Journal d'école

Un regard distancié, très distancié, très très distancié sur l'école et sur le monde. L'école vient de loin, elle peut mener loin. A condition d'en sortir.

31 août 2007

Restez assis !

Lorsque les journalistes parlent éducation, il arrive que le débat prenne une dimension existentielle, quasi métaphysique. Ainsi Le Monde (31/08/2007), se demande-t-il gravement si la «promesse de campagne » de Sarkozy, consistant à faire se lever les élèves lorsque le prof entre en classe se verrait réalisée à la rentrée. Idée profonde d’un président visionnaire comme chacun l’aura constaté. Sur un sujet d’une telle importance, on s’étonne que le guide suprême n’ait toujours pas songé à légiférer ou même à réunir le parlement en Congrès à Versailles. Pire même, les enseignants complétement déboussolés, n’auront même pas droit à la moindre circulaire ministérielle pour les éclairer, Darcos, qui décidément, n’est pas Robien, ne l’ayant pas jugé nécessaire. Par pur laxisme sans aucun doute. Voilà donc les enseignants dans les tortures de la rentrée, retournant dans leur tête cette angoissante question : comment les élèves franchiront-t-ils le seuil de la classe ? Les filles ou les garçons d’abord ? Ou alternativement une fille et un garçon ? Avec des pas de quelle longueur ? Faudra-t-il se signer, ou s’agenouiller, avant de pénétrer dans le sanctuaire ? Et qu’arrivera-t-il s’il venait à l’esprit de l’un d’entre eux d’avoir les mains dans les poches ? On n’en dort plus la nuit.

Cessons de persifler. Le plus remarquable, en l’affaire, reste encore que les journalistes de la Cour n’aient toujours pas pris conscience que lorsque Sarkozy pète, cela n’a pas forcément d’impact sur l’effet de serre.

http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3224,36-949341@51-946005,0.html

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27 août 2007

Mensonges et manipulations : c'est la rentrée !

On n’est pas surpris : le récent rapport du HCE sur l’école primaire fait l’objet d’une récupération médiatique où mensonge et manipulation se donnent joyeusement la main. Ainsi, alors que Libé (27/08/2007) y voit comme une forme de justification du « retour aux bonnes vieilles méthodes », une lecture attentive du rapport montre qu’il reste muet sur la question des méthodes, comme également, ne se livre à aucune comparaison d’une époque à une autre. Mieux même, le rapport, par certains côtés, inflige un cinglant désaveu aux traditionnalistes de tous poils. Non seulement, on y condamne sans appel le redoublement (« il semble avéré que le redoublement précoce est inefficace ») mais les pratiques pédagogiques que le HCE paraît suggérer sont à mille lieux des ratiocinations habituelles de « Sauver les lettres » et consorts.

Extraits : déplorant que l’organisation en cycles, décidée par la loi de 1989, qui avait « pour ambition de donner à chaque élève le temps de progresser à son rythme » n’ait pas été mise en œuvre, le rapport regrette également que « l’école primaire peine à prendre en compte les différences de rythme individuel et les difficultés d’apprentissage ». Il s’agit « d’aménager plusieurs chemins vers ces objectifs en tenant compte de la diversité dans les rythmes de développement et les manières d’apprendre » et même, lit-on toujours, de « pratiquer régulièrement une différenciation pédagogique dans la classe ».  Damned ! Ne serait-ce pas là l’élève au centre qui refait surface et le HCE ne serait-il pas noyauté par quelques khmers rouges pédagos ?

En dehors de cela, on déplore quand même qu’une fois de plus, un rapport officiel fasse de l’école primaire le bouc émissaire de tous les maux du système éducatif, se refusant à toute remise en cause du collège dont les failles me paraissent autrement plus profondes. Sur ce sujet, on peut relire, sur Journal d’école (25/01/2007) « L’école primaire en victime expiatoire ».

