Pas le moins du monde gêné, le ministre sortant, dans son message de départ aux enseignants : « Ce n’est pas sans tristesse que j’ai pris la décision de partir. Cette décision est inspirée par des convictions profondes que j’ai eu l’occasion d’exprimer publiquement. » Des convictions profondes ? Si tant est qu’elles existent, il aurait pu les mettre en avant il y a trois mois pour refuser le poste qu’on lui proposait alors… et pour lequel il n’était manifestement pas fait. Ce que nous dit le remaniement ministériel, c’est surtout la désinvolture avec laquelle les politiques considèrent l’éducation : pour un ministre de l’Education nationale, la fonction consiste d’abord à soigner son ego et à promouvoir sa carrière.

Ne chargeons pas sa barque : il n’est pas le premier à faire d’une très médiatique démission le tremplin d’ambitions futures. Après tout, son prédécesseur n’avait pas agi en autrement en abandonnant en rase campagne la mise en œuvre à peine commencée de la loi d’orientation sur l’école pour se consacrer à ses petites ambitions politiques, dans le cas de Peillon, les élections européennes. Il ne s’agissait pourtant pas moins, prétendait-il, que de « refonder » l’école. Mais alors que « la gauche » (sic) en est à sa troisième rentrée scolaire, la refondation attend toujours. De fait, l’Education nationale, entre autres maux, souffre de la propension de ses ministres successifs à l’utiliser comme une tribune personnelle plus que comme un instrument tourné vers l’amélioration de  la société. Je ne crois pas me tromper en affirmant que le volontarisme de Peillon a trouvé bien davantage à s’employer dans la promotion d’une très hypothétique et très anecdotique morale laïque – mais qui permet tous les effets de manche – que dans la résolution à faire sauter les blocages et à réformer pour de bon là où c’est nécessaire : une réforme a minima des rythmes scolaires vue par le petit bout de la lorgnette, la mission des profs paralysée par un intouchable statut, leur formation à la peine, une réflexion sur l’évaluation qui n’avance pas, une redéfinition des programmes scolaires dont on peut se demander si elle verra vraiment le jour.

Pour résumer, une réforme de l’école,  ça demande d’abord un certain courage politique, qui ne colle que rarement avec le calendrier politique et les considérations carriéristes qui vont avec.

Une note positive avec la nomination de NVB : on la jugera évidemment à son travail mais pour l’instant, il faut bien reconnaître que les violentes attaques qu’elle subit de la part de la pire des droites la rendraient plutôt sympathique...

 

B. Girard