Journal d'école

Un regard distancié, très distancié, très très distancié sur l'école et sur le monde. L'école vient de loin, elle peut mener loin. A condition d'en sortir.

29 avril 2007

Darcos, Pécresse et Brighelli

Donc, Brighelli vote Sarkozy. Ce n’est pas une surprise, dira-t-on, mais certains ont quand même besoin qu’on leur ouvre les yeux et débouche les narines. Sur son blog, à la date du 28/04, le chantre de l’école du passé écrit : « Nous avions une école qui marchait, nous l’avons détruite (...), c’est aujourd’hui de la droite (...) que peut venir, sinon le salut, du moins le répit nécessaire. » Le jour même, Brighelli a d’ailleurs téléphoné à Valérie Pécresse, porte-parole de l’UMP ; c’est lui qui l’affirme dans un commentaire daté du 29/04, ajoutant que cette dernière « se trouve être une amie, indépendamment des options politiques... » Faux-cul, en plus. Se rêve-t-il ministre ? « Il n’y a pas foule de prétendants au poste de ministre de l’Education nationale – écrit-il – Pécresse et Darcos sont parmi les rares qui aient vraiment la qualification nécessaire... » Pécresse, Darcos, Brighelli, trio partant pour la rue de Grenelle ? Les tartarinades de Brighelli, pourquoi donc y revenir, me dira-t-on ? Non pas par haine de Brighelli, comme on me l’a déjà prétendu mais tout simplement parce qu’il y a maintenant urgence à démasquer les imposteurs. On m’excusera de me citer mais le 10 septembre 2005, il y a plus d’un an et demi sur « Journal d’école » (Quand l’école de la république fait le lit de l’extrême-droite), je mettais en parallèle le discours des déclinologues et le projet éducatif du Front national : « L'école devra réhabiliter les notions d'effort, de mérite, de morale. Elle se fondera sur l'émulation et le mérite (...). Les contrôles en fin de cycle seront rétablis, entrée en 6e, fin de classe de 3e etc (...). Les programmes comporteront obligatoirement l'acquisition de la pratique de la lecture par la méthode syllabique...le niveau avant la 6e (sera) constaté par examen (...). Le collège unique sera supprimé (...) » Ces lignes sont tirées du programmme de Le Pen ; on les retrouve mots pour mots chez Brighelli et les ultra-conservateurs. Dans les deux cas, l’éducation se fonde sur « une conception de la discipline réduite à de simples exigences d’obéissance, l’élève à qui on refuse le statut de personne, l’enfant à faire rentrer dans un moule, une incapacité maladive à imaginer une forme d’intégration au groupe, de vie en société, qui s’épanouisse en dehors du cadre national, la morale ramenée à des leçons de morale, la nostalgie d’un prétendu âge d’or scolaire qui n’a en fait jamais existé, tout ceci se retrouve – écrivai-je - à des degrés divers » dans la mouvance réactionnaire ainsi qu’à l’extrême-droite...ou dans la droite extrême de Sarkozy. Car il faut vraiment s’aveugler pour ne pas voir que les obsessions développées depuis plusieurs années par Brighelli et ses amis et colportées par des médias complaisants – retour aux méthodes traditionnelles, fin du collège unique, rétablissement d’une sélection forcément sociale – ont été reprises par l’UMP et son chef (on se souvient des acclamations adressées à Le Bris au cours d’un congrès UMP l’an dernier) pour la présente campagne électorale. C’est intégralement leur projet pour les cinq ans à venir.

Nul ne refuse à Brighelli le droit de voter Sarkozy (de même que Robien a parfaitement le droit, comme il vient de le faire, de louer la « dignité » de Le Pen, en comparaison de Bayrou). Il faut simplement comprendre que Sarkozy n’est pas un candidat comme un autre : la brutalité du personnage et des conceptions qu’il incarne le place à l’extrême-droite de l’échiquier politique. Un individu qui fait peur à la moitié du pays n’a pas sa place à la tête de l’état. Brighelli, lui, souhaite son avènement, de même que tous ceux qui, depuis des années, sous couvert de défendre l’ « école de la république », se sont lancés dans une campagne de dénigrement à vrai dire effarante du système éducatif d’aujourd’hui, exaltant le retour au passé. « Quand l’école de la république fait le lit de l’extrême-droite », on y arrive effectivement. Brighelli et ses fidèles, par ambition personnelle, par convictions, montrent leur vrai visage, une sinistre tronche.

http://journaldecole.canalblog.com/archives/2005/09/10/index.html

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30 avril : Journée de la non-violence éducative