http://journaldecole.canalblog.com/archives/2007/01/25/index.html

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24 août 2007

Victime providentielle, victime expiatoire

Sarkozy a donc reçu les parents d’Enis, après que Dati, ministre des prisons, ait elle-même rendu visite à l’enfant ; comme si ce pauvre gosse avait besoin d’un traumatisme supplémentaire. Sarkozy et Dati, qu’on va finir par assimiler à un couple infernal, sont du côté des victimes, eux. Corollairement, quand on désapprouve la politique – si l’on peut qualifier ainsi cette mise en scène indécente de la compassion – de Sarkozy, c’est que l’on est du côté des délinquants, des pédophiles et des assassins. « Providentiel pédophile », écrit Daniel Schneidermann dans sa chronique hebdomadaire ; alors qu’approche une rentrée scolaire et sociale qui risque de ne pas être de tout repos pour Sarkozy et que, de ci, de la, des interrogations commencent à percer (il est temps) sur ce satrape qui nous gouverne ; voilà qu’un monsieur Evrard, avec ses troubles sexuels, permet d’occulter tout le reste. En prison depuis 1975, l’administration de Dati aura même trouvé le moyen de lui refiler du Viagra à la sortie. Bien sûr, ce n’est pas la faute de Sarkozy : 40 000 détenus il y a cinq ans, plus de 62 000 aujourd’hui, en attendant les 80 000 pour les années qui viennent, tout cela grâce à la politique pénale d’un gouvernement, d’une majorité, sans doute d’une partie de l’opinion, haineuse et bornée, qui ne voient pas d’autres solutions que la prison aux troubles, au malaise de la société. Avec cela, la seule certitude est que les pédophiles ont encore de beaux jours devant eux. Mais qu’importe pour Sarkozy : c’est là-dessus qu’il a été élu. Avec Enis, il a trouvé sa victime providentielle ; avec quelques autres Enis, il sera probablement réélu à vie. Un qui n’a pas eu cette chance de subir des attouchements sexuels, c’est le petit Ivan, ce petit Russe de 12 ans défenestré lorsque la police a enfoncé la porte de l’appartement familial. Lui n’a pas reçu la visite de Dati et sa famille n’a pas été reçue à l’Elysée. Il faut dire qu’Ivan n’est pas une victime présentable, plutôt une victime expiatoire. Si vous voulez mon avis, à accepter ce genre de choses sans vraiment réagir, la société française est vraiment mal barrée.

http://www.liberation.fr/rebonds/chroniques/mediatiques/273910.FR.php

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13 août 2007

Histoire à l'école et tribulations sarkozyennes en Afrique

Il ne viendrait probablement pas à l’esprit d’un chef d’état africain d’évoquer dans un discours officiel « l’homme européen », « l’homme américain » ou « l’homme asiatique », un homme fantasmé, imaginaire, enfermant derrière une figure unique, dans un stéréotype, la diversité du genre humain.   C’est pourtant à ce genre de généralisation abusive que s’est livré Sarkozy dans son discours de Dakar, poussant même la caricature et l’ignorance jusqu’à nier que ce fameux « homme africain » ait pu avoir une histoire : « Le drame de l’Afrique, pérore-t-il, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’Histoire. Jamais il ne s’élance vers l’avenir, jamais il ne lui vient à l’idée de sortir de la répétition pour s’inventer un destin (...) ». On ne sait s’il faut avoir honte ou franchement rire de ces paroles pontifiantes qui révèlent, au-delà d’un formidable orgueil, une profonde méconnaissance de l’Afrique mais aussi, tout bonnement, de l’histoire. Plusieurs écrivains africains lui ont répondu par une lettre ouverte (Libération, 10/08/2007) [1], leçon d’histoire fort divertissante :

« (...) Il nous reste simplement à tomber d’accord pour définir le sens de ce mot histoire. Car quand vous dites que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire, vous avez tort. Nous étions au cœur de l’histoire quand l’esclavage a changé la face du monde. Nous étions au cœur de l’histoire quand la colonisation a dessiné la configuration actuelle du monde. Le monde moderne doit tout au sort de l’Afrique et quand je dis monde moderne, je n’en exclus pas l’homme africain que vous semblez reléguer dans les traditions et je ne sais quel autre mythe et contemplation béate de la nature. Qu’entendez-vous par histoire ? N’y comptent que ceux qui y sont entrés comme vainqueurs ? Laissez-nous vous raconter un peu cette leçon d’histoire que vous semblez fort mal connaître(...) ».

