30 septembre 2006
Trois jours d'éducation
Trois jours de voyage scolaire avec mes élèves de 6e. Trois jours à l’écart de l’actualité que je redécouvre ce matin. Triste tableau : les flics qui continuent leur traque aux sans-papiers dans les écoles (au fait, il y a quand même bien quelqu’un pour leur ouvrir les portes), de Robien toujours plus provocateur et irresponsable (cf sa comparaison entre Goigoux et un chauffard de la route), un bien pitoyable prof de philo (il paraît que la philo, c’est la recherche de la sagesse) distillant un racisme ordinaire à travers sa haine de l’Islam, ce qui permet au Figaro de se présenter en chevalier blanc de la liberté d’expression. En face de cela, les syndicats qui n’ont rien d’autre à proposer qu’une dérisoire journée de grève. Finalement, après ces trois jours avec mes 6e, on peut toujours essayer de se rassurer en se disant que la véritable éducation, c’est celle qui se fait en dehors de l’actualité. On se console comme on peut.
26 septembre 2006
Un camouflet bien venu
Une réaction qui fait plaisir, celle des enseignants d’un collège de Marseille, unanimes à dénoncer la visite que doit leur rendre Royal vendredi prochain : « Le collège – ont-ils fait savoir – est un service public, laïc, qui ne saurait être un tremplin politique pour un quelconque candidat à la présidentielle. Les professeurss attachés à leur métier d’éducateur entendent faire connaître à l’opinion qu’ils ne se satisfont pas de servir de vitrine médiatique (...) ». Visite organisée à l’instigation du président du conseil général des Bouches-du Rhône. Il serait temps que les politiques se rendent compte que l’école n’est pas au service de leur carrière personnelle.
25 septembre 2006
La police dans les têtes
Ce serait trop facile d’en rajouter une couche dans une histoire où l’Education nationale s’est ridiculisée comme rarement : cette directrice de maternelle – sait-elle au juste ce qu’est un garçon de 5 ans ? – perdant la tête au point d’exclure quatre enfants de son école soupçonnés d’ « attouchements sexuels » ; l’Inspecteur d’académie approuvant la décision qui permettra selon lui aux jeunes délinquants (présentés comme des violeurs par une partie de la presse comme le Figaro, ce qui ne surprend personne) de « mener une réflexion sans complaisance sur la portée de leurs actes » – on espére pour lui qu’il ne s’est pas relu avant de proférer ces âneries – avant de saisir le procureur de la république. Car cette pantalonnade ne vient pas de rien, elle s’inscrit en droite ligne dans tout un système de pensée, largement popularisé depuis maintenant plusieurs années, qui vise à débusquer la délinquance dès le plus jeune âge et à considérer toute forme d’incivilité, toute déviance, comme le signe avant-coureur d’une vie dissolue. Venue d’Amérique, cette idéologie de la méfiance, du soupçon, s’est répandue en France à travers les médias et les politiciens de droite comme de gauche. On y retrouve pêle-mêle l’Inserm, le rapport Benisti, Sarkozy et sa détestation de la justice des mineurs mais aussi, bien sûr, Royal qui affichait il y a peu son souhait de cadrer les parents, de traquer les incivilités « dès la maternelle », Chevènement, également, qu’on aurait tort d’oublier, qui, avec sa dénonciation des sauvageons, fut sans doute un des initiateurs de la grande trouille devant la jeunesse.
L’Education nationale s’est laissée gangrener avec, il faut le dire, une bonne dose de complaisance qui confine à la veulerie : dans le cas présent, les adultes ne jouent plus le rôle qu’on attend d’éducateurs mais plutôt celui de serviteurs zélés d’une administration brutale et autoritaire. On n’imagine pas un seul instant que la directrice de maternelle et l’inspecteur d’académie aient sérieusement pensé agir dans l’intérêt des enfants : leur véritable préoccupation fut de se couvrir et de couvrir avec eux la hiérarchie. L’administration dans ce qu’elle a de moins recommandable et qui la conduit régulièrement à toutes les dérives, des moins graves aux pires, avec, toujours, cette excuse : « je n’ai fait qu’obéir ». Etait-ce vraiment si difficile, pour cette directrice, d’alerter les familles, de faire intervenir un psychologue scolaire, peut-être des travailleurs sociaux, ce faisant d’agir en adulte responsable plutôt que d’ouvrir un parapluie pour se protéger elle, son administration, son ministre ? On voit bien où conduit ce discours obstiné, rabâché depuis des années, qui fait du policier l’auxiliaire de l’école : à décharger les enseignants de ce qui est pourtant leur mission – éduquer – pour la confier à d’autres dont ce n’est pas le rôle. Et finalement, une société policière, c’est peut-être ça : un monde où des adultes apeurés ou indifférents abdiquent toute responsabilité, tout esprit critique, refusent de penser par eux-mêmes, au point de s’interdire d’intervenir auprès d’enfants de 5 ans sur une cour de récré pour en laisser la charge à des policiers ou à des juges qui n’ont pourtant dans ce domaine ni compétence ni légitimité.