Dans un trop bref article, « On peut éduquer un enfant sans fessée », Ouest France (28/04/2007) évoque ce scandale des coups portés aux enfants par les adultes, en toute légalité, en toute bonne conscience. 84% des parents français frapperaient leurs enfants. Pour Léa Leroux et l’association « Liberté, écoute, accompagnement », qu’elle a créée à Saint-Brieuc, « il faut respecter les enfants parce qu’ils sont des êtres humains à part entière. On n’aide pas un enfant à grandir dans le respect, si l’adulte dans lequel il a le plus confiance, le fesse. » Le 30 avril  a été décrété « Journée de la non-violence éducative » ; c’est l’occasion d’aller jeter un petit coup d’œil sur le site de l’Observatoire de la violence éducative ordinaire (Oveo). Pour son fondateur, Olivier Maurel, « en désamorçant la violence éducative, on peut ainsi faire décroître la délinquance » comme semble le montrer l’exemple de la Suède qui a interdit, dès 1979, toute violence à l’encontre des enfants. Olivier Maurel poursuit : « Alors qu’on a réussi à imposer au cours des siècles l’interdiction de battre les esclaves, les domestiques, les soldats, les marins, les prisonniers et aujourd’hui les femmes, dans presque tous les pays les enfants restent la seule catégorie d’êtres humains qu’il est permis de frapper légalement ». On peut lire sur le site de l’Oveo un appel lancé le 14 avril 2007 réclamant la modification de l’article 371-1 du Code civil, afin d’interdire toute violence « éducative » comme c’est déjà le cas dans 16 pays d’Europe. Pour ce qui touche au droit des personnes, on constate qu’une fois de plus, la France est à la traîne et risque fort de le rester : dans ce pays qui se vante d’être « le » pays des droits de l’homme, surtout pour éviter d’avoir à montrer qu’il les respecte bien peu, la dénonciation pourtant bien mal venue de l’ « enfant roi » est devenue un thème à la mode, tout spécialement en politique où l’éducation semble se borner à la restauration de l’ « autorité » de l’adulte. Au nom des « bonnes vieilles méthodes » éducatives, bien sûr.

On profite de l’occcasion pour rappeler le nom d’Alice Miller, psychanalyste et psychologue suisse dont les nombreux ouvrages sur les violences faites aux enfants doivent être lus par tous, à commencer par ceux dont l’éducation est le métier : Le drame de l’enfant doué (1983), C’est pour ton bien (1983), L’enfant sous terreur(1986), La connaissance interdite (1990), La souffrance muette de l’enfant (1990), Abattre le mur du silence (1990).

http://lea-asso.over-blog.org

http://www.oveo.org/index.php?lng=fr

http://www.ouest-france.fr/ofinfosgene.asp?idDOC=400506&idCLA=3636

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26 avril 2007

Chez Brighelli, on réinvente toujours l'histoire

La diffamation comme mode d’expression semble bien une spécialité de la maison Brighelli et des amis de l’école d’autrefois. Sur le blog de Brighelli (vous savez bien, le blog sur lequel interviennent chaque mois plus de 30 000 enseignants), un dénommé Henri Grégoire, lui-même fondateur d’une de ces chapelles obscurantistes à la mode, laisse à la date du 25 avril 2007 un message intitulé : «Strip-tease et pédagogisme », où il est question d’un professeur « comparaissant hier [sans plus de précision, on doit donc comprendre qu’il s’agit du 24 avril 2007] devant le tribunal de Meaux. Le strip tease, méthode d’enseignement de la philo ». Le professeur en question s’appelle Bernard Defrance ; accusé d’exhibitionnisme devant ses élèves, il est défendu devant le tribunal par des « philosophes réputés » mais aussi par des « pédagogues » au premier rang desquels les Cahiers pédagogiques. Henri Grégoire conclut ainsi son post : « L’affaire a été mise en délibéré au 16 mai ».

Vous rendez-vous compte ? Bernard Defrance soi-même poursuivi comme un vulgaire délinquant sexuel et défendu par les mouvements pédagogiques ! Et tout cela entre deux tours d’élection. Voilà qui a dû en faire baver plus d’un chez Brighelli. L’ennui c’est que cette histoire, rapportée ici sans aucune date, remonte en réalité à plus de dix ans en arrière ; elle est relatée par Bernard Defrance en 1999, dans un entretien où il explique qu’il s’agit là d’un « jeu philosophique » destiné à faire prendre conscience aux élèves de la violence institutionnelle de certaines situations éducatives. L’affaire, en 1996, avait été montée en épingle par Radio Courtoisie et Le Figaro. Même si un commentaire posté sur le blog dénonce la supercherie, on constate que c’est la seconde fois en quelques jours – après l’annonce selon laquelle Hervé Hamon aurait signé l’appel pour « la refondation de l’école » (voir sur « Journal d’école », Brighelli et sa bande, ça trompe énormément, 05/04/2007) – que le blog de Brighelli se laisse aller à des procédés aussi bas. A la hauteur de ceux qui s’y complaisent.

http://www.bernard-defrance.net/artic/index.php?textesperso=139

http://journaldecole.canalblog.com/archives/2007/04/05/index.html

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25 avril 2007

"Appel à la refondation"...ou au renoncement ?