A la décharge de Sarkozy, on pourra toujours dire qu’il n’est sans doute pas le seul à fort mal connaître l’histoire de l’Afrique. Cette histoire d’un continent séparé de l’Europe par une petite quinzaine de kilomètres (la largeur du détroit de Gibraltar), reste superbement ignorée par les Français et tout spécialement par les programmes scolaires. Alors que plusieurs millions de citoyens français ont leurs ancêtres proches en Afrique, alors que – sauf découverte contraire des paléontologues – l’Afrique reste le berceau de l’humanité et que, d’une certaine façon, nous sommes tous des Africains, l’Education nationale persiste à mépriser l’histoire de l’Afrique, comme si elle n’existait pas ou n’était pas digne d’intérêt. Constatation qui vaut également pour les autres parties du monde. A la rigueur – et c’est là une singulière limite - les élèves feront connaissance avec les civilisations étrangères lorsque l’Europe établit un contact avec elles mais c’est toujours l’Européen qui impose son regard : les Amérindiens n’apparaissent dans la conscience des élèves que lorsqu’ils sont « découverts » par Christophe Colomb, comme les Chinois sous la plume de Marco Polo. Il est vrai que le point de vue sur l’Afrique a commencé à s’ouvrir depuis quelques années : sous diverses influences et malgré bien des oppositions ­– cf l’inénarrable amendement parlementaire sur les « effets positifs de la colonisation » - la colonisation et l’esclavage ne sont plus des sujets tabous. On observera néanmoins qu’ils interviennent bien tardivement dans le cursus scolaire, présents surtout dans les programmes de lycée bien davantage que dans ceux de collège ou de l’école primaire [2]. Faire découvrir l’Afrique lorsque les marchands d’esclaves ou les colons y mettent les pieds n’est d’ailleurs pas dénué d’une certaine ambiguïté dont il n’est par sûr que les écrivains auteurs de la lettre ouverte à Sarkozy, comme les historiens qui militent sur ces thèmes, arrivent à se départir totalement. Car d’une certaine manière, raconter l’histoire de l’Afrique à partir du Code noir ou des premières incursions portugaises au 15e siècle, apparaît étrangement réducteur pour un continent qui a connu l’homme de Toumaï et les Australopithèques. Est-ce à dire que les Africains ne pourraient décidément avoir d’autonomie, d’existence propre, en dehors de leur rencontre avec des peuples extérieurs ? On peut se demander si cette fixation exclusive sur la période coloniale n’aboutit pas, d’une certaine manière, à conforter l’image sarkozyenne et les clichés complaisamment véhiculés sur « l’homme africain [qui] n’est pas assez entré dans l’Histoire ». Parce qu’il ne serait pas entré dans le champ de vision des autres ?

Les errements de l’enseignement de l’histoire à l’école n’expliquent évidemment pas tout et ne sont pas responsables à eux tout seuls des aberrations ou de l’inanité de la politique étrangère d’un pays. Disons simplement qu’ils y aident. L’histoire à l’école reste encore trop exclusivement centrée sur l’histoire de France, construction romancée et en grande partie imaginaire [3], destinée, selon la formule qui avait cours il y a encore peu de temps, « à faire naître chez l’enfant une conscience nationale ». Comme s’il n’y avait rien de mieux à faire que de corseter la conscience enfantine dans le cadre étriqué de la nation. Cadre étriqué et pernicieux : on peut penser que les réflexes de méfiance, de xénophobie ou de racisme, profondément enracinés chez beaucoup de Français, trouvent au moins en partie leur source dans un récit historique, celui véhiculé par les programmes scolaires, qui ne montre l’étranger que sous l’angle du danger, lors des guerres et des invasions. Leur désintérêt marqué pour les enjeux internationaux, qui laisse la place libre aux discours farfelus des dirigeants – comme celui de Sarkozy à Dakar – ou les initiatives les plus extravagantes – par exemple la vente d’un réacteur nucléaire et de missiles à un dictateur connu pour sa complaisance envers le terrorisme – peut s’éclairer à la lueur de la profonde ignorance de l’histoire du monde dans laquelle ils sont éduqués.

[1] http://www.liberation.fr/rebonds/271587.FR.php

[2] voir « Esclavage et colonisation dans les programmes scolaires » sur Journal d’école (19/12/2005), http://journaldecole.canalblog.com/archives/2005/12/19/index.html

[3] Suzanne CITRON, Le mythe national, 1987.