22 septembre 2006
"A ma botte !"
Roland Goigoux vient donc d’être exclu de la formation des inspecteurs de l’éducation nationale. Sur décision de de Robien. Professeur d’Université en Sciences de l’Education à l’IUFM d’Auvergne, il assure depuis 10 ans la formation sur l’enseignement de la lecture des inspecteurs de l’EN au sein de l’Ecole supérieure de l’éducation nationale (ESEN). Spécialiste reconnu, il s’était fait remarquer par ses prises de position sur l’enseignement de la lecture, contraires à celles de de Robien, dans ses nombreux articles et publications (en particulier un récent « Apprendre à lire à l’école », éd. Retz) et à la rentrée dans un « Téléphone sonne » sur France Inter face au ministre en personne. De Robien, brutal et mesquin comme à son habitude, ne lui a pas pardonné. Le directeur de l’ESEN ne s’est même pas donné le mal de cacher le côté politique de la sanction, reprochant à Roland Goigoux de ne pas « faire preuve de plus grande loyauté envers le ministre », mais aussi d’avoir des « positions pas toujours favorables au ministre ». Pour faire carrière dans l’Education, il faut donc aujourd’hui se soumettre au ministre. Ce n’est après tout pas un hasard si cette nouvelle manifestation d’autoritarisme gouvernemental intervient au même moment que la tirade haineuse de Sarkozy contre la justice des mineurs et les juges en général. La fonction publique n’est plus au service des citoyens, elle est sommée de se plier aux considérations électoralistes des politiques.
On se souvient de la tragi-comédie montée au printemps dernier autour de l’éviction-minute de Brighelli du jury du CAPES et de sa réintégration quelques heures plus tard par de Robien soi-même. Dans le cas présent, on attend de « Sauver les lettres », une indignation à la mesure de la sanction. Autrement, on aurait tendance à penser que la liberté pédagogique dont ce groupuscule s’est fait le héraut ne doit être accordée qu’à ceux qui ont su gagner la confiance du ministre : Brighelli et ses copains.
21 septembre 2006
Delirium éthylique chez les sénateurs
On ne sait pas si c’était à l’heure de l’apéro, quand le pastis embrume les esprits, en tout cas les sénateurs ont adopté un dispositif stupéfiant contre l’usage des stupéfiants par les mineurs. Pas pour les majeurs qui, eux, on le sait, ne se droguent qu’au beaujolais ou à la gnole. Jusqu’à 10 ans de prison et 300 000 euros d’amende pour « provocations directes à transporter, détenir, offir ou céder des stupéfiants dirigées vers un mineur ou commises dans les établissements d’enseignement ou d’éducation ou dans les locaux de l’administration et aux abords de ceux-ci ». A titre de comparaison, 10 ans de prison, c’est à peu près le tarif pour un meurtre sordide ou un assassinat. On a les références morales qu’on peut, quand on est sénateur. Des sénateurs qui n’ont sans doute pas lu les rapports sortis d’un peu partout ces derniers mois montrant à quel point l’alcool était devenu, chez les jeunes, la drogue la plus consommée. Oui mais voilà, pour nos braves parlementaires, non seulement l’alcool n’est pas une drogue, mais c’est un élément de la culture française. D’ailleurs, le lobby de l’alcool est comme chez lui au Parlement et il n’est pas question de se fâcher avec des gens qui vous rapportent de si belles élections. Et 40 000 morts par an. On est même autorisé à se demander si l’augmentation de la consommation d’alcool chez les jeunes n’est pas à mettre en rapport avec une certaine stagnation observée pour le cannabis : pourquoi risquer bêtement la prison pour un joint alors que les grandes surfaces vous ouvrent toutes grandes leurs portes pour leur drogue légale ? Finalement, cette aggravation des sanctions contre les stupéfiants, en contribuant à la consommation accrue d’alcool, ce n’est pas autre chose qu’un signal fort adressé par les sénateurs à leurs copains pinardiers : « Amis électeurs, on vous envoie de nouveaux clients ! »
On dira encore que je fais du mauvais esprit.
Journée internationale de la paix
Le 21 septembre, à l’initiative de la Décennie internationale de « la promotion d’une culture de la non-violence et de la paix », c’est la journée de la paix. La Coordination française pour la décennie, en profite pour appeler le gouvernement à mettre en place dans les écoles une formation des élèves à la non-violence et à la paix. Il s’agit, affirme-t-elle de « mettre en place au plus vite une telle éducation à l’école ». Dans le cadre de cette campagne, des intervenants, enseignants, psychologues, proposent des projets pédagogiques aux établissements. « Il faut que la paix soit enseignée », rappelle la Coordination.
