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[Photo Richard Temine for the New York Times ]

Ce soir, lundi 11 août à 19 heures, c’est avec plaisir qu’on pourra voir sur Arte un concert donné à Ravello en Italie par Daniel Barenboim et son West Eastern Divan Orchestra. Barenboim, on aime, non seulement pour ses talents de musicien mais aussi pour son engagement politique et moral. Dans un Proche Orient qui cultive et entretient la haine avec une obstination jamais démentie, Barenboim a rassemblé depuis quelques années des musiciens venus non seulement d’Israël mais de Syrie, du Liban, de Jordanie. Un altiste palestinien y côtoie un clarinettiste israélien. Des ennemis héréditaires ? Non, tout simplement des musiciens qui montrent avec force que ce qui unit les hommes est plus fort que ce qui les sépare, qu’il suffit juste d’un peu de bonne volonté mais aussi, il est vrai, de beaucoup de courage. Avec Daniel Barenboim, lui-même de nationalité argentine, israélienne, espagnole mais aussi détenteur d’un passeport palestinien, on se rend compte de l’absurdité de la guerre et des identités nationales qui y conduisent. S’interdire de penser les relations entre les hommes autrement que par nations interposées conduit à l’impasse. Les Palestiniens en arrivent aujourd’hui à s’entretuer, Géorgiens et Ossètes sur de minuscules territoires se font la guerre pour des raisons futiles et la Belgique (30000 km2) ne s’imagine pas, à ce que l'on dit, d’autre avenir que traversée par une nouvelle frontière. On est toujours frappé de voir avec quelle facilité, ou avec quel fatalisme, l’opinion publique accepte la guerre. Un peu comme s’il allait de soi que des enfants fuient terrorisés sous les bombes, ou meurent, rien que parce qu’à leur naissance on les a déclarés Ossètes, ou Palestiniens ou n’importe quoi. Et si tout simplement, on les considérait comme des enfants et que les raisons de vivre en paix sont quand même autrement plus valables que de « mourir pour la patrie », comme disent les menteurs ? L’histoire, telle qu’on l’enseigne à l’école, porte une responsabilité considérable dans cet aveuglement. Et si en France, on n’en est plus à l’histoire sainte du Petit Lavisse qui a conduit des millions de jeunes au sacrifice de leur vie dans les charniers de la Première guerre mondiale, le renforcement de l’histoire nationale dans les récents programmes de l’école primaire ne laisse pas d’inquiéter : en banalisant la guerre – jamais on ne fait s’interroger les élèves sur son origine – en développant artificiellement chez l’élève une « conscience nationale », on consolide, d’une certaine manière le sentiment d’indifférence, la passivité qui rendent les guerres possibles.