Des policiers armés, cagoulés, en uniforme, descendant dans la rue sur leur temps de service, des véhicules de fonction utilisés comme moyen de pression, un déploiement ostensible de symboles identitaires et nationaux : par leurs modalités, par leurs mots d’ordre, les manifestations policières de ces derniers jours sortent du cadre catégoriel ou professionnel, légitime, pour investir le terrain politique, ce qui ne l’est plus.

Cris de haine contre « la racaille », rassemblements hautement symboliques devant les palais de justice, critique récurrente d’un prétendu « laxisme » judiciaire, revendication de la présomption d’innocence (dont la police bénéficie déjà dans les faits), définition d’une nouvelle politique pénale : ces doléances sont le signe inquiétant d’une corporation qui ne respecte plus les principes du droit – on pourrait dire « républicains » si la république de son côté, les respectait encore – pour s’engager dans un domaine qui n’est plus de sa compétence.

De fait, en démocratie, s’il appartient au parlement de voter la loi, au gouvernement de la faire appliquer, à la justice de condamner les manquements à la loi, le rôle de la police consiste dans ce cadre, en arrêtant les auteurs d’infraction, à assurer la sécurité des habitants. Ce principe – celui de la séparation des pouvoirs – est régulièrement remis en cause par les pressions policières à l’origine de l’adoption de politiques pénales au fil des années de plus en plus brutales et répressives. Ainsi peut-on comprendre, par exemple, l’annonce par le gouvernement de la construction de 20 000 places de prison supplémentaires ou le refus par ce même gouvernement de mettre fin aux contrôles d’identité au faciès, un engagement électoral pourtant pris en 2012. Dans un même ordre d’idées, l’état d’urgence, désormais permanent, apparaît bien davantage comme une satisfaction accordée aux organisations policières que comme un instrument de lutte contre le terrorisme.

Malgré les principes – de moins en moins respectés – qui font des pouvoirs publics les garants des libertés civiles, force est de constater que cette confusion des missions au profit de la police se fait avec la complaisance, la complicité de la plupart des partis politiques comme des pouvoirs publics qui, à force de se coucher devant les revendications les plus extrémistes, largement inspirées par l’extrême-droite, entretiennent la surenchère. Les développements récents montrent en tout cas comment la paranoïa sécuritaire sciemment organisée, peut déboucher avec une facilité déconcertante sur l’émergence d’un état policier, un état qui ne fait plus de la police le garant de la sécurité mais l’instigateur d’un certain ordre politique.

Une subversion de la société civile et des droits de l’homme par la police ? Qui la dénonciation de la « racaille » par ces policiers séditieux désigne-t-elle vraiment, sinon les banlieues, les réfugiés, les immigrés, les zadistes, les divers mouvements de contestation sociale et politique, c’est-à-dire, au final, une large partie de la population ? Mais dans le même temps, cette action qui s’écarte incontestablement du cadre démocratique fait perdre à la police sa légalité comme sa légitimité : à partir du moment où certains de ses membres s’affranchissent aussi ouvertement des règles qui justifient son autorité,  refuser de reconnaître cette dernière, de s’y soumettre, devient alors, par réaction, légitime. Comme antidote au coup de force policier, la désobéissance civile est à l’ordre du jour.

 

Ce texte fait l’objet d’une pétition… qui n’attend que les signataires. Il s’agit-là d’une initiative exclusivement individuelle, tellement individuelle que son auteur – moi-même – qui, pour de multiples raisons, se tient à l’écart des réseaux sociaux, ne peut compter que sur la bonne volonté de ses lecteurs pour la populariser. Merci sincèrement à ceux/celles qui voudront bien lui donner un petit coup de pouce.

Voir aussi sur Mediapart.