Ci-dessous, le dernier communiqué de presse des Cahiers pédagogiques : « Appel à la refondation »...ou au renoncement ?

« Tout ne serait donc pas possible ? Dans un « Appel à la refondation de l’école », un aréopage de conservateurs et de déclinologues dresse un tableau catastrophiste et mensonger de l’école et des connaissances des élèves. Ils morigènent particulièrement l’école primaire, avec un grand mépris pour le travail et l’engagement dans leurs missions des enseignants.

Incapables d’imaginer des solutions d’avenir pour l’école, ils n’ont rien d’autre à proposer que de faire redoubler le système éducatif en le renvoyant aux années 50 par le retour de l’examen d’entrée en sixième, c’est-à-dire en clair de la sélection précoce : ce serait la fin du collège unique.

S’affirmant partisans d’une « promotion sociale par l’école », ils la reduisent à la réussite de quelques élèves alibis, dans une version appauvrie de la méritocratie, à un prétexte pour évacuer les gêneurs. Leur conviction profonde, c’est qu’il faut renoncer à transmettre à tous les élèves, quels que soient leur milieu et leur culture d’origine, une culture commune, des connaissances et des compétences de haut niveau. On sait pourtant bien qu’à l’école comme en sport, pratiques de masse et pratiques de haut niveau, loin de s’opposer, sont indissociables et complémentaires.

En tant que mouvement d’éducation nouvelle, nous ne nous satisfons pas de l’école actuelle, ne sommes pas partisans de l’immobilisme, mais d’une poursuite des efforts de démocratisation du système scolaire. Ce n’est pas d’excès de « pédagogisme » que souffre l’école, elle a au contraire ardemment besoin d’imagination et de créativité pédagogiques pour continuer d’avancer au service de la réussite de tous. »

Le CRAP Cahiers pédagogiques, le 25 avril 2007

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Les grands mensonges de l'histoire de France

L’histoire de France à l’école, ça sert surtout à ça : faire bien voter. En campagne à Rouen, Sarkozy s’est lancé dans un vibrant hommage à Jeanne d’Arc, pardon à Jeaaaanne, avec des sanglots dans la voix :

"Jeanne qui dépasse tous les partis et que nul ne peut confisquer", a affirmé M. Sarkozy, citant Maurice Barrès. "Si les autres se sont emparés de Jeanne, c'est parce que nous n'avons pas eu le courage de défendre ses valeurs. Nous avions abandonné Jeanne, non parce que nous avions honte d'elle, mais parce que nous avions honte de la France, de son histoire, de ses valeurs", s'est-il exclamé avant de dresser la fresque de "deux mille ans de christianisme" - "et je n'ai pas l'intention de renier cet héritage chrétien", a-t-il dit. (Le Monde, 25/04). Mais si l’histoire de France n’était pas une mythologie, chacun saurait que la dame en question n’a jamais sauvé la France mais plus modestement la dynastie des Valois. Et puisqu’à Rouen, Sarkozy s’est lancé dans l’exaltation des « deux mille ans de christianisme » de la France – et tant pis si, il y a 2000 ans, la France comme le christianisme n’existaient pas – on s’en voudrait de ne pas lui rappeler la légendaire et grande figure « chrétienne » de l’évêque de Beauvais, Pierre Cauchon, organisateur du procès qui condamna Jeanne d’Arc au bûcher. Les mots – « France », « christianisme » et les mensonges qu’ils véhiculent – c’est bien pratique quand on veut faire oublier les choses.

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24 avril 2007

Pas de société sans école, pas d'école avec Chevènement

Alors que les mouvements ultra-réactionnaires convoquent les médias – que seraient-ils sans eux ? – pour présenter une nouvelle fois leur appel « pour la refondation (sic) de l’école », appel signé notamment par Chevènement, on s’en voudrait de ne pas rappeler les liens intimes unissant tout ce petit monde.

