont trouvé leur concrétisation à travers toute une série de mesures imposées de la façon la plus brutale et la plus autoritaire qui soit. Avec pour résultat le plus évident (cf. les comparaisons internationales) des difficultés scolaires pour un nombre croissant d’élèves, très majoritairement issus des milieux les plus modestes. Piètre résultat, donc, pour une école prétendument républicaine.

Le rêve passéiste a donc débouché sur une impasse. Sarkozy, nullement gêné par ce qui est d'abord son échec personnel, en a tiré les conséquences : comme ce n’est pas l’école qui fait problème, mais les élèves, par défaut d’adaptation, il suffit d’en exclure ces derniers le plus tôt possible. L’école primaire, même rallongée de deux ans, se voit assumer la mission d’un tri sélectif : les études secondaires pour ceux qui en seront jugés dignes, l’apprentissage et la vie active pour les autres. Une sélection drastique, imposée dès la fin de la classe de 5e à des enfants de 13 ans à peine, en totale inadéquation avec l’évolution des sociétés contemporaines pour ce qui touche à l’entrée dans la vie active ou avec la nécessité d’une formation scolaire commune longue, préconisée par les exemples internationaux.

Le retour à l’école des notables héritée du 19e siècle a donc son programme politique mais aussi, avec les internats d’excellence, son symbole. Que la visite de Sarkozy à l’internat de Montpellier ait pris place dans le cadre d’un déplacement électoral du candidat UMP n’est pas le fait du hasard mais résulte d’une confusion des genres qui n’est pas à l’honneur de ceux qui l’ont organisée ou qui s’y sont prêtés : comme elle en a pris le pris le pli ces dernières années, l’Education nationale, en mettant en scène, dans le cadre d’un établissement scolaire, un candidat à la présidence, a confondu sa mission de service public avec des préoccupations partisanes. Cela confirme ce que l’on sait depuis le départ, à savoir que cette minuscule structure – 2 200 élèves soit 0,02 % de 12 millions d’élèves – est d’abord une façade, un décor de théâtre, destinés à détourner l’attention de la réalité du terrain et, si possible, à assurer la réélection de son inspirateur. Hasard du calendrier, Le Monde (28/02/2011) évoque sur le sujet un rapport des inspecteurs généraux dormant dans les tiroirs du ministère et qui tire un bilan peu flatteur des internats d’excellence, aussi bien du point de vue des principes (« l'idée de distinguer positivement certains élèves est peu compatible avec le principe d'égalité républicaine »), que du coût prohibitif (« des budgets de fonctionnement confortables ») ou de la pertinence de certains projets : l’organisation d’un voyage à Pondichéry ou la préparation du brevet de pilotage sont-elles vraiment du ressort d’une Education nationale qui, parallèlement, ferme des écoles et supprime l’aide aux élèves en difficulté ?

Face à un programme politique aussi ouvertement rétrograde, on persiste à penser que la réponse de la gauche n’est pas à la hauteur, peut-être aussi parce qu’une certaine proportion d’électeurs de gauche ou qu’un nombre mal défini de profs de gauche ne sont pas insensibles à la thématique réactionnaire diffusée par la droite.