Dans l’histoire de l’école, c’est une constante : chaque ministre se croit tenu d’en appeler aux vertus de l’éducation civique. Et lorsqu’il ne peut prétendre la rétablir dans les programmes officiels, parce qu’elle n’en a jamais été absente, l’imagination ne fait jamais défaut. Ainsi, il y a juste quelques mois, avec Chatel et l’instauration de leçons de morale en primaire et aujourd’hui, sortant cela d’on ne sait où, personne ne lui ayant rien demandé, Peillon et sa dernière lubie : des leçons de morale laïque. Avec une formulation qui ne laisse pas d’interroger : « La laïcité, ce n’est pas la simple tolérance, ce n’est pas "tout se vaut", c’est un ensemble de valeurs que nous devons partager (…) Pour les partager, il faut qu’elles nous soient enseignées et qu’elles soient apprises (...) Il faut reconstruire entre les enfants de France du commun » (Libé, 01/09/2012). Donc, des leçons de morale obligatoire, enseignées, apprises, mais aussi évaluées, comme le même ministre l’avait précisé peu avant (Journal d'école, 10/08/2012). On est bien dans le registre de la Marseillaise obligatoire, la croyance magique dans la vertu des symboles. Et de quels symboles !

L'initiative ministérielle surprend d’autant plus qu’elle intervient en dehors du cadre de la concertation dont on croyait qu'elle était dorénavant la règle. La laïcité ? Un tabou sans doute, au même titre que le civisme, la défense nationale, le nucléaire. Le mot suffit pour faire taire toute réticence, interdire tout débat.

Cette annonce est toujours le signe d’un ministre et d’un gouvernement en difficulté, une sorte de signal adressé à l’opinion publique, à une partie d’entre elle tout au moins. Alors que la réalité d’une « refondation » de l’école semble se dégonfler au fil des semaines – laissant curieusement de côté toute réflexion sur l’enseignement secondaire et, plus curieusement encore, sur le collège – on ne peut s’empêcher de trouver comme des relents identitaires aux déclarations de Peillon sur la morale laïque – c’est bien l’Islam qui est visé, non ? – et de les insérer dans un contexte plus large, celui qui a vu le gouvernement se lancer dans de honteuses opérations policières à l’encontre des Roms, dépassant même Sarkozy en cynisme et en brutalité. Le tout sous les acclamations des militants socialistes. Chasse aux Roms et morale laïque apparaissent alors comme deux facettes d’une volonté de stigmatisation, qui dispense d’avoir à travailler aux problèmes de fond : précarité, chômage, exclusion, échec scolaire.  

B. Girard