Certes il faut convenir qu’avec sa réforme des rythmes scolaires, le ministre s’y est pris comme en manche. Qu’il est bien audacieux de qualifier de réforme une mesure qui ne s’applique qu’aux rythmes hebdomadaires. Qui ne concerne que l’école primaire pour oublier le collège et le lycée. Qu’un minimum de concertation n’aurait pas fait de mal. Que des réajustements sont sans doute souhaitables. Certes on voit bien que le ministre a cédé une fois de plus au souci de communication : que serait une rentrée scolaire sans une annonce solennelle, la morale laïque ayant déjà servi l’année précédente ? Certes, le reproche majeur qu’on peut adresser à la réforme des rythmes est d’avoir pris le problème à l’envers, une démarche plus cohérente étant de partir d’une redéfinition des contenus de l’enseignement – les programmes – d’où découlent la pédagogie, la formation des enseignants, leurs missions et, en bout de chaîne, les rythmes scolaires considérés dans leur globalité, déclinés sur l’année, la semaine, la journée de travail.

Certes, certes…

Il n’empêche que, pour le reste, le mouvement de protestation de ces dernières semaines semble bien mal venu, équivoque en tout cas. Surtout lorsqu’on se souvient que le passage à la semaine de quatre jours en primaire n’avait guère suscité d’émoi chez une majorité d’enseignants qui s’étaient coulés comme dans un gant dans la politique imposée unilatéralement par le ministre de l’époque. Que les parents n’avaient guère réagi. Que les quelques rares enseignants à s’être opposés à la mise en place insidieuse d’une école de droite avaient été brutalement sanctionnés dans une indifférence assez générale, à commencer par celle des médias, si prompts aujourd’hui à tendre leurs micros à n’importe quelle grande gueule pourvue qu’elle porte un bonnet rouge ou un gilet jaune. Que personne n’avait alors réclamé la démission de Sarkozy ni songé à le qualifier de « dictateur » ou de « nazi ».

Dans un climat politique qui devient pestilentiel, la question des rythmes scolaires offre à la droite extrême ou pas, l'occasion de hurler. Car aujourd'hui, on ne débat pas, on argumente encore moins. On hurle. Entre Bayrou, - qui n’a pas laissé un souvenir impérissable comme ministre de l’EN – qui croit malin d’assimiler la réforme des rythmes à des « ateliers de jeu de carte », le FN réclamant de remplacer les activités de l’après-midi par deux heures de français supplémentaires, dont pourtant les écoliers sont gavés, et NKM dénonçant à travers cette réforme une atteinte à « l’autorité des enseignants », la droite récupère le mouvement, sans doute pour tenter de faire oublier ses dix années de gestion calamiteuse du système éducatif. C’est son droit. Mais que les enseignants se laissent récupérer, comme se laissent récupérer les chômeurs, les précaires, les petites gens et tous ceux qui ont quelque motif de plainte est une autre affaire.

Car les enseignants devraient quand même se méfier : si la contestation des rythmes scolaires devait conduire à un nouveau recul du gouvernement – et aujourd’hui, même un cheval hennissant peut y prétendre – la voie serait toute grande ouverte aux solutions dégainées par la droite : les rythmes hebdomadaires confiés aux maires, le calendrier de l’année scolaire au lobby du tourisme et au patronat. En attendant la suite.

 

B. Girard

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