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09 août 2007

La France sarkozienne au mois d'août

Une adolescente de 14 ans mise en examen pour avoir volé de l’argent à sa mère. C’était pour aller voir Marseille, a-t-elle reconnu. Bon, dira-t-on, ce n’est pas bien de voler de l’argent, même quand on ne dispose pas de 22 000 euros pour aller se distraire quelques jours dans une luxueuse villa aux USA. Mais était-il vraiment indispensable de passer par une mise en examen pour règler le problème ? Le plus remarquable dans l’histoire reste encore que c’est par un détournement de la loi du 4 avril 2006 sur les violences conjugales que le juge a mis la jeune fille en examen. Une violence conjugale, ce n’est pas quand un homme massacre ou viole sa femme mais aussi quand la progéniture pique dans le porte-monnaie. On ne compte plus aujourd’hui, les lois sécuritaires détournées de leur but affiché : ainsi la loi sur le fichage génétique employée contre des faucheurs d’OGM ou de simples manifestants. Et dans les rues ou les couloirs de métro, sous prétexte de rechercher Ben Laden, ce sont les sans-papiers que l’on traque. Le gouvernement, paraît-il, travaille à une nouvelle loi sur la sécurité dans les manèges ; gageons qu’avec cette loi, il se trouvera bien quelque juge pour mettre en examen un marmot de 5 ans sur son cheval de bois.

http://www.liberation.fr/actualite/societe/271491.FR.php

Dans la rubrique « la France sarkozienne au mois d’août », signalons également la rafle de 120 Roms stationnés illégalement à Saint-Etienne ; il a fallu pas moins d’une centaine de gendarmes et de policiers pour y procéder. Gendarmes et policiers qui, comme chacun le sait, ne sont pas concernés par la baisse des effectifs dans la fonction publique.

http://www.vousnousils.fr/page.php?P=data/autour_de_nous/l_actualite_du_jour/depeches_de_l_educat/&key=20070809&key2=070808170157.6uif29yp.xml

Un qui ne se pose pas beaucoup de questions, c’est Daniel, trente de QI, tenant à peine debout, gravement handicapé à la naissance, malgré cela, en détention préventive depuis plus d’un an aux Baumettes. Le juge ne connaît manifestement pas l’article D 398 du Code de procédure pénale interdisant d’emprisonner les malades atteints de troubles mentaux, de même qu’il ignore sans doute que la France a déjà été condamnée par la Cour européeenne pour ce motif.

http://www.liberation.fr/actualite/societe/271411.FR.php

Bon, si avec tout cela, nos braves compatriotes ne se sentent pas en sécurité, c’est à désespérer du sarkozysme.

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07 août 2007

La France éternelle

Louis_XIV

Sarko___la_plage

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04 août 2007

Châtiments corporels : faire bouger les mentalités

Un député affirmant : « si nous ne pouvons pas convaincre nos enfants par des mots, nous ne les convaincrons jamais par la violence ». Non, ce n’est pas un député français – quel politicien français se ferait élire sur ce genre de déclaration ? - mais suédois. La Suède est le premier pays au monde, en 1979, à avoir interdit les châtiments corporels sur les enfants, avant d’être rejoint par quinze autres. Le Conseil de l’Europe s’apprête à lancer une campagne de sensibilisation sur ce thème ; il avait fait adopter deux recommandations (en 2004 et 2006), restées jusqu’à présent non contraignantes. Et en France, comme ailleurs, on continue à se défouler sur les enfants avec la meilleure conscience du monde. Dans le contexte français actuel où la nostalgie et l’évocation fantasmée du passé ont phagocyté le débat éducatif, il est réconfortant de voir une instance internationale se préoccuper de faire avancer les mentalités.

http://www.liberation.com/actualite/evenement/evenement1/270665.FR.php

http://www.liberation.com/actualite/evenement/evenement1/270663.FR.php

[Voir aussi sur journal d’école (09/05/2007) : « Interdire les châtiments corporels » http://journaldecole.canalblog.com/archives/2007/05/09/index.html]

Posté par Lubin à 11:43 - Education, au jour le jour - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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