Rude tâche en France où, comme on sait c’est la guerre et l’esprit de défense qui ont leur place dans les programmes, avec la Marseillaise et le sang impur. Tant pis pour les enfants du monde au profit desquels cette décennie (2001-2010) est organisée.
20 septembre 2006
Blouse grise et apartheid pour tout le monde
Avec leur remise en cause de la carte scolaire, nos politiciens ont trouvé leur nouveau gadget électoral. Et qui va leur apporter des paquets de suffrages. Pensez donc : toutes ces familles du Val fourré tout heureuses à l’idée de pouvoir scolariser leur progéniture à Henri IV. Tromperie et manipulation sur toute la ligne : le jour où les parents se rendront compte que le libre choix de l’établissement c’est aussi et surtout la liberté pour l’établissement de choisir ses élèves, ils n’auront alors plus que leurs yeux pour pleurer. Car le choix des élèves, il se fera sur le compte en banque des parents et leur couleur de peau. On retrouve-là la « dimension ethnique » de la question scolaire qu’évoquait dernièrement un grand penseur du Figaro (voir sur Journal d’école, « La faute à Meirieu, la faute aux Arabes », 09/09/2006): choisir son établissement, c’est d’abord choisir un endroit où les gosses d’immigrés n’auront pas le droit d’aller. Les blancs entre eux, les noirs entre eux. L’école du 21e siècle, ce serait donc ça : la blouse grise et l’apartheid ?
Royal et Sarkozy se payent la justice des mineurs
Pour quelle raison la presse (par exemple Le Monde, 19/09) a-t-elle cru bon de ressortir la lettre que le préfet de Seine-Saint-Denis avait adressé en juin dernier à Sarkozy ? Un courrier qui mettait lourdement et bêtement en cause la justice des mineurs dénoncée pour son laxisme et tout spécialement le président du tribunal pour enfants de Bobigny, Jean-Pierre Rosenczveig, bête noire de Sarkozy. Et le préfet de se lamenter qu’en 2005, « sur 1651 mineurs déférés au parquet, seuls 132 ont été écroués, ce qui donne une idée de la marge de progression que le parquet possède actuellement, nonobstant le dogmatisme dont peut faire preuve le juge des enfants dans ce département ». « Marge de progression », ça ne s’invente pas : pour le préfet, le progrès réside donc dans l’incarcération massive des mineurs. Et d’ailleurs, Royal ne s’y est pas trompée, qui a apporté son soutien à la démarche du préfet en question. Royal et Sarkozy, unis dans la même vindicte contre la justice des mineurs. Ces deux-là ne sont pas loin de penser que l’on devrait écrouer préventivement tous les mineurs. Ils ne manquent d’ailleurs pas d’imagination : avec les internats scolaires, avec les inénarrables centres « Défense 2e chance », avec les propositions de loi visant à rétablir les colonies pénitentiaires, avec les projets fumeux de rétablissement du STO, il est possible qu’on ne voie bientôt plus beaucoup de jeunes dans les rues.
Le préfet pointe également du doigt le manque de moyens attribués à la police. Il faut dire que la police ne sait plus où donner de la tête. Ainsi, l’autre soir (Le Monde , 19/09), elle a dû intervenir en force contre « un homme qui urinait sur la voie publique », déclenchant ainsi des incidents avec les voisins( (la police, pas l'urineur). Face à cette inqualifiable menace terroriste, elle n’en manque pas de moyens, la police. De même qu’elle n’en manque pas lorsqu’il s’agit d’évacuer un squat ou de pourchasser les sans-papiers. Depuis 2002, les effectifs de la police ont grimpé de 12%, mais cette augmentation est dévorée par la PAF et les CRS, c'st-à-dire la police qui traque et la police qui cogne. Combien de milliers, peut-être de dizaines de milliers de flics sont aujourd’hui occupés à traquer les sans-papiers, hommes, femmes, enfants, avec une brutalité qui rappelle de bien noires périodes ? Rien que pour complaire à leur maître. Car s'il y a problème, c'est bien celui-ci : la police de la république qui se met servilement au service des ambitions politiciennes de son ministre. Il faut dire que depuis la rafle du Vel’ d’Hiv’ et les massacres de Charonne, on sait bien qui elle sert, la police de la république.