Concluant un colloque, « Pas de société sans école », organisé le 4 avril 2006 par la fondation Res Publica, un de ces clubs de pensée un peu louches où la gauche, dite « républicaine » frétille avec la pensée d’extrême-droite, Chevènement tenait les propos suivants :

« Il me semble que les observations faites notamment par le GRIP – dont je veux saluer les travaux remarquables – montrent que l’allègement des programmes a conduit à un rabais certain de l’exigence par rapport à ce qui était encore appris dans les années 60 (...) »

Les responsables : Jospin et sa loi d’orientation de 1989. « On voit que le courant pédagogiste qui avait cheminé souterrainement, réapparaît et prend définitivement le pouvoir dans les années quatre-vingt-dix (...) Pourquoi ces pédagogues ont pris le pouvoir ? (...) 1968 marque sûrement un tournant : on peut y voir la prise de pouvoir par une petite bourgeoisie – que je ne veux pas assimiler aux frères Cohn-Bendit - là, on échappe de peu au complot juif – qu’on nommera par la suite les bobos. » Un complot des crypto-pédagogues en quelque sorte et voilà pourquoi nos enfants ne savent plus ni lire ni écrire ni compter. Même avec l’âge, on voit que Chevènement n’a pas perdu les habitudes mentales de ses jeunes années staliniennes. « Comment le prodigieux édifice qui avait duré de 1880-1890 à 1960 a-t-il pu être sapé comme l’ont montré les précédents intervenants, dont j’ai admiré la contribution qu’ils apportent à notre réflexion ? » Patience, lecteur, tu vas découvrir sous peu de quel intervenant il s’agit. « Je pense donc que le combat pour la république a été perdu à gauche à la fin des années 80. » Il est un peu brouillé avec les dates, Chevènement : tout à l’heure, c’était la faute à mai 68, puis aux années 90 et maintenant aux années 80 ; et encore, il a oublié de parler du traité de Rome, source de tous nos maux comme chacun sait.

« Au fond, l’éducation républicaine accepte ce grand naufrage de l’école publique à travers ce que Monsieur Le Bris a décrit – oui, il s’agit de l’intervenant précédent et de sa « remarquable contribution » – c’est-à-dire l’abandon de l’apprentissage simple de la lecture par la méthode syllabique...On n’ose plus faire redoubler [les élèves]...Il faut refaire des programmes et j’approuve tout à fait les propos du GRIP... » Et Chevènement de conclure, lyrique : « nous apportons notre petit fagot pour qu’un jour, peut-être, cette grande flamme s’élève vers le ciel. » On ne sait pas si le colloque s’est conclu par la Marseillaise.

Un commentaire est-il nécessaire ? Nostalgie du passé, analyses caricaturales et approximatives, théorie du complot, adhésion totale et sans retenue aux thèses exprimées par des mouvements et des individus politiquement marqués à la droite de la droite – lors de ce colloque, Chevènement ne pouvait feindre d’ignorer que, quelques semaines plus tôt, Le Bris s’était fait acclamer au congrès de l’UMP – voilà, donc, comment Chevènement comprend les problèmes éducatifs de l’heure.

Question subsidiaire : quelle est la place exacte de Chevènement dans l’équipe électorale de Royal ?

http://www.fondation-res-publica.org/Conclusions-de-Jean-Pierre-Chevenement_a139.html

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22 avril 2007

A force de faire peur

30% pour Sarkozy, 11% pour Le Pen. C’est donc bien chez Le Pen que Sarkozy est allé chercher ses électeurs. Cela, on le sait depuis 5 ans, depuis qu’un ministre-flic s’est mis en tête de reprendre à son compte les pires obsessions de l’extrême-droite. Face à cela, le principal parti dit « d’opposition », s’est, avec une belle constance, montré bien timoré, voire complaisant, ne trouvant pas grand chose à redire à une politique de brutalisation de la société – stigmatisation, coups de matraque, lois d’exception - menée par le parti au pouvoir. Les jeunes, les immigrés, notamment, en ont bavé ; ils vont en baver encore davantage. Et lorsque Sarkozy, avec des accents dignes de Vichy, s’est lancé dans l’apologie de l’identité nationale, son « adversaire », du moins, celle qui se présentait comme telle, n’a trouvé d’autre réponse que renchérir sur  Jeanne d’Arc et les symboles nationaux. Le drapeau tricolore à chaque fenêtre, rêvait-elle ; ce sera Sarkozy tous les soirs à la maison et pendant cinq ans. Le cauchemar. La « démocratie » à la mode 5e république n’est qu’une duperie, une supercherie, un sinistre jeu où il s’agit d’abord de flatter les instincts les plus bas de l’électeur ; faire peur.