17 septembre 2006
Quand les élèves font la leçon
Au milieu du battage médiatique sur la violence à l’école ou l’incivilité des jeunes, ce n’est pas tous les jours que l’on peut lire des enquêtes donnant des élèves une opinion positive. Ne boudons donc pas notre plaisir devant l’évaluation menée en 2005 par le ministère de l’EN sur « Les attitudes à l’égard de la vie en société des élèves de fin d’école et de fin de collège » et publiée le mois dernier dans une note d’évaluation . Il s’agit-là non pas d’observations sur les élèves mais d’un relevé de déclarations sur leur adhésion à telle ou telle valeur. Les écoliers de fin de CM2 se montrent particulièrement soucieux de l’écologie, très tolérants et respectueux des règles : l’environnement et l’écologie obtiennent de leur part un indicateur d’adhésion moyen de 83 points (sur 100) ; ils se déclarent très tolérants (82,6 points). Les collégiens de fin de 3e se montrent également très préoccupés par l’environnement et rejettent massivement toute discrimination raciale ou sexuelle. Ils sont par exemple 89% à trouver inacceptable qu’il y ait « des pays où les élèves fréquentent des écoles différentes selon leur couleur de peau ». Ils se montrent à 80% très attachés aux libertés publiques.
Ouverts et tolérants, solidaires, les jeunes donnent d’eux-mêmes une image à mille lieux des clichés habituellement véhiculés sur leur compte. Ces jeunes « qui n’ont plus de repères...qui n’ont plus le sens des valeurs » et qu’il faudrait encaserner pour qu’ils les retrouvent, en ont pourtant bien à remontrer aux adultes, en repères et en valeurs. Les écoliers sont 67% à répondre qu’il est inacceptable de dire qu’ « il faudrait aider les pauvres de France plutôt qu’aider ceux du bout du monde ». Chiffre à comparer aux 56% d’adultes qui pensent que le nombre d’étrangers est trop important en France (sondage CSA, Le Monde, 17/12/2005) ou aux 39% seulement à trouver « inacceptables » les thèses du Front national (sondage TNS-Sofres, Le Monde, 14/12/2005). En matière de civisme, ce sont les jeunes qui font la leçon aux adultes. Et puis, avec toujours ce petit côté insolent et sympathique dénotant ce que les enquêteurs appellent « un libre arbitre assez prononcé » : interrogés sur l’affirmation « Il faut obéir aux lois seulement si on est d’accord avec elles », les écoliers ne sont plus que 38% à considérer cette idée comme « inacceptable ». Les braves gosses. Ca apprendra aux politiques à voter n’importe quelles lois sans réfléchir.
[Sur un sujet voisin on peut lire sur Journal d’école : « Solidarité, inversons l’exigence » (02/04/2006), « Ces jeunes qui n’ont plus le sens civique » (28/03/2006)]
http://journaldecole.canalblog.com/archives/2006/03/28/1598854.html
http://journaldecole.canalblog.com/archives/2006/04/02/1630623.html
16 septembre 2006
Raoult prend l'école à coeur (et à corps)
Pour nos responsables politiques, on le sait (voir sur Journal d’école du 10/09 « L’école au péril du carriérisme »), l’école est une priorité absolue, la priorité des priorités, la priorité nationale, la priorité absolue des priorités des priorités nationales. A ce titre, ils ont l’obligation de s’abreuver aux meilleures sources pour parfaire leur réflexion sur le système éducatif, comprendre son fonctionnement, bien examiner les enjeux, distinguer l’essentiel de l’accessoire, afin de prendre les décisions qu’il faut au moment qu’il faut. Ainsi, le député Raoult, tout tourneboulé par l’indécente nudité des lycéennes, s’est adressé à une boîte de sondages, afin de connaître l’état de l’opinion sur un sujet dont l’importance n’échappe à personne. Et cette boîte, « Pour ou contre » – c’est son nom – connue pour son sérieux et sa compétence dans le domaine éducatif a été choisie par Raoult pour lancer sur son blog un sondage sur la question : « Approuvez-vous ma position d’une tenue correcte exigée à l’intérieur et aux abords des établissements scolaires ? » Cette officine de sondages a d’ailleurs une longue expérience des enquêtes d’opinion touchant à l’éducation comme on peut le constater en jetant un coup d’œil sur la liste des thèmes déjà abordés ; par exemple : « Quelle est la couleur de votre chambre ? Est-ce que Manu met des fringues d’homosexuel ? Quelles sont les plus belles filles de l’école ? Vous baisez pour 10 centimes ? etc » On le voit, la proposition du député de mettre les élèves en uniforme s’inscrit parfaitement dans cette thématique riche de sens et dont dépend l’avenir du pays.
Pour ceux qui l’ignoreraient encore, rappelons que Raoult est un parlementaire, et qu’à ce titre, il est chargé de voter les lois. Et une loi, c’est toujours quelque chose d’important, n’est-ce pas ?