Aujourd’hui, moi, je n’ai pas voté. Et d’ailleurs, je ne suis pas inscrit sur les listes électorales. Sans regrets. Mon engagement dans la société, c’est pour demain matin, au collège, comme tous les lundis avec mes élèves. Mais pour combien de temps encore ?

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"On n'a pas à gagner son suffrage..."

« L’esprit démocratique de l’enfant ne connaît pas de hiérarchie : il souffre également devant la peine de l’ouvrier, la faim d’un camarade, la misère d’un cheval de trait, le supplice d’une poule qu’on égorge. Le chien et l’oiseau sont ses proches ; le papillon et la fleur ses égaux. Il découvre un frère dans une pierre ou dans un coquillage. Il se désolidarise de nous dans son orgueil de nouveau riche, il ignore que seul l’homme possède une âme (...) Nous ne le prenons pas au sérieux, nous nous en débarrassons par des pirouettes, sans considération pour le foisonnement de sa vie ni pour sa joie – qui se donnent avec tant de facilité (...) On n’a pas à gagner son suffrage parce qu’il n’est pas encore électeur ; il ne risque pas de proférer des menaces, n’exige rien, ne dit rien. Petit, faible, pauvre, dépendant, il n’est qu’un citoyen potentiel. Traité tantôt avec indulgence, tantôt avec brutalité, mais toujours et partout avec le même irrespect (...) »

Janus Korczak, 1929

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18 avril 2007

Une élection, ça trompe énormément

On apprend (VousNousIls aujourd’hui) que l’appel « pour la refondation de l’école », lancé par Lafforgue et les mouvements ultra-conservateurs aurait recueilli 9500 signatures ; ce n’est pas considérable, dira-t-on. Parmi les signataires, on relève, bien sûr, les noms de Brighelli, Le Bris, Fumaroli, Romilly, unanimes dans les pleurs et les dénonciations fantaisistes : « les bases ne sont plus acquises...le vide des programmes...l’abaissement des exigences etc etc» ; et de réclamer le rétablissement des « savoirs » et la généralisation du redoublement en fin de primaire. La prose de « Sauver les lettres » donc. Problème : dans la liste des signatures, celle de Chevènement, le directeur de conscience affiché de Royal. Alors, à quatre jours des élections, on aimerait savoir : Royal, élue, autoriserait-elle les « expérimentations pédagogiques » qu’elle a plusieurs fois promises, se rangerait-elle du côté du groupe d’experts qui vient de faire valider par le bureau national du PS des propositions novatrices en matière d’enseignement (voir l’analyse qu’en font les Cahiers pédagogiques) ou bien donnerait-elle le pouvoir à un personnage connu pour sa vision réactionnaire de l’école et qui, comme ministre de l’Education Nationale il y a plus de vingt ans, est largement responsable des blocages de l’école d’aujourd’hui ?

Ne pas répondre à cette question revient tout simplement à manquer de courage politique ou à se moquer du monde. 

http://www.cahiers-pedagogiques.com/article.php3?id_article=3045)

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17 avril 2007

L'école "sanctuaire"...comme aux USA

32 morts dans une université en Virginie. L’occasion de rappeler également (Libé, 16/04/2007) qu’aux Etats-Unis, des fusillades meurtrières ont fait 48 morts dans les établissements scolaires entre 1997 et 2005. Etablissements scolaires où la vidéo-surveillance est partout présente, où les policiers ont droit de cité, où, comme le rappelait Le Monde (24/03/2007) à propos des établissements new-yorkais, les élèves sont soumis à des fouilles corporelles à l’entrée de leurs écoles. Les Etats-Unis, pays des peines planchers (et de la peine de mort), des camps militaires pour sauvageons etc. Les Etats-Unis qui, malgré ces dizaines de morts dans les établissements scolaires, inspirent obstinément la politique sécuritaire de Sarkozy et de pas mal d’autres. Il est d’ailleurs curieux de constater qu’en France, ce sont souvent les milieux et les médias qui colportent l’image de nos écoles « à feu et à sang » - c’est un lieu commun – qui, dans le même temps, manifestent le plus de complaisance pour le modèle de surveillance américain. On lisait ce soir dans Le Monde qu’aux USA, loin de s’interroger sur les raisons profondes de ces « school schootings », comme par exemple, la vente libre des armes à feu et la culture de la violence, certains réclamaient le droit pour les enseignants d’être armés pendant les cours ! La logique sécuritaire n’a pas fini de faire des dégâts en Amérique. En France, on y arrive également